GRAND ANGLE

Walter Boudreau, le civilisateur

Selon Walter Boudreau, Montréal est un grand centre... (PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Selon Walter Boudreau, Montréal est un grand centre de création artistique.

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Daniel Lemay
La Presse

Il parle de consécration, et le mot est bien choisi. Walter Boudreau vient de recevoir le Prix de la réalisation artistique au gala des Prix du Gouverneur général des arts du spectacle. Pour l'ensemble de son oeuvre et sa « contribution exceptionnelle aux arts du spectacle ».

À la musique classique, plus précisément, car c'est dans cette catégorie que le directeur artistique - depuis 27 ans! - de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) a été honoré, dimanche passé, au Centre national des arts d'Ottawa. Aux côtés d'Atom Egoyan (cinéma), Diana Leblanc et R.H. Thomson (théâtre), et Sarah McLachlan (musique populaire).

Bon... Certains puristes pourront contester le fait que la musique contemporaine soit considérée comme partie de la musique classique, mais le lauréat, lui, ne s'en formalise aucunement.

« Pour bien du monde, un compositeur classique doit être mort depuis au moins 200 ans », lance Walter Boudreau qui nous reçoit dans ses bureaux de la SMCQ, au Centre Pierre-Péladeau de l'UQAM. « Il devait être pauvre, malheureux et composer la nuit... »

Walter Boudreau, 67 ans, n'a l'air ni pauvre ni malheureux et il consacre le gros de ses nuits au sommeil depuis qu'il a abandonné sa carrière de jazzman, à la fin des années 60.

« À 15 ans, j'étais un prodige du saxophone », nous dira-t-il dans son franc-parler légendaire, ajoutant que son Walter Boudreau 3 + 1 = 4, son seul disque de jazz (1966), avait été encensé par Jazz Magazine. Les « 3 », c'était Pierre Leduc au piano, Jacques Valois à la contrebasse et Richard Provençal à la batterie.

Après ça, « Valtère » a dit « assez! ». Il voulait composer des symphonies... et se coucher, le soir venu. Il a dû attendre un peu, car pendant Expo 67, il rencontre Raôul Duguay et, de nuits blanches en fun noir, naît L'Infonie, un groupe-happening qui a compté jusqu'à 22 « expérimentateurs » dont le reposant quatuor du Jazz libre du Québec : le Québec découvre la musique d'avant-garde.

À cette époque, Boudreau fait de nombreux séjours en Europe où il étudie auprès des plus grands maîtres : Stockhausen, Xenakis, Ligeti.

À la fin des années 70, Boudreau laisse le Montreal Saxophone Quartet pour se consacrer à l'écriture. Il a à son crédit quelque 60 oeuvres aux titres aussi ordinaires que Variations, Voyage au centre du soleil... et Dans le champ, il y a des bibittes. Le soir, la nuit peut-être, Walter Boudreau dissèque des insectes sous son microscope.

Un scientifique dans l'âme ? « Je m'intéresse à tout, mais jamais je n'ai considéré la possibilité de passer ma vie ailleurs que dans la musique... » La musique qui explore l'homme dans ses ultimes recoins, la musique qui rend compte de son temps.

« Quand Tchaïkovski a composé son Ouverture 1812, il voulait témoigner d'un événement dans l'histoire : la victoire des armées russes contre Napoléon. Il n'a pas écrit Ouverture 1844... »

L'artiste et son temps. Après la Symphonie du Millénaire de juin 2000 - 19 compositeurs, 15 ensembles, 333 musiciens autour de l'Oratoire! -, Walter Boudreau vient de déposer un autre projet « monstrueux », mais « adapté aux circonstances et au budget » pour le 375e anniversaire de Montréal. Il attend des nouvelles. Comme il ne sait pas encore avec quel orchestre Analekta lui fera enregistrer son Concerto pour piano.

Entre-temps, il va travailler sur la prochaine Série Hommage (aux compositeurs québécois) consacrée à John Rea; il y a deux ans, cette initiative de la SMCQ avait été à l'origine de quelque 200 événements, à Montréal et ailleurs, conçus autour de l'oeuvre de Denis Gougeon.

En alternance avec cette série, Boudreau et son « parlement de fous », qu'il consulte régulièrement, présentent Montréal/Nouvelles Musiques, un festival qui, sur le thème Environnements et nouvelles technologies, a attiré 26 000 spectateurs à ses concerts de mars dernier, dont la création nord-américaine de Hiérophanie, une oeuvre que le Québécois Claude Vivier (1948-1983) avait écrite en 1971.

« L'ensemble Musikfabrik avait déjà interprété, à Berlin, cette oeuvre exigeante et ils ont accepté de venir la jouer à Montréal. Les Européens savent ce qui se passe ici. » Et ils ont désormais un point d'ancrage. « Sur l'autoroute de la musique contemporaine, M/NM se veut comme une bretelle qui permet aux musiciens du monde de s'arrêter à Montréal. »

À Montréal « métropole culturelle », répètent les politiques sur toutes les tribunes. Pour Walter Boudreau, l'affaire est entendue : « Montréal est un grand centre de création artistique. C'est un fait indéniable! La ville ne redeviendra jamais la métropole économique qu'on a connue, mais comme centre de création, elle peut encore grandir. Ça prend des moyens, des outils, de l'argent en d'autres mots, qui doit venir de l'État, des institutions, des sociétés... »

Qui ne doivent par contre rien attendre en retour, contrairement à certains « mécènes » qu'il dénonce : « Ils mettent une piastre sur la table et ils s'attendent à recevoir 1,15 $... Quelle attitude infantile! »

Pour Walter Boudreau, « c'est l'art qui différencie l'homme du serpent à sonnettes et de la poignée de porte ». Et lui dans tout ça ? Il incarne, comme créateur et explorateur de sons nouveaux, un « projet de civilisation ». Simplement.

À l'agenda

Cinéma urbain - La Société des arts technologiques (SAT) lance mardi au Parc de la Paix la 10e saison de Cinéma urbain à la belle étoile qui se poursuivra tous les mardis soir jusqu'en septembre. Au programme mardi, à 21 h 15 : une sélection de courts métrages du programme Prends ça court.

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