Daniel Boucher: la «chance» du vétéran

«Chanceux». Le constat émerge plusieurs fois au cours de l'entrevue, souvent au... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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«Chanceux». Le constat émerge plusieurs fois au cours de l'entrevue, souvent au terme d'un long moment de réflexion. Chanceux d'avoir «attrapé au vol La désise» lorsque la chanson emblématique est passée par le champ gauche de son cerveau, en 1999. Chanceux d'avoir fondé en 2004, pour «plus de liberté», sa propre maison de disques, Boucane bleue. Chanceux, enfin, de «vivre grâce à la musique» depuis déjà 15 ans, dans une conjoncture plutôt défavorable.

Mais la bonne fortune s'avère rarement fortuite, et Daniel Boucher a abattu bien du boulot depuis Le soleil est sorti, de cinq ans l'aîné du tout neuf Toutte est temporaire. Il y a eu le drame musical Dracula (R.M. Renfield), l'opéra folk Les filles de Caleb (Ovila Pronovost), l'animation et la conception de la musique du documentaire La vie nous arrive, diffusé sur les ondes de Télé-Québec. Quoi encore? Un parc Maisonneuve et des plaines d'Abraham pleins de bleu monde lors de Saint-Jean-Baptiste successives, dont il s'est fait un indéfectible ambassadeur.

Puis s'est finalement pointé ce quatrième album. «Quand je regarde en arrière, je découvre que c'est mon beat, un album aux quatre ou cinq ans», dit un Daniel Boucher loquace et «gesticuleux», appuyé sur le bar du Furco, dans le Quartier des spectacles. «Je ne suis pas le plus rapide, et la musique ne m'a jamais rendu fou», ajoute-t-il, précisant toutefois qu'il aimerait «accélérer le rythme» pour les prochains opus.

Toutte est temporaire poursuit sur une courte lancée où l'intime et le vécu prennent le pas sur les questions métaphysiques et les envolées verbales qui émanaient des petites bombes Dix mille matins et La patente. Le voilà plus que jamais dans le quotidien, à se raconter dans un joual signature, sans circonvolutions.

Les textes, moins verbeux, sont appuyés sur des riffs de guitare, pierres d'assise du projet. Une fois en studio, Daniel Boucher s'est adjoint les services de son ami - et multi-instrumentiste - Sylvain Clavette (Flybin Band) à la réalisation. «J'avais des "bouttes" de tounes, amassés au cours des dernières années, et j'ai dû me provoquer, dit-il. Sinon, je serais encore en train de gratter ma guitare tout seul dans mon coin.»

Des cordes éclatées, donc, soudent les 10 pièces, mais aussi un lot d'échantillons d'autres décennies, qui ont notamment déclenché l'écriture de trois pièces: la volontairement répétitive Histoire de ma vie (scusez menutte), le «single» Embarques-tu?, où intervient le duo folk rock les Karrik, et la polémique La langue, construite autour d'un monologue d'Yvon Deschamps.

La langue de chez nous?

Est-ce que Daniel Boucher aurait dû tourner la sienne sept fois dans sa bouche avant de chanter sur disque pareil manifeste - «je fais le serment solennel, que pour la survie de la nation, à partir de maintenant et pour un an, je parlerai français seulement» -, 40 ans après sa création, dans un tout autre contexte?

«La langue est un sujet très sensible, et je le savais en faisant la toune, mais il faut désamorcer le malaise, explique le souverainiste invétéré en pesant ses mots. Tout ce que je dis, c'est qu'il faut vivre l'indépendance au quotidien. Et que pour participer aux activités de la majorité, que ce soit en Gaspésie ou sur la Côte-Nord, pour que tout le monde puisse être un Québécois pure laine, ou simplement pour pouvoir écouter mon disque, il faut parler français. Ce n'est que ça.»

Chanter à la lune

Le reste du disque ne risque pas d'alimenter d'autres controverses. Le chanteur, admirateur des Beatles depuis des lunes et de Gilles Vigneault depuis moins longtemps, raconte ses pérégrinations, intérieures mais aussi géographiques, qui nous mènent à Granby ou dans la pièce rageuse d'après rupture Mont-Louis, en Gaspésie. «La pleine lune se couchait plutôt sur Safi, au Maroc, quand j'ai composé la pièce, raconte-t-il. À force de vivre d'autres affaires, j'ai changé le nom de la ville, qui n'évoque pas grand-chose ici, mais le désarroi que je vivais, lui, est authentique.»

Daniel Boucher avoue en outre qu'il lui reste des noeuds à dénouer, sans trop vouloir expliciter sa vie personnelle. «Il y a eu des «bouttes rough», comme tout le monde», dira seulement l'artiste de 43 ans. S'il est heureux? «Plusieurs fois par jour», laisse-t-il tomber, mi-figue mi-raisin. Par exemple, lorsqu'il parle de son fils de 10 ans, Émile, de la tournée de Toutte est temporaire, qui s'en vient en 2015, ou encore de son nouveau disque, tandis que le soleil se fraie un chemin jusqu'au petit bar sombre où il est accoudé.

Le soleil est sorti sur son troisième disque. Souhaitons, avec un peu de chance et de besogne, que la lumière soit là pour de bon, semble-t-il cette fois dire et chanter. «La vie, quel voyage!»

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Daniel Boucher sera en spectacle le mercredi 12 novembre au Club Soda dans le cadre du Coup de coeur francophone. 

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