Le pari fou de Jean Leloup

Jean Leloup se produisait à la salle Wilfrid-Pelletier samedi... (Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse)

Agrandir

Jean Leloup se produisait à la salle Wilfrid-Pelletier samedi soir.

Photo Edouard Plante-Fréchette, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Qui d'autre que Jean Leloup aurait osé relever pareil défi ? Transformer le temps d'une soirée - et de quelques supplémentaires à venir en 2016 - l'immense salle Wilfrid-Pelletier en une boîte à chansons.

Mais une boîte à chansons bien de son temps où les chandelles et les filets de pêche de jadis avaient été remplacés par un énorme crâne sans doute emprunté à Hamlet et un écran géant qui meublait tout le fond de scène et sur lequel apparaîtraient des images pas toujours rassurantes. Ainsi que, j'oubliais, deux tabourets qui auraient été parfaitement inutiles si l'on n'avait pas déposé sur l'un deux un téléphone blanc auquel Leloup oublierait de répondre.

Quelqu'un d'autre aurait pu concevoir un projet aussi fou, mais personne d'autre que Jean Leloup n'aurait pu gagner ce pari comme il l'a fait hier soir.

Il lui fallait beaucoup d'audace et l'intuition que ce public qui l'a adopté le suivrait dans cette aventure.

Ce n'était pas gagné d'avance. Les chansons qui, comme Les fourmis, sèment la frénésie sur la piste de danse d'un Métropolis étaient livrées dans le plus simple appareil, minimalistes à souhait. Servies par un Leloup seul avec sa guitare acoustique, elles redevenaient ce qu'elles avaient été à leur conception, des choses souvent sombres, parfois même torturées dont les textes prenaient tout leur sens.

Stupeur et bouleversement

Quand Leloup s'est éclipsé avant son premier rappel - en fait son 7512e rappel s'il faut en croire la pancarte tenue bien haut par le moine en noir acolyte du chanteur -, le public ne s'est pas levé d'un trait, mais progressivement, grappe par grappe, comme s'il était sous le choc. Il faut dire que le chanteur nous avait fini ça sur une note bouleversante, enchaînant Les flamants roses, Retour à la maison et Feuille au vent en s'égosillant tel un possédé.

Il y avait dans son programme quelques-unes de ses chansons les plus populaires qu'il n'avait pas jouées au Métropolis comme I Lost My Baby, Balade à Toronto et Johnny Go, mais qui se mêlaient aux autres après avoir laissé en coulisses leurs atours de grands succès. Par moments, une chorale de spectateurs se manifestait, timidement, avec l'air de dire nous sommes là, mais nous ne voulons pas briser le charme.

Étonnamment peut-être, ce n'était pas le show éclaté qu'on aurait pu attendre d'un Leloup laissé à lui-même et qui, sans son band et une section de cordes, aurait pu laisser libre cours à son inspiration du moment.

Malgré une guitare désaccordée qui a été remplacée par sa soeur électrique le temps d'une chanson, tout était placé et Leloup suivait le programme qu'il avait sans doute retouché jusqu'au dernier moment à l'arrière-scène. N'empêche, le standard Petite fleur s'est joliment glissé dans La chambre et Leloup s'est fait plaisir en reprenant avec beaucoup d'intensité Signed D.C., une chanson qu'il a toujours aimée.

Peut-être était-il préférable de bien connaître et apprécier son Leloup pour profiter pleinement de ce spectacle. Mais personne dans la grande salle Wilfrid-Pelletier n'est demeuré insensible devant la mise à nu de cet artiste qui a repoussé encore plus loin la tentation de la facilité.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer