Jean Rondeau: envie de clavecin

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Caroline Rodgers

Collaboration spéciale

La Presse

Alors qu'il avait 5 ans, Jean Rondeau a entendu du clavecin à la radio. Sans même savoir de quoi il s'agissait, il a dit à ses parents: «Je veux faire ça.» Aujourd'hui, il fait sensation dans le monde du clavecin et de la musique baroque et sera à la salle Bourgie ce soir pour un récital consacré à Bach.

«Le clavecin est un instrument attirant parce qu'il est beau, mais mon premier contact s'est fait avec le son, dit-il. Je ne savais pas ce que c'était, mais ça m'a touché. C'était un rapport animal et instinctif avec le son.»

Rares sont les clavecinistes qui arrivent à l'instrument directement, beaucoup passant d'abord par le piano.

«C'est fréquent [de passer du piano au clavecin], mais ce sont deux instruments très différents. La technique n'est pas la même.»

«J'étais un enfant sensible et le piano était trop agressif pour moi, poursuit le claveciniste. Avec du recul, c'est facile de comprendre pourquoi: le piano n'est pas du tout à la taille d'un enfant. Le clavecin est plus petit, il convient mieux à la délicatesse d'un enfant et lui permet d'avoir un rapport plus intime avec son instrument. J'ai cependant fait du piano plus tard, vers 10 ou 11 ans.»

Ascension rapide

Depuis ce coup de foudre avec un instrument ancien à l'âge où d'autres découvrent les Lego, Jean Rondeau a fait bien du chemin. Dès le départ, il a étudié avec une interprète et pédagogue réputée, Blandine Verlet, qui est demeurée son professeur pendant plus de 10 ans.

«Blandine Verlet m'a tout appris, dit-il. Elle a entretenu mon amour pour la musique.»

Il a ensuite étudié au Conservatoire national supérieur de Paris, remporté en 2012 le prestigieux Concours international de clavecin de Bruges, le prix Jeune Soliste des Radios francophones publiques 2014, le trophée Révélation des Victoires de la musique classique en 2015, et lancé deux disques sous étiquette Erato. Il n'a que 24 ans, mais cette ascension rapide ne l'empêche pas de rester humble.

«La musique n'a pas besoin de moi, dit-il. Elle ne m'appartient pas, elle existe sans moi. Les idées musicales, ce ne sont pas mes idées. Elles sont déjà dans la partition. Il suffit de bien creuser pour les trouver. Tout ce qui m'importe, c'est d'être le plus vrai possible quand je joue. La musique ne laisse aucune place à la malhonnêteté.»

Imagination

Ce soir, Jean Rondeau ne jouera que du Bach, dont le fameux Concerto italien.

«J'ai fait un choix de pièces reliées à un thème, l'imagination, dit-il. Un peu comme mon premier disque, Imagine, mais avec un programme différent. Ce sont des pièces qui soulèvent des questions et laissent place à une certaine fantaisie de l'esprit.»

Jean Rondeau aime bien ce qui sort de l'ordinaire et conçoit ses projets de disque autour de thèmes forts.

«Mes projets partent toujours d'un instinct, d'une envie. Il faut ensuite avoir la maturité nécessaire pour aller jusqu'au disque avec cette envie. Un disque demande un cheminement pour raconter une histoire.»

Pour l'enregistrement de son deuxième disque, Vertigo, sorti il y a un mois, il s'est rendu au château d'Assas, où le célèbre claveciniste américain Scott Ross a longtemps vécu et est mort à l'âge de 38 ans.

«J'ai eu la chance d'être autorisé à enregistrer sur un clavecin d'époque, du début du XVIIIe, dit Jean Rondeau. Scott Ross lui-même a enregistré la plupart de ses disques sur cet instrument, bien avant ma naissance. C'était un parti pris que d'utiliser un instrument de cette époque et un lieu qui correspondent parfaitement aux oeuvres que j'ai choisies, de Rameau et de Royer, autour de l'opéra et du côté dramatique et théâtral du clavecin.»

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À la salle Bourgie ce soir, 19 h 30.

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