Fontarabie: la fantasmagorie de Julien Mineau

C'est dans sa maison de Sainte-Ursule que Julien... (Photo François Gervais, Le Nouvelliste)

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C'est dans sa maison de Sainte-Ursule que Julien Mineau a donné naissance à Fontarabie, son ambitieux projet musical hybride.

Photo François Gervais, Le Nouvelliste

Il y a deux ans, Malajube se produisait aux FrancoFolies à l'extérieur avant de prendre une pause. À l'époque, le chanteur et guitariste Julien Mineau avait déjà en tête les chansons de son projet musical Fontarabie, qui sera présenté ce soir à 20h au Théâtre Maisonneuve. Entrevue dans sa maison inspirante du village de Sainte-Ursule, en Mauricie.

Les oeuvres de Virginie Parr, la copine de Julien Mineau, sont exposées sur les murs de la maison du couple. Elle s'active justement dans la cour avec leurs deux chiens. Les nombreux instruments du musicien sont parsemés dans le salon au décor d'époque, à l'exception de son célesta, qui a fait le voyage jusqu'à Montréal en prévision du jour J.

La maison respire le calme et l'inspiration. C'est ici que Julien Mineau a donné naissance à Fontarabie, son ambitieux projet musical hybride qui sera présenté avec 15 musiciens, ce soir, au théâtre Maisonneuve.

Le chanteur et moteur créateur du groupe Malajube vit dans la rue principale du charmant village de Sainte-Ursule, en Mauricie. À partir du cimetière, la rue prend le nom de «Fontarabie».

Univers halloweenesque

L'image du cimetière sied parfaitement à l'univers fantasmagorique et halloweenesque de Fontarabie. La chanson Gemma Galgani fait par ailleurs référence à une sainte italienne du tournant du XIXe siècle qui voyait des apparitions.

Julien Mineau a trouvé un célesta alors que ses chansons - déjà prêtes - attendaient que leur créateur acquière le fameux instrument propre à l'univers de Tchaïkovski (Le lac des cygnes). Après cinq ans de recherches, il a déniché une perle rare à bas prix dans «les annonces classées». «Un vrai vieux Mustel qui date des années 1800», précise-t-il.

L'album de Fontarabie ne représente qu'une parcelle de tout le corpus musical que Julien Mineau a créé dans le même souffle d'inspiration.

«Je me suis permis beaucoup de chansons sans voix. Chanter n'est pas ce qui m'attire le plus. Je dois habituellement me lancer là-dedans à la fin. Là, j'ai essayé de faire parler la musique d'elle-même pour que les gens puissent voir des images», dit-il.

Sans pressions particulières de son entourage, l'auteur-compositeur s'est investi corps et âme dans ce projet. «Comme une finalité de vie, comme si c'était le dernier disque, dit-il. Je pense toujours à la possibilité que je meure demain et qu'on retrouve mon disque dur...»

Éprouvants à «en virer fou», l'enregistrement et le mixage de l'album ont duré plus de deux ans et ont permis à Julien Mineau d'en apprendre beaucoup sur les rudiments du métier de réalisateur. «J'ai des défis qui s'en viennent, mais je ne peux pas trop en parler», signale-t-il.

Musique de film

Julien Mineau consomme beaucoup de films d'horreur, quitte à les visionner deux fois pour mieux écouter la musique. Fontarabie peut aussi évoquer les bandes originales du compositeur Danny Elfman, dont celle du film Edward Scissorhands. Le célesta ajoute des effets féeriques de boîtes à musique.

Fontarabie est un album dont l'auditeur est le héros. Des chansons comme Union libre avec la peur laissent beaucoup de place à l'interprétation. «Je réussis à ne pas trop donner mon identité culturelle dans ma musique», dit Mineau, qui associe pourtant des émotions ou des événements très précis à ses textes.

Cette ouverture sémantique n'a rien d'arbitraire. Bien au contraire. Instrumentales, les pièces Morula, Gastrula et Blastula auraient tout simplement pu s'intituler Partie 1, Partie 2 et Partie 3. En évoquant les différents stades du développement cellulaire de l'embryon, elles renvoient à la fascination - ou plutôt à la peur - de leur géniteur pour le corps humain et les maladies.

Julien Mineau a développé sa propre esthétique musicale. «C'est bizarre... Chaque fois que la toune est en mineur, je dois creuser dans des zones plus plates de la vie, alors qu'en majeur, je peux employer des mots plus légers comme citron (ou pâte filo).»

Musicien polygame

Ce n'est un secret pour personne depuis le succès international de Malajube: Julien Mineau ne peut tourner sans relâche en spectacle avec les mêmes chansons. Arrive un moment où il ressent le besoin de repousser les limites de sa création et de se réinventer. «J'étais écoeuré de jouer juste de la guitare», lance-t-il.

Pour Julien Mineau, aussi bien être monogame en amour, mais polygame en musique, «pour ne pas être une caricature de soi-même».

Le musicien a partagé l'aventure de Fontarabie avec Simon Trottier de Timber Timbre, qui a multiplié les séjours à Sainte-Ursule. Pour les arrangements de cordes et de violoncelles, Mineau a fait appel à son «voisin d'en face», Patrick Lavoie, qui a composé la musique du film Tout est parfait. Il a aussi reçu la visite du multi-instrumentiste émérite Benoît Rocheleau, «un gars du village d'à côté».

Écrire des paroles rime avec «travail» pour Julien Mineau alors que composer de la musique est une source de plaisir. Son rêve: avoir carte blanche pour la musique d'un film d'horreur.

Le fait de délaisser la guitare lui a fait le plus grand bien. «Là, je la retrouve», dit-il, en empoignant sa dernière acquisition: une belle six cordes Fender. Lors de notre visite, Julien Mineau venait d'écrire une chanson «de vieux disco».

Créer de la musique, c'est plus fort que lui. «Comme le dessin», ajoute-t-il, par ailleurs.

Quant à l'avenir de Malajube, disons que le groupe a seulement pris «une pause de frères et soeurs».

Au Théâtre Maisonneuve ce soir, 20h, dans le cadre des FrancoFolies.

Approche pop, rendu classique

«Les autres ne doivent pas catcher comment j'ai pu écrire ça», lance-t-il.

Julien Mineau ne sait pas lire la musique. Il a tout appris par lui-même. Et voilà qu'il se retrouvera dans un univers à la frontière entre le classique et la musique populaire avec 15 musiciens sur la scène du Théâtre Maisonneuve.

«J'aime découvrir des suites d'accords, peu importe l'instrument», répond-il pour expliquer son talent.

Sur scène, on retrouvera notamment avec lui sa compagne Virginie Parr, Thomas Augustin et Francis Mineau de Malajube, ainsi que Ryan Battistuzzi, Patrick Sayers, Julie Fontaine, Benoît Rocheleau et Renaud Gratton, sans compter une section de cuivres et une autre de cordes.

Notre rencontre avec Julien Mineau a eu lieu au lendemain de la première répétition à 16 musiciens. Ses yeux brillaient en repensant à la veille. «C'était le premier contact orchestral et j'ai hâte à la prochaine répétition. C'était tout un buzz d'entendre ma toune jouée de façon classique à 16 musiciens sans fausses notes. C'était du haut calibre. Je me paye un méchant trip. Il n'y a pas de business, dans cette affaire-là, et ça fait du bien.»

«Ça fait deux ans que je n'ai pas fait de show. Je n'ai pas choisi la salle pour que ce ne soit pas stressant.»

Julien Mineau ne jouera pas de célesta sur scène et n'agira pas à titre de chef d'orchestre. Il veut entendre l'ensemble avec du recul et profiter du moment.

«Je vais juste jouer de la guitare alors que je n'en joue même pas sur le disque!», note-t-il en riant.




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