OSM / Le tapage

La pianiste Yulianna Avdeeva... (PHOTO D'ARCHIVES FOURNIE, HARALD HOFFMANN)

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La pianiste Yulianna Avdeeva

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Claude Gingras
La Presse

Le programme en soi est intéressant et même inhabituel, avec, successivement, la quasi inconnue Suite que Mahler constitua à partir de six mouvements tirés des Suites pour orchestre BWV 1067 et 1068 de Bach, le rare Capriccio pour piano et orchestre de Stravinsky avec une nouvelle venue comme soliste, la Russe Yulianna Avdeeva, et, pour finir, la longue et puissante 10e Symphonie de Chostakovitch.

Parce qu'il y a 20 minutes de Bach dans ce programme OSM de deux heures, fût-ce du Bach «trafiqué», on a inscrit le concert dans le présent Festival Bach. Ce qui est quelque peu tiré par les cheveux. Au fond, peu importe. L'orchestre très réduit, comme il doit l'être pour Bach, est cependant augmenté d'un orgue et d'un fort contingent de contrebasses. Le tout, s'ajoutant à un Air sur la corde de sol de ton romantique, alourdit l'original et, bien sûr, scandalise les puristes. Là encore, peu importe. Mahler a simplement fait, pour le public new-yorkais de 1909, ce que Stokowski allait faire quelques années plus tard à Philadelphie.

Dans le genre, cela s'écoute bien. On aurait simplement préféré, chez Mahler, plus d'originalité dans la façon d'approcher Bach. Rien à redire sur l'exécution, sauf lorsque le trompettiste nous fait sentir combien l'instrument qu'il tient dans ses mains est difficile à maîtriser.

Le Stravinsky maintenant. Étonnant de constater combien le Capriccio est peu connu du grand public. Il a pourtant été joué plusieurs fois à l'OSM et ce, dès l'époque du Plateau. Maintes fois enregistré aussi, le petit concerto en trois mouvements date de la période «néoclassique» de Stravinsky. La pire période, selon certains esthètes. D'accord, pas la plus importante, mais, quand même, une période pleine de fantaisie et d'imagination dont se détache ce Capriccio tout à la fois espiègle, tendre et rieur.

La nouvelle venue de 30 ans joue cela avec le plus grand sérieux et la plus grande correction. C'en est presque ennuyeux à la longue, et d'autant plus que le dialogue avec Nagano et l'OSM va dans le même sens. Une précision, quand même : sous l'une ou l'autre de ses translittérations du russe, Yulianna Avdeeva ou Ioulianna Avdeïeva, le nom mérite une seconde audition, ne serait-ce que du strict point de vue de la technique pianistique.

La 10e Symphonie de Chostakovitch occupe l'après-entracte. On annonce une durée approximative de 57 minutes, ce qui est vraisemblable puisque Nagano l'avait faite en 58 minutes en 2007. Cette fois, surprise : l'exécution s'arrête à 52 minutes, soit six de moins qu'il y a huit ans. Comme la partition ne comporte aucune possibilité de coupures, il faut qu'il y ait eu accélération quelque part. Certes, le fait de presser le mouvement ne favorise pas le climat de profonde noirceur qui enveloppe l'oeuvre. Mais ce n'est pas le seul élément en cause.

La concentration n'y est pas. Nagano chauffe son orchestre à blanc, il met les bouchées doubles pour produire de l'effet, mais en vain. Le tapage infernal n'est que cela, infernal : il n'exprime rien. Les timbres individuels sont tous très beaux, principalement chez les bois, très sollicités ici. Mais ils n'expriment rien non plus. Toute cette énorme machine tourne à vide. On s'ennuie à périr.

Mais ce n'est pas l'oeuvre qui est à ce point ennuyeuse. Bien au contraire, son contenu peut faire frémir lorsque traduit par un chef vraiment inspiré. Ce chef, il s'appelle Evgueny Mravinsky. Lui et le Philharmonique de Leningrad ont créé l'oeuvre en 1953 et l'ont enregistrée l'année suivante. Cet enregistrement, l'un des sommets absolus de la discographie, existe en CD. Tous peuvent y avoir accès. En comparaison, ce qu'on entend dans notre belle salle toute neuve sous le titre de «10e Symphonie de Chostakovitch» se ramène à un effort extrêmement louable. La foule, debout, applaudit et ovationne à fendre l'air le tapage qu'elle vient d'entendre. On lui souhaiterait tant de connaître la vraie chose...

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef d'orchestre : Kent Nagano. Soliste : Yulianna Avdeeva, pianiste. Jeudi soir, Maison symphonique, Place des Arts. Reprise samedi, 20 h.

Programme:

  • Suite d'après Bach (1909) - Mahler
  • Capriccio pour piano et orchestre (1929) - Stravinsky
  • Symphonie no 10, en mi mineur, op. 93 (1953) - Chostakovitch

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