Paul Simon: encore allumé après toutes ces années

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La voix de Paul Simon est normalement usée, mais cela ne constitue pas un irritant majeur.

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Par moments, Paul Simon peut avoir l'air d'un showman un tantinet fatigué, on peut lui trouver la voix fanée durant certaines séquences de sa prestation, mais on peut affirmer sans ambages qu'il demeure un homme inspiré, si l'on s'en tient à la qualité certaine de son nouvel album, au grand raffinement de ses accompagnateurs et des superbes arrangements au service de ses rimes brillamment ciselées pour la plupart.

Still crazy after all these years, comme le dit sa chanson... C'est ce qu'on a pu observer hier soir à la salle Wilfrid-Pelletier.

Le cadre scénique respirait l'intimité malgré la taille de l'amphithéâtre, sorte de grand salon décoré de hautes lampes sur pied. On a d'abord joué une version instrumentale de Proof, tirée de l'album The Rhythm of The Saints. Et Paul Simon a fait son entrée sur un air de Graceland, The Boy in the Bubble, exactement trois décennies après sa sortie.

Sans tarder, le chanteur a canonné la toujours appréciée 50 Ways to Leave Your Lover, grand classique des années 70, cette fois jouée façon afro-funk. On s'est ensuite rapproché du temps présent avec ce séduisant Dazzling Blue, mâtiné d'influences indiennes, rendu public dans l'album So Beautiful Or So What. Puis un retour abrupt en Louisiane avec ce zydeco bien senti, exécuté dans les règles de l'art: That Was Your Mother, enchaîné avec Rewrite, autre indo-folk connu depuis 2011.

Avec Paul Simon, vous vous imaginez bien que les allers-retours entre l'Amérique et l'outre-Occident sont fréquents. Nous revoilà dodelinant sur notre continent avec Slip Sidin' Away, chanson enregistrée pendant les séances de Still Crazy After All These Years - et lancée en 1977.

Pendant que l'excellent groupe de l'Américain traverse un pont, on se dit que sa voix est normalement usée (et pas toujours juste), mais que cela ne constitue pas un irritant majeur, tout compte fait. 

De manière générale, le septuagénaire s'en tire plutôt bien, car il sait freiner sans trop de dégâts les ascensions hasardeuses dans les aigus; on le constate dans son interprétation de Mother and Child Reunion, et encore avec Me And Julio Down By the Schoolyard, autre incontournable entrelardé d'anches et de cuivres.

Le chanteur nous raconte alors l'épisode d'un voyage en Amazonie alors qu'un guérisseur lui fit boire un élixir lui permettant de visualiser les esprits... Et voilà qu'il entonne Spirit Voices, peut-être plus africaine qu'amazonienne, néanmoins tropicale. La suivante, toutefois, ne peut cacher l'inspiration de Bahia: The Obvious Child, tirée de l'opus The Rhythm of The Saints.

Il aura fallu attendre plus d'une heure pour entendre la chanson titre du nouvel album: Stranger to Stranger évoque effectivement d'étranges retrouvailles. Puis on remonte le temps jusqu'à l'époque Simon & Garfunkel. Homeward Bound ravit l'auditoire à coup sûr, le tout coiffé d'un passage instrumental d'El Condor Pasa (If I Could).

Ce même esprit andin se retrouve 40 ans plus tard dans la chanson Duncan, qui vient à peine d'amorcer sa vie publique, tout comme The Werewolf, l'une des rares chansons neuves au programme. Le loup-garou poétique de Simon est ici chanté dans un décor holographique évoquant la pénombre forestière. Très beau!

Dans la jungle

En français s'il vous plaît, un musicien camerounais vient nous raconter le parcours initiatique de Paul Simon dans la jungle équatoriale d'Afrique centrale, sympathique et rigolote introduction à la chanson The Cool, Cool River, construite sur un rythme en 9/8 et assortie d'une audacieuse improvisation pianistique.

Pour faire monter les oeufs en neige avant les rappels, on nous balance des chapelets de guitares et des percussions jazzo-africaines avec Diamonds on The Sole of Her Shoes. Et l'irrésistible riff de You Can Call Me Al fait bondir tout le monde de son siège, taper des mains et entonner le chorus.

Le premier rappel est l'histoire pissante d'un artiste qui ne peut retourner sur scène parce qu'intercepté par un agent de sécurité qui ne lui voit pas de bracelet d'accès, chanson carrément intitulée Wristband. Il n'y aura pas d'autres titres de Stanger to Stranger au programme. On retournera une fois de plus à Graceland via I Know What I Know, on ne peut plus festive dans le contexte, suivie de Still Crazy After All These Years.

Et comme il fallait s'attendre à un troisième service, on aura eu droit à Late in the Evening en mode zydeco blues, ainsi qu'à un autre classique de Simon & Garfunkel, The Boxer, très sobrement interprété à la guitare. En conclusion, The Sound of Silence calmera les esprits pour la plupart comblés.

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