Half Moon Run avec l'OSM: un heureux mariage

Le groupe Half Moon Run et l'Orchestre symphonique... (Photo André Pichette, La Presse)

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Le groupe Half Moon Run et l'Orchestre symphonique de Montréal se sont produits ensemble, hier soir, à la Maison symphonique.

Photo André Pichette, La Presse

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Le groupe indie-rock Half Moon Run a momentanément délaissé ses instruments pour joindre ses forces à celles de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), sous la direction d'Adam Johnson, lors de la première de deux soirées à guichets fermés à la Maison symphonique, hier. L'ingénieuse union des deux genres a su conquérir le public.

Les membres du quatuor sont montés sur scène un peu après 20 h, deux d'entre eux ayant discipliné leurs longs cheveux en les nouant en queue de cheval, chacun ayant revêtu son plus beau veston. À peine avaient-ils pénétré dans l'enceinte de la Maison symphonique que la foule les a accueillis par un tonnerre d'applaudissements. La salle peut recevoir 1900 spectateurs, tous les sièges étaient occupés. Le groupe montréalais d'adoption a conquis le coeur du public québécois depuis un moment déjà. Et le voilà qui se présentait sur scène, appuyé par l'Orchestre symphonique de Montréal, rien de moins.

Rien à craindre, donc, le public les adore. Il était hors de question de tenir l'auditoire pour acquis, cependant.

Devon, Conner, Dylan et Isaac, cernés par les cordes, les bois, les cuivres et les percussions de la formation montréalaise, ont offert une prestation époustouflante.

Le compositeur et arrangeur Blair Thompson s'est attaqué à la complexité instrumentale des mélodies de Half Moon Run dans un travail orchestral des plus habiles.

Une fois la foule calmée, le spectacle a débuté sur la chanson Sun Leads Me On, choix judicieux pour entreprendre le voyage dans l'univers de l'indie-symphonique. L'acoustique de la Maison symphonique a rendu un fier service à Devon Portielje, voix principale du groupe, dont le chant a occupé tout l'espace, magnifiquement accompagné de la subtile mélodie de l'orchestre. L'intonation du jeune Ontarien n'est pas d'une irréprochable justesse, mais il a un timbre qui captive et, déjà, l'auditoire était séduit.

Sous les acclamations après cette première chanson, le groupe a semblé prendre de l'assurance, et c'est bien plus confiants en eux qu'ils ont exécuté une version sublime de Turn Your Love, puis Drug You, dont le prélude instrumental, signé Thompson, donnait des frissons.

Au fil des chansons, Devon a gagné en assurance, encore et encore, mais c'est lorsqu'il a repris possession de ses instruments, au moment d'interpréter Narrow Margins, que le groupe Half Moon Run a vraiment donné le spectacle qu'on attendait d'eux.

Des compromis de part et d'autre

Magistral, l'OSM doit s'adapter à un registre inhabituel pour les concerts de cette série Pop, que Half Moon Run inaugurait cette saison. La rencontre avec les sonorités indie-rock et pop des quatre musiciens était réussie, les arrangements remarquables, mais le quatuor a lui aussi dû s'adapter et brider un peu sa fougue. Ils se sont donc adoucis tandis que, de son côté, l'OSM s'est imprégné de l'impétuosité de la musique du groupe. Des compromis qui ont porté leurs fruits.

L'ajout des guitares, des claviers et de la batterie a permis de combler le petit manque qui avait marqué la première partie du concert, comme si Half Moon Run perdait un peu de son sens sans ses instruments. L'orchestre et les rockeurs ont alors enchaîné sur I Can't Figure Out, puis Unofferable, une chanson qu'ils interprètent habituellement a cappella, occasion rêvée de mettre en valeur l'une des principales forces du groupe: l'harmonie des voix. Puis, Need It, une des seules à avoir perdu de sa poigne, quelque peu noyée dans les réarrangements.

La passion émanait du quatuor, enivré par le son de leur musique jouée dans un contexte si magistral. Ils se donnaient à fond sur scène, comme possédés par le moment.

Dans un bref discours empli d'humilité, Dylan, le seul membre du groupe capable de bien s'exprimer en français, a remercié le public et «le génie qui a fait les arrangements». «J'avais trop de papillons pour parler avant, a-t-il déclaré. C'est une expérience unique, je n'ai pas de mots pour la décrire. On est tellement contents!»

Fabuleuse finale

Half Moon Run s'est permis de retrouver un peu de son edge pendant Everybody Wants, puis 21 Gun Salute, leur chanson aux intonations électroniques qui a donné un produit intéressant, accompagné de l'orchestre.

A suivi Throes, l'interlude sans paroles interprété au piano par le batteur, Dylan, auquel, cette fois, s'est joint l'OSM dans une version envoûtante de ce petit morceau d'une minute qu'il joue généralement seul. Après The Debt, la populaire Call Me in the Afternoon s'est soldée par une ovation debout. Devon a lancé un cri de joie, dans un élan de fierté, après la finale dramatique de la chanson. Le quatuor et l'orchestre avaient de quoi être fier, en effet. La foule les a chaudement acclamés, puis s'est rassise pour la finale, Full Circle, qui a valu a l'OSM et Half Moon Run une deuxième ovation.

En rappel, l'orchestre et le groupe rock ont joint leurs forces une dernière fois pour la version symphonique de She Wants to Know. Alors qu'ils quittaient la scène pour la deuxième fois, le public a décidé qu'il ne les laisserait pas partir tout de suite. Applaudissant à tout rompre, aucun spectateur n'a quitté sa place durant de longues minutes. Les quatre musiciens sont revenus saluer leur public à deux reprises, puis une troisième, cette fois pour reprendre leurs instruments, leurs vestons laissés dans les coulisses. Sans micro, Half Moon Run a une ultime fois exploité l'acoustique de la Maison symphonique avec une interprétation brute et enivrante de Vampire, du groupe Pink Mountaintops.

Le mariage de l'indie mélodique et complexe de Half Moon Run à la somptuosité des accompagnements de l'OSM a un été un triomphe. Le public a quitté les lieux conquis, laissant la place aux prochains spectateurs qui pourront assister à une seconde représentation dès ce soir.




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