Lang Lang, étonnant mozartien

Le jeune pianiste chinois Lang Lang.... (Photo: André Pichette, archives La Presse)

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Le jeune pianiste chinois Lang Lang.

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Claude Gingras
La Presse

Lang Lang est pianiste, il est chinois, il a 32 ans, il a une crinière noire style punk. Ceux qui ne savent pas encore cela n'habitent pas cette planète. Mais encore, comment joue-t-il Mozart? C'est la question du jour, qui a rempli à sa capacité la Maison symphonique pour deux soirs. Et la réponse? Plutôt bien. En fait, il est impossible de le prendre en défaut.

Le jeune visiteur a choisi l'un des grands Concertos de Mozart, le K. 491, qu'il fait en 32 minutes. On admire en premier lieu l'incroyable clarté de l'articulation, l'absence de toute imperfection pianistique et une inhabituelle accentuation de la main gauche qui confère au discours un dramatisme rarement associé à cette musique. Le pianiste ajoute ici et là quelques nuances non indiquées dans le texte, mais tout à fait justifiées.

Le seul reproche qu'on pourrait lui faire est d'ordre - comment dire ? - narcissique. Il est évident que Lang Lang s'écoute jouer et qu'il se complaît dans ce qu'il entend. Mais comment lui en tenir rigueur puisque nous sommes 2 000 à penser comme lui? En effet, son Mozart provoqua une ovation de toute la salle, debout, qui semblait ne devoir jamais finir.

Mozart n'ayant pas laissé de cadences pour ce concerto, Lang Lang a choisi au premier mouvement la cadence de Lili Kraus, célèbre mozartienne qui se produisit maintes fois à Montréal. Aux deux autres mouvements, il brode quelques ornements, comme le veut la tradition.

Il faut mentionner également l'encadrement extrêmement précis et raffiné de Nagano et l'OSM.

Tout ce qui précède est du même très haut niveau et produit ce qu'on peut appeler un concert pleinement réussi. La Symphonie no 30 de Haydn ouvre la soirée. C'est l'une des moins jouées du corpus. Une seule exécution précédente à l'OSM : 1979, avec Decker. Il est vrai qu'elle n'est pas très intéressante, sauf pour ses importants solos de flûte. Parfait, le flûtiste entendu. Mais de qui s'agit-il, puisque nous n'avons reconnu ni Hutchins ni Bluteau?

Dans le même esprit, Nagano a programmé la «haydnienne» Symphonie classique de Prokofiev et en tire une exécution où les bois papillonnent avec une vivacité absolument ravissante.

Sans le moindre lien avec ces trois oeuvres, il augmente l'orchestre à 115 musiciens et donne Amériques pour le 50e anniversaire de la mort de Varèse. Sauf pour quelques accalmies ici et là, cet orchestre démesuré, avec 12 percussionnistes aux commandes, fait pendant 22 minutes non-stop un tapage absolument infernal augmenté de sirènes de pompier. On notera, en passant, que c'est la «version de chambre» qu'on entend là : l'original requiert 150 musiciens et dure 35 minutes! Difficile de trouver mieux en fait de musique pour faire casser un bail. Peut-être aussi un chef-d'oeuvre, dans le genre. En tout cas, la foule ovationne debout, comme elle le fera plus tard après le Mozart.

***ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL

Chef d'orchestre : Kent Nagano. Soliste : Lang Lang, pianiste. Mercredi soir, Maison symphonique, Place des Arts; reprise jeudi, 20 h. Séries Grands Concerts. Radiodiffusion : Radio-Canada, 13 avril, 20 h.

Programme :

Symphonie no 30, en do majeur, Hob. I : 30 (Alleluia) - Haydn

Amériques (1926, rév. 1929) - Varèse

Symphonie no 1, en ré majeur, op. 25 (Classique) (1918) - Prokofiev

Concerto pour piano et orchestre no 24, en do mineur, K. 491 (1786) - Mozart

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