Yuja Wang: les doigts qui volent

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La pianiste chinoise Yuja Wang, en répétitions à Taipei, le mois dernier.

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Partout où elle passe, la pianiste chinoise Yuja Wang fait couler beaucoup d'encre. À 27 ans, elle a même déjà inspiré un roman. Le phénomène sera de passage à Montréal la semaine prochaine pour ses débuts à l'OSM, et ce, trois fois plutôt qu'une.

À 14 ans, la petite Yuja quittait ses parents et sa ville natale de Pékin pour s'établir à Calgary afin d'y étudier. Un an plus tard, elle déménageait à Philadelphie, où elle était admise au prestigieux Curtis Institute. C'est là qu'elle a étudié avec Gary Graffman, qui fut lui-même élève de Rudolf Serkin et de Vladimir Horowitz. Pendant cinq ans, Graffman a aussi été le professeur du pianiste chinois le plus renommé: le controversé Lang Lang.

Outre un professeur et une patrie, Yuja Wang et Lang Lang ont d'autres points communs. Ils s'appuient tous deux sur une technique prodigieuse, comptent des myriades d'admirateurs et ont un style qui polarise les opinions. Une vidéo où l'on voit Yuja Wang jouer le Vol du bourdon de Rimsky-Korsakov à une vitesse quasi surnaturelle a été vue 3,5 millions de fois sur YouTube.

Programme

Au départ, Yuja Wang devait jouer le Concerto no 3 de Prokofiev à Montréal. Il y a deux semaines, elle annonçait qu'elle lui substituait le Concerto no 3 de Rachmaninov, considéré comme l'un des plus difficiles du répertoire. Une oeuvre qu'elle a aussi enregistrée sur son avant-dernier disque sous étiquette Deutsche Grammophon.

Elle explique ce choix: «Pour mes débuts avec l'OSM, j'ai eu envie d'y aller avec quelque chose de spectaculaire, dit-elle. C'est une oeuvre dont je ne me lasse jamais, peu importe le nombre de fois que je la joue. Elle dure presque 45 minutes, c'est épique. Tant de choses s'y passent! Je voulais en faire l'expérience avec l'OSM.»

Parce qu'elle choisit des oeuvres spectaculaires, on pourrait s'imaginer que Yuja Wang est une extravertie, mais elle se décrit plutôt comme une solitaire.

«Les gens me voient sur YouTube ou dans les médias et ils en concluent que je suis très moderne, fébrile et passionnée, dit-elle. C'est sûrement à cause de mon répertoire. Les mots que l'on pourrait employer pour décrire ces oeuvres sont employés pour me décrire parce que j'agis comme médiatrice de cette musique. Mais en fait, j'ai un côté très introspectif et j'aime passer du temps seule. J'aime autant les compositeurs que l'on peut considérer comme plutôt intérieurs, comme Schubert et Brahms. Ça démontre que la musique peut décrire toutes les facettes de l'être humain.»

Elle vient d'ailleurs d'enregistrer son premier disque de musique de chambre de Brahms avec le violoniste grec Leonidas Kavakos sous étiquette Decca.

Paroles de critiques

Phénomène inusité: Yuja Wang fait à ce point parler d'elle qu'elle a même inspiré un petit roman épistolaire aussi divertissant qu'érudit à l'écrivain suisse Étienne Barilier: Piano chinois. On y découvre les échanges fictifs entre deux critiques au sujet d'une certaine Mei Jin, pianiste imaginaire qui représente Yuja. Si le premier critique l'adule, le second la déteste et profite de l'occasion pour faire le procès de tous les pianistes de l'empire du Milieu.

«C'est très flatteur de savoir qu'un auteur s'est inspiré de moi pour écrire un roman, mais je ne l'ai pas lu, dit Yuja Wang. Je n'aime pas lire les choses que l'on écrit à mon sujet. Elles sèment la confusion chez moi, alors j'évite de le faire. Je ne lis pas non plus les critiques. Ils analysent peut-être ce qu'ils voient et entendent, mais ils n'ont pas eux-mêmes l'expérience de donner un concert.»

Parlant de critiques, un aspect de son image publique fait tant de bruit qu'on ne peut pas ne pas en parler: Yuja Wang aime la mode, les robes courtes et les talons aiguilles. Et se moque bien du qu'en-dira-t-on.

Tant d'audace vestimentaire a eu tôt fait de heurter le conservatisme ambiant et de susciter des articles où l'on dissertait presque aussi longuement sur ses tenues que sur sa musique. On s'est même permis de critiquer son maquillage sur la pochette de son avant-dernier disque.

Quand on évoque tous ces gens qui s'érigent en arbitres du bon goût, la pianiste se fait cinglante: «Ces propos en disent plus long sur ceux qui les formulent que sur mes choix vestimentaires.»

À la Maison symphonique le 23 avril, 19 h, le 26 avril, 20 h et le 27 avril, 14 h 30.




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