Rachel Barton Pine: le violon comme un destin

Parce qu'il n'y a pas que le classique... (Photo: fournie par Baptiste Grison, archives Festival de Lanaudière)

Agrandir

Parce qu'il n'y a pas que le classique dans la vie, Rachel Barton Pine a un faible pour la musique heavy metal. Elle aime Megadeth, Anthrax, Slayer, Black Sabbath et AC/DC.

Photo: fournie par Baptiste Grison, archives Festival de Lanaudière

Caroline Rodgers
La Presse

Si jamais un cinéaste souhaitait tourner un film sur une violoniste, il devrait se pencher sur l'incroyable destin de Rachel Barton Pine. Enfant prodige, survivante miraculée d'un effroyable accident, artiste hors du commun: tous les ingrédients d'une captivante histoire sont réunis. Elle jouera cette semaine en compagnie d'I Musici, sous la direction d'Alain Trudel, à la salle Bourgie.

L'accident de Rachel Barton Pine a été raconté maintes fois: en 1995, pendant qu'elle descendait d'un train en banlieue de Chicago, la courroie de son étui à violon est restée coincée dans la porte. Après avoir été traînée sur 366 m, elle a été happée sous le monstre de métal et a perdu une jambe. Son autre jambe a aussi été gravement blessée. Mais ce drame ne suffirait pas à briser la volonté de fer de cette battante, qui en avait vu d'autres.

«Quand j'étais enfant, mon père était la plupart du temps sans emploi, se souvient-elle. Nous étions toujours à un versement près de perdre notre maison, notre électricité était régulièrement coupée, et on se demandait même comment nous allions payer l'épicerie et mettre de l'essence dans la voiture pour nous rendre à mes cours de violon.»

Avec tous ces obstacles, il lui a fallu énormément de détermination pour réaliser son rêve de devenir musicienne. Mais son talent était tel qu'à 10 ans, elle faisait déjà ses débuts comme soliste avec le Chicago Symphony.

«Je croyais que c'était ma vocation et je n'ai jamais abandonné. Quand j'ai eu mon accident, mes blessures ont changé ma vie, mais à cause de toutes ces difficultés connues dans mon enfance, j'ai vu cela comme un défi de plus après en avoir relevé tant d'autres. Ce que j'avais vécu auparavant m'avait permis d'acquérir une force intérieure. Je savais que, peu importe ce que la vie m'apporterait, je pourrais passer au travers.»

Une quarantaine d'opérations plus tard et grâce à une prothèse, elle peut marcher et elle joue de nouveau debout depuis cinq ans. Mariant la générosité au courage, elle a créé une fondation qui vient en aide aux jeunes instrumentistes à corde qui ont du potentiel et vivent des problèmes d'argent.

Les turqueries de Mozart

Pour son concert avec I Musici, elle jouera le Concerto no 5 de Mozart. Il s'agit de son préféré des cinq concertos pour violon du compositeur, qu'elle vient d'ailleurs d'enregistrer avec l'Academy of St. Martin-in-the-Fields sous la direction de Sir Neville Marriner. L'album sortira ce printemps.

Un aspect de l'oeuvre mozartienne a piqué sa curiosité.

«Dans le dernier mouvement, il y a une section contrastante de type turc. Longtemps, j'ai cru que c'était inspiré de musique turque authentique, mais plus tard, quand j'ai commencé à m'intéresser de plus près aux musiques orientales, j'ai appris que c'était plutôt une parodie, une caricature stéréotypée qu'au XXIe siècle, on pourrait considérer comme politiquement incorrecte. C'est un peu comme si on disait qu'une chanson de Stephen Foster est un negro spiritual

Mal à l'aise, elle a posé la question à des collègues musiciens d'Ankara pour connaître leur rapport à ce procédé souvent utilisé par les compositeurs du XVIe au XVIIIe siècle et que l'on appelle en français «turqueries».

«Même si c'est caricatural, ils les apprécient, car c'est une reconnaissance de leur culture par ces compositeurs d'une lointaine époque. Ils m'ont même dit qu'en concert, les orchestres turcs accentuent ces passages avec l'ajout d'instruments de percussion traditionnels.»

«Quand j'ai eu mon accident, mes blessures ont changé ma vie, mais à cause de toutes ces difficultés connues dans mon enfance, j'ai vu cela comme un défi de plus après en avoir relevé tant d'autres.»


Côté givré

Parce qu'il n'y a pas que le classique dans la vie, Rachel Barton Pine a un faible pour la musique heavy metal. Elle aime Megadeth, Anthrax, Slayer, Black Sabbath et AC/DC. Un intérêt qui remonte à ses années d'études.

«Quand je pratiquais mon violon huit heures par jour, il n'était pas question d'écouter de la musique classique pour me détendre! Je n'aurais pu m'empêcher d'analyser en écoutant. Je voulais juste mettre mon cerveau en pause et écouter autre chose. Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai commencé à jouer des pièces rock sur mon violon.»

La violoniste aime collaborer avec quelques amis pour écrire des chansons. «C'est une autre approche de la créativité et ça me permet d'improviser. Le fait de jouer dans un style tellement différent me rend plus aventureuse en tant qu'artiste.»

Ses amis et elle ont même formé un petit groupe, Earthen Grave.

«Juste pour le plaisir, précise-t-elle. J'ai d'ailleurs découvert que plusieurs sous-genres de la famille metal sont inspirés par le classique. Il y a un lien assez fort entre les deux. Les musiciens rock que j'ai rencontrés m'ont tous dit qu'ils écoutaient beaucoup de classique.»

_______________________________________________________________________________

Rachel Barton Pine et I Musici, le 11 avril, 20h, salle Bourgie.




la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer