La Scala triomphe avec Jeanne d'Arc, oeuvre de Verdi quasi-oubliée

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Jeanne d'Arc est la septième oeuvre de Verdi et la cinquième parmi celles qu'il composa expressément pour la Scala au cours de sa longue et prolifique carrière.

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Amélie HERENSTEIN
Agence France-Presse
Milan

La Scala a ouvert lundi sa saison 2015/2016 par un triomphe à l'opéra Jeanne d'Arc, oeuvre du grand compositeur Giuseppe Verdi, créée sur ses planches il y a plus d'un siècle et demi, et restée étrangement absente de son répertoire depuis.

Comme chaque 7 décembre, jour de la Saint-Ambroise, patron de la ville de Milan, l'élite politique, économique et culturelle de l'Italie s'est pressée, parée de ses plus belles toilettes, dans le vénérable théâtre milanais pour assister au début de la saison lyrique.

Le public s'est enthousiasmé pour cet opéra qui retrace la vie de la jeune héroïne française pendant la Guerre de Cent Ans, morte sur le bûcher en 1431 et canonisée en 1920. Les artistes ont été salués par 11 minutes d'applaudissements nourris et de nombreux «bravi!» accompagnés de jets de roses depuis les baignoires du haut du théâtre.

L'opéra était dirigé par le directeur musical de la Scala, Riccardo Chailly et mis en scène par le Belge Moshe Leiser et le Français Patrice Caurier.

Moshe Leiser a reconnu que le spectacle résonnait fortement avec l'actualité française au lendemain de la forte poussée aux élections régionales du Front National, parti qui a fait de Jeanne d'Arc son emblème.

«J'ai bien voulu montrer dans ce spectacle que la figure de Jeanne d'Arc était porteuse de mort et qu'elle n'est pas comme l'ont pensé Verdi et son librettiste il y a 150 ans, porteuse de valeurs extraordinaires de patrie et de Dieu», a-t-il dit à l'AFP après le spectacle.

«Monter Jeanne d'Arc aujourd'hui, c'est aussi cette responsabilité-là. L'opéra n'est pas un journal d'actualité mais je ne pouvais pas en tant que citoyen habitant en France monter la figure de Jeanne d'Arc en montrant à quel point il est merveilleux de servir la France. "Boutons les Anglais hors de France" ou "boutons tous les Arabes", c'est une névrose et la névrose est mortifère!», a-t-il lancé.

Le rôle-titre a été chanté avec intensité par la célèbre diva russe Anna Netrebko, qui l'avait déjà interprété en 2013 à Salzbourg.

Le ténor Francesco Meli, qui lui donnait la réplique dans le rôle de Charles VII, a pour sa part fait le lien avec les attentats de Paris, soulignant que «Jeanne est une fanatique religieuse». «Cela nous donne à penser. Ce que nous pouvons faire nous c'est donner un peu de joie, de bonheur. L'art et la culture sont l'une des armes les plus fortes qui soient face aux maux qui affectent la vie de l'homme».

Patti Smith et Matteo Renzi

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Pas moins de 700 agents des forces de l'ordre ont été affectés à la sécurité du spectacle. 

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Le spectacle, auquel ont assisté le président du conseil Matteo Renzi et la rock-star Patti Smith, était placé sous très haute sécurité, et la place qui l'accueille est restée bouclée une bonne partie de la journée.

La Scala a récemment été identifiée comme cible potentielle d'attentats par le FBI (police fédérale américaine) et pas moins de 700 agents des forces de l'ordre, dont des tireurs d'élite placés sur les toits, avaient été affectés à sa sécurité.

Jeanne d'Arc est la septième oeuvre de Verdi et la cinquième parmi celles qu'il composa expressément pour la Scala au cours de sa longue et prolifique carrière.

Composé en à peine quatre mois, l'opéra fut créé à la Scala le 15 février 1845, où il fut chaleureusement accueilli par le public. «Ma meilleure oeuvre, sans nulle exception ni doute», jugeait peu après son auteur.

Divorce de 40 ans

En dépit de ce succès, les conditions dans lesquelles se déroula le spectacle furent à l'origine d'un vif conflit entre Verdi et l'impresario de la Scala, Bartolomeo Merelli, qui se traduisit par un «divorce» de plus de quarante ans entre le compositeur et le théâtre milanais. Ce n'est qu'en 1887 que Verdi acceptera d'y créer à nouveau une de ses compositions, Otello.

Jeanne d'Arc elle-même n'avait plus été rejoué à la Scala depuis 1865. Si bien qu'il s'agissait «d'une oeuvre quasi nouvelle» pour le théâtre, a souligné le maestro Riccardo Chailly.

«Reproposer (l'oeuvre) après 150 ans est un devoir, à la fois pour regarder l'histoire de la Scala et ses chapitres les plus importants et parce qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre», a-t-il insisté.

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