L'épopée de Ginette Reno

La grande Ginette Reno, nouvelle coqueluche des sportifs, termine sa tournée... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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La grande Ginette Reno, nouvelle coqueluche des sportifs, termine sa tournée Chanter pour toi ce soir à la Place des Arts ce week-end. La chanteuse revient sur son aventure des séries qui a fait d'elle le porte-bonheur du Canadien en chantant tous les hymnes nationaux au Centre Bell. Car son histoire personnelle est aussi une épopée.

C'était une aventure surréaliste et totalement imprévue il y a quelques semaines à peine. Nous avons rencontré Ginette Reno mercredi, au lendemain d'un match de fou qui a permis aux fans du CH de garder espoir, et la magie de la chanteuse avait encore opéré.

Rene Bourque - celui-là même qui a compté 11 secondes après le «premier» hymne national chanté par Ginette au Centre Bell lors du troisième affrontement contre Tampa Bay - a réussi un tour du chapeau, alors que le CH faisait face à l'élimination contre les Rangers de New York. Une situation qui rappelle les exploits de Maurice Richard, dont c'était l'anniversaire de la mort le même jour, un 27 mai...

«Je ne savais pas que c'était l'anniversaire de la mort de Maurice Richard, s'étonne la chanteuse lorsqu'on le lui fait remarquer. Ça, j'aurais vraiment aimé le savoir. Il devait être là. C'est lui qui a dû aider Bourque.»

La foi parfaitement assumée de Ginette Reno, qui aime fabriquer des chapelets, rejoint celle des fervents de la sainte Flanelle. C'est superstitieux, un fan de sport, et plein d'espérance. Et ceux du CH ont trouvé en Ginette une sorte de madone dont la voix soulève les montagnes de partisans à tous les matchs au Centre Bell. Assez pour envoyer un sosie masculin de Ginette lors des matchs à New York pour combler son absence. «Des gens m'ont dit que c'était irrespectueux, mais pas du tout! Je le trouve correct, ce gars-là!»

Croire au hockey

Dans une ville qui vient de sortir d'un débat houleux sur les «signes ostentatoires», voilà qu'une ferveur irrationnelle a rassemblé ses citoyens sous la bannière très ostentatoire du Tricolore. La ville est devenue hockey, comme la ville est devenue Ginette. Elle a fait le bonheur des caricaturistes (ce qui la fait énormément rire), inspiré les twitteux et les facebookiens qui rivalisent de mots d'esprit à son sujet, si bien que même les allergiques du hockey n'ont pas pu passer à côté du phénomène Ginette-en-séries.

C'est manifeste. Pendant une heure d'entrevue, nous serons interrompues trois fois par des gens qui veulent la toucher, la remercier et lui parler de hockey. Elle est pourchassée par les obsédés du selfie. «C'est comme ça tous les jours, confirme-t-elle. Je fais 100 photos par jour avec les gens, au moins.»

Par souci d'éthique journalistique, nous avouons avoir demandé et obtenu «fait chaud d'à matin», un chapelet de Ginette Reno (pour notre mère, bien sûr), sans pousser notre puck jusqu'au selfie.

Mais comment vit-elle ce «rush» d'amour ininterrompu entre ses concerts de la tournée et ses hymnes nationaux au Centre Bell, alors qu'elle se remet d'une crise cardiaque survenue en janvier? «J'en ai besoin. J'ai besoin de tout l'amour que le monde peut me donner en ce moment. Je suis dans une période où j'ai besoin d'amour. J'ai assez aimé, c'est assez!»

Les derniers concerts?

Ginette Reno a souvent parlé de son coeur brisé bien avant cette crise cardiaque; par sa mère qui la croyait «possédée du démon», par les hommes, par elle-même, insatiable dans sa propre quête d'amour. «Khalil Gibran écrivait dans Le Prophète: «Si tu ne veux pas être broyé par l'amour, sors de la zone d'amour», mais moi je préfère rester dedans», dit-elle. Ce qui explique peut-être pourquoi elle est associée, dans le coeur des Québécois, à de grands moments d'émotion collective.

S'il fallait imaginer un tour du chapeau de Ginette Reno, il y aurait Un peu plus haut, un plus plus loin chanté sur le mont Royal en 1975, repris en 2008 avec Céline Dion sur les plaines d'Abraham et maintenant ses hymnes nationaux au Centre Bell, qui font dorénavant partie de la légende du Canadien.

Alors qu'une toute nouvelle génération a découvert ou redécouvert Ginette Reno avant les matchs du CH, son public indéfectiblement fidèle depuis 55 ans pourrait bien assister, ce week-end, à sa dernière tournée. La chanteuse qui depuis tant d'années a chanté aux quatre coins du Québec, a besoin de «nouvelles formes».

Ce sera peut-être le cinéma - elle qui nous a donné l'inoubliable mère de Léolo - ou, à l'écrit, un livre sur la peur en collaboration avec le psychologue du Canadien (Sylvain Guimond, son ami depuis 30 ans), ou alors ses mémoires, dont elle a déjà rédigé 300 ou 400 pages - dans lesquelles s'ajouteront inévitablement l'amour imprévu des dernières semaines.

Toujours est-il que si son coeur avait lâché en janvier, ni elle, ni Montréal, ni le Québec n'auraient vécu ces semaines de fièvre. Puisque Ginette Reno n'est pas la chanteuse en résidence du Centre Bell, mais bien la belle au centre de nos fièvres...

À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 30, 31 mai et le 1er juin. Tous les profits du concert du 1er juin seront versés à la fondation GinetteReno et à l'hôpital Jean-Talon.

Ginette Reno sur...

Sa fièvre du hockey

«Après le match, je rentre à la maison, je m'assois à ma table, je fais des chapelets, je prie et je remercie Dieu. Pendant que je fais mes chapelets, je dis: «Ben là, ce serait le fun qu'ils gagnent à New York.» Quand je suis là, dans la loge, je leur donne de la lumière et je dis: «Allez scorer.» Chez moi, il ne faudrait pas qu'on puisse me voir parce que c'est tellement drôle. Par exemple, les Bruins faisaient toutes sortes d'affaires, et je disais: «Mon écoeurant, t'as pas le droit de faire ça, on joue pour l'honneur, crisse!» Pis, en même temps, je parle au Canadien, je leur dis d'aller scorer... Je n'ai rien à voir avec ça; c'est juste le fun que j'ai chez moi à m'amuser comme un bébé.»

La foi

«Je n'ai pas toujours eu la foi. Mais j'ai eu besoin qu'Il m'aime comme un fou. Parce que je ne suis pas normale. J'ai toujours eu besoin de quelqu'un qui m'aime comme un fou. J'ai eu un réveil spirituel énorme dans un hôpital psychiatrique, où je voulais me libérer de cette partie démoniaque que ma mère, qui me disait que j'étais «une destruction maudite qui allait se détruire elle-même», avait installée en moi. Je me souviens d'avoir dit à Dieu: «Arrache de mon être cette partie démoniaque et donne-moi la liberté de t'aimer si j'ai envie de t'aimer.» C'est là que j'ai commencé à prier. Et chaque jour arrivaient des miracles. De petits miracles, mais des miracles pareil.»

Le trac, après 55 ans de carrière

«J'ai le trac plus que jamais. Même que, dernièrement, je me suis demandé pourquoi j'avais tant de douleur. Quand j'ai commencé à chanter, je pleurais avant de monter sur scène et j'ai recommencé à faire ça. J'ai essayé de comprendre: c'est mon ego, mon orgueil, ai-je peur d'être humiliée? Je sens qu'il y a une partie de moi qui est extrêmement secrète. J'ai la sensation que, lorsque je vais porter ma voix, je m'en vais porter quelque chose d'intègre, de l'énergie pure, je vais me donner, et donner une partie de moi qui est pure. Au Centre Bell, je dois faire en deux minutes ce que je fais en deux heures de concert.»

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