Marie-Chantal Toupin: le point sur les majuscules

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À 45 ans, Marie-Chantal Toupin accumule les années avec sérénité. «C'est un privilège de vieillir», croit-elle.

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Hugo Meunier
Hugo Meunier
La Presse

Que ce soit ses coups de gueule ÉCRITS EN MAJUSCULES SUR FACEBOOK, ses propos jugés racistes, la perte d'une émission de rénovation en chantier ou les railleries la visant sur les réseaux sociaux ou dans des chroniques, Marie-Chantal Toupin devait avoir hâte de tourner la page sur ses épreuves de l'an dernier. Pour ses 20 ans de carrière, elle lancera demain une compilation de ses plus grands succès. Rencontre.

Marie-Chantal Toupin nous reçoit toute pomponnée, dans sa grande maison soigneusement décorée située dans un rond-point de Terrebonne.

Les propres peintures de Marie-Chantal Toupin ornent les murs. Un terrain de 38 000 pieds carrés s'étend derrière.

Une cigarette traîne sur la dépression d'un cendrier, près de la hotte de l'immense îlot. Un bâtonnet d'encens sur le comptoir de la cuisine aromatise la pièce.

L'interprète de Soirée de filles habite ici depuis cinq ans, avec ses caniches royaux Diva et Maurice.

Elle dit aimer donner des noms d'humains à ses chiens. «Je voulais appeler mes chiens Victor et Simone.» Elle s'esclaffe en apprenant que ce sont précisément les prénoms des enfants du journaliste venu l'interviewer.

La blonde chanteuse a fait plusieurs rénovations dans sa maison et se décrit elle-même comme une «patenteuse». Orgueilleuse, elle s'excuse du désordre, même si tout est franchement impeccable. «Je pourrais écrire mon nom», soupire-t-elle en promenant son doigt sur la poussière d'une des cinq étagères remplies d'escarpins dans une pièce.

Une chanteuse «gâtée»

La télévision perchée dans le vaste salon diffuse la chaîne Investigation. L'artiste n'est au courant de rien lorsqu'on lui demande son avis sur l'affaire Jutra, qui secoue la province le jour de notre rencontre.

À 45 ans, Marie-Chantal Toupin accumule les années avec sérénité. «C'est un privilège de vieillir», croit-elle.

Paradoxalement, son sous-sol serait le paradis de n'importe quel adolescent: table de billard, sauna sec, mais surtout un large éventail de consoles de jeux vidéo. «J'aime bien Call of Duty et le jeu de golf aussi», énumère-t-elle en ramassant compulsivement ce qu'elle juge en train de traîner.

Son ancien gérant, Eduardo Da Costa, débarque avec les premiers exemplaires encore tout chauds de son nouvel album.

«C'est vraiment malade d'avoir la chance de faire encore des disques!», lance-t-elle.

Après 20 ans dans le showbiz, elle se décrit d'ailleurs comme «la chanteuse la plus gâtée au Québec». «Les fans sont encore au rendez-vous. Ils ne m'ont jamais jugée et m'ont toujours prise comme je suis», se félicite l'interprète de Maudit bordel, qui leur rend hommage avec la pièce Merci, une inédite de son dernier opus.

«Une belle année d'apprentissage»

Si l'année commence en force, l'année 2015 a été particulièrement éprouvante pour Marie-Chantal Toupin. «Une belle année d'apprentissage...», ironise-t-elle, sourire en coin.

Elle a d'abord enflammé les réseaux sociaux avec certains propos controversés, notamment sa réaction à la mort d'une femme qui s'est étranglée lorsque sa burqa s'est prise dans les roues de son go-kart (une mauvaise blague qui a pris des proportions énormes, aux yeux de la principale intéressée).

Elle s'est aussi réjouie de la fermeture d'une école musulmane en Autriche, en plus de lancer à l'occasion quelques cris du coeur déconcertants en «caps lock».

Cette utilisation contestable des réseaux sociaux lui aurait ainsi fait perdre la coanimation de l'émission Flip de filles en juin dernier (diffusée depuis sur la chaîne Moi & cie) et sans doute un brin de crédibilité.

Quelle leçon tire la principale intéressée de cette année houleuse? «Je n'ai aucun regret, mais je laisse tout ça derrière moi», affirme-t-elle, ajoutant que Derrière soi, l'autre chanson inédite de son nouvel album (écrite prophétiquement il y a 12 ans), devient hautement de circonstance.

Ce que j'aimerais tant refaire,

Ces instants où j'aurais pas dû me taire

Ce qu'il reste à faire

Aucun regret

Même si elle n'a aucun regret, elle rejette farouchement l'étiquette de «raciste» qu'on lui a accolée. «Je ne suis tellement pas raciste! J'ai sorti pendant sept ans avec un Portugais!», lance-t-elle en pointant Eduardo Da Costa et en citant quelques minorités culturelles de son entourage.

«En tout cas, j'ai appris que la politique et la religion, on ne parle pas de ça. Moi, ma religion, je la porte à mon cou.»

Aujourd'hui encore, elle estime dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Elle a des opinions sur tout, plusieurs choses l'horripilent, mais elle a décidé de les garder pour elle, en démontrant d'un geste de la main qu'elle garderait la bouche fermée, même après avoir tourné sa langue plusieurs fois.

Elle n'en veut pas aux chroniqueurs qui l'ont égratignée dans les médias. «C'est leur job. Le but du journalisme, c'est de faire du sensationnalisme. Comme toi, t'as pas le choix de me parler de tout ça, sinon tu ne ferais pas ta job», explique-t-elle en se versant un verre de blanc.

Si les écrits incendiaires qu'elle publiait sur Facebook faisaient grand bruit, ils dissimulaient une grande solitude et une profonde détresse.

Tout a commencé en 2013 lorsque la chanteuse a décidé de prendre une année sabbatique. Ce retrait de la vie publique s'est finalement étiré sur deux ans et demi, bien malgré elle. «On ne revient pas d'un break aussi facilement. Tu te retrouves seule sur le coin du comptoir. Tu te cherches des amis, il n'y en a pas. Tu fais quoi? Tu vas sur Facebook», confie la chanteuse, qui admet avoir fait une «mini-dépression».

«Je me suis mise dans la merde en restant toute seule dans ma bulle.»

Pendant sa sabbatique, Marie-Chantal a cultivé des idées noires, qu'elle a jetées par écrit. Des idées suicidaires? «J'y ai pensé. J'étais entrée dans un cercle vicieux. C'était pas blanc, c'était noir.»

Elle a alors décidé de consulter, ce qui lui a fait le plus grand bien. «J'ai retenu que la personne la plus importante sur terre, c'est moi.»

L'avenir en majuscules

Elle a fait le ménage dans sa vie et a congédié tout son entourage.

Seul Eduardo est revenu. Comme toujours. «Il m'a dit qu'il est revenu parce qu'il a commencé à peindre un tableau et qu'il n'avait pas fini de le peindre. C'est le seul qui croit en moi», raconte Marie-Chantal, émue. Eduardo n'est plus son gérant, mais plutôt un partenaire. «Je suis une tête forte, j'aime pas qu'on me contrôle.»

L'ingérable Marie-Chantal Toupin fonce aujourd'hui tête baissée vers l'avenir, après avoir puisé sa force dans les nombreuses difficultés qui ont jalonné son parcours.

Bien avant ses dérapages virtuels, elle chantait trois fois par semaine dans des bars dès l'âge de 7 ans. Une vingtaine d'années plus tard, elle a reçu des menaces de mort à cause du panneau provocateur «Regarde-moi droit dans les yeux», qui a lancé sa carrière, sur le pont Jacques-Cartier. Bref, Marie-Chantal Toupin en a vu d'autres. «J'aime ce qui est difficile. Je suis une provocatrice, peut-être même une dictatrice. Je suis rock and roll dans l'âme et je ne peux pas changer mon code génétique. Qui m'aime me suive!», résume-t-elle.

La dictatrice a néanmoins fait un peu de place à un nouvel entourage, qui gère sa carrière, mais surtout ses nouveaux comptes Facebook, Instagram et Twitter. «Je vais répondre aux gens, mais seulement en privé. Et je ne vais pas changer mes majuscules! C'est ma façon de m'exprimer!», plaide-t-elle, pendant qu'Eduardo opine.

«Elle m'a toujours envoyé des courriels comme ça...», soupire-t-il.

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