Carla Bruni, la French girl qui chantait en anglais

En entrevue, Carla Bruni admet aimer parler à... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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En entrevue, Carla Bruni admet aimer parler à travers les images. Elle s'est prêtée au jeu de la séance photo avec notre photographe.

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Petit pull en cachemire gris, jeans skinny, bottillons noirs, un soupçon de maquillage sur son beau visage, Carla Bruni vient d'entrer dans un salon vaste et vide du Ritz. Elle sourit et frissonne, étonnée par la climatisation anachronique qui a considérablement refroidi la pièce. «On dirait une clim des Caraïbes», blaguera-t-elle plus tard en attendant l'ascenseur et en évoquant les bienfaits de la mélatonine.

À 49 ans, Carla Bruni est toujours aussi belle, lumineuse, charmante et charmeuse. Comme l'écrivait un journaliste des Inrocks en 2013: «Un peu comme la France, malgré tout, malgré la crise, la grisaille et Sarkozy, ça va être difficile de ne pas l'aimer.» Il parlait de son avant-dernier disque, mais dans le fond, son appréciation convenait parfaitement à la femme derrière le disque.

Nous sommes le vendredi 13 et Carla Bruni, qui est à Montréal depuis à peine 24 heures, repart dans deux heures pour Paris. «J'aurais tellement aimé rester pour le week-end», ment-elle de sa voix à la fois rauque et veloutée.

Elle est à Montréal depuis à peine 24 heures, mais elle a eu le temps d'envoyer sur son compte Instagram une photo de la murale de Leonard Cohen, une de ses idoles, d'enregistrer TLMEP avec son bon ami Charlebois et de cumuler probablement une vingtaine d'entrevues d'environ huit minutes chacune. Avec mon tête-à-tête de vingt minutes, je suis parmi les privilégiés. Mais le temps presse et je me demande bien par où commencer. Par son disque de reprises produit par le Canadien David Foster et dont le titre anglais, French Touch, est un brin cabotin?

Nous y viendrons, mais avant, comment passer sous silence l'actualité brûlante de la semaine qui a fait trembler Hollywood et tomber Harvey Weinstein, un de ses empereurs? Ou, mieux encore: comment ne pas évoquer la page couverture des Inrocks en France où s'étale celui qui a tué Marie Trintignant à coups de poing: un Bertrand Cantat savamment dépeigné et subitement réhabilité sur papier glacé?

Au sujet de Harvey Weinstein, Carla Bruni aura peu à dire, puisqu'elle ne l'a pas connu, ni lui ni ses semblables, précise-t-elle.

Je lui rappelle que le milieu de la mode dont elle est issue a quand même des affinités avec le milieu du cinéma. «Mais enfin, qui, dans le milieu de la mode, pourrait avoir un tel comportement? Certainement pas les couturiers. Le milieu de la mode n'est pas un milieu très sexuel et les gens qui ont du pouvoir dans la mode ne sont pas demandeurs de ce genre de chose», tranche-t-elle.

Pour Cantat, elle est plus loquace: «J'ai bien connu Marie Trintignant, sa mère Nadine aussi. Le fait que ses quatre enfants aient grandi sans elle et qu'elle soit morte dans des circonstances aussi atroces, ça me rend triste tous les jours. C'est dommage qu'un support médiatique fasse une couverture avec celui qui l'a tuée. Quand je pense à Cantat, je ne pense pas à l'artiste, je pense à la violence conjugale, une violence conjugale qui a mené à la mort», laisse-t-elle tomber sombrement.

À un journaliste de Paris Match qui lui demandait récemment sur quoi on se trompait à son sujet, Bruni a répondu: sur tout. Mais encore?

«Quand on a une image publique depuis très longtemps, comme dans mon cas, les gens ont une perception faussée de celle que vous êtes vraiment. Mon image n'est pas ce que je suis, elle n'a rien à voir avec la personne intime que je suis.»

«Cette image, je l'ai beaucoup fréquentée, mais j'ai appris avec le temps à faire la part des choses et à ne plus y être connectée», ajoute-t-elle.

Je ne suis pas certaine de comprendre ce qu'elle veut dire. Car bien qu'elle ne soit plus mannequin ni même première dame de France, Carla Bruni ne s'est pas retirée du monde des images, comme en témoigne notamment son compte Instagram, où les photos d'elle abondent.

«J'aime beaucoup Instagram, réplique-t-elle. C'est un contact direct avec les gens qui vous aiment bien. Je donne ce que je veux bien donner et ils prennent ce qu'ils veulent bien prendre. C'est un social network très bienveillant lié à l'image. C'est tout le contraire de Twitter, qui est très politisé et opiniâtre. Moi, donner mon opinion, ça ne m'intéresse pas vraiment. J'aime mieux parler à travers les images.»

Et parfois aussi, Carla Bruni aime mieux parler à travers ses chansons. Ou, dans le cas de French Touch, à travers onze classiques puisés dans le répertoire secret qui l'accompagne depuis l'âge de 10 ans, quand elle a commencé à jouer de la guitare. La sélection est vaste et éclectique et elle réunit les Stones, The Clash, Abba, Depeche Mode, Tammy Wynette et même AC/DC, dont la chanson Highway to Hell est la reprise préférée de son fils de 16 ans, et la mienne aussi.

Le projet est né après une rencontre entre la chanteuse et le producteur canadien unilingue David Foster, qui s'intéressait à Carla Bruni, mais pas à ses little French songs.

«Il voulait qu'on fasse quelque chose ensemble, mais comme il ne comprenait rien à mes chansons, qui sont des chansons classiques françaises, il m'a demandé d'écrire des chansons en anglais, ce dont je suis incapable. Pourquoi? J'en ai aucune idée. Les choses qui appartiennent à l'inspiration ne s'expliquent pas. C'est comme ça.»

Il n'en demeure pas moins qu'avec ce disque, l'ex-première dame de France a succombé, comme trop d'artistes français, à l'anglais tout-puissant. N'y voit-elle pas un problème culturel?

Carla Bruni ne semble pas comprendre de quoi je parle. «L'anglais? Un problème? Pour moi, vous savez, y a assez peu de problèmes en général. J'ai un tempérament assez facile et je juge assez peu les choses et les gens. Alors non, je ne vois pas de problème à chanter en anglais. Même que je trouve intéressant de mêler les langues.»

«Vous savez, la langue, c'est la voiture, mais ce n'est pas la route.»

J'aime bien l'image, mais je ne partage pas entièrement ce qu'elle signifie. Car même si c'est communiquer qui importe, ce qui nous distingue et nous donne une identité, c'est la langue que nous parlons. À l'évidence, pour Carla Bruni, qui est à la fois Italienne et Française, ces choses importent peu.

Mes vingt minutes sont écoulées. Nous n'avons pas vraiment parlé de son mari Nicolas Sarkozy, avec qui elle dit filer le parfait amour, de sa vie après l'Élysée ni de ce qu'elle pense de la situation politique en France. En revanche, nous avons parlé d'Isabelle Boulay, dont elle aime la voix et la personnalité et pour qui elle a écrit une chanson, et de Françoise Hardy, qu'elle adore pour l'ensemble de son oeuvre, mais aussi pour sa simplicité, sa modestie et son austérité.

Le 18 février prochain, Carla Bruni reviendra à Montréal pour un soir à l'Olympia. Peut-être reprendrons-nous la conversation.




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