Des élèves sur les traces des Cowboys Fringants

Vendredi après-midi, de nombreux artistes qui ont répondu... (Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Vendredi après-midi, de nombreux artistes qui ont répondu à l'appel des Cowboys Fringants ont participé à une cérémonie de plantation protocolaire au parc Maisonneuve.

Photo Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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Lisa-Maude Aubin-Bérubé ne pensait jamais écrire avec ses amis un texte de chanson et encore moins l'interpréter sur le mode rap aux côtés de Loco Locass dans un studio professionnel.

Non seulement cette aventure inespérée a eu lieu, mais tout le monde peut aussi en écouter le résultat, fort intéressant, dans l'album Nos forêts chantées, paru hier à l'initiative des Cowboys Fringants.

Même si elle écoute les Cowboys Fringants depuis toujours, l'élève de l'établissement collégial Kiuna d'Odanak, près de Sorel, n'en avait jamais rencontré un avant que Jérôme Dupras ne vienne nous rejoindre sur la mezzanine de la salle de rédaction de La Presse, mercredi.

En fait, ce n'est que vendredi après-midi, au parc Maisonneuve, que les jeunes de la plupart des 11 écoles qui ont participé à ce travail collectif d'écriture de chanson ont pu voir en chair et en os les artistes qui s'étaient mis leurs mots en bouche.

C'est un peu par accident que Lisa-Maude et ses copains des Premières Nations venus d'un peu partout au Québec pour étudier à Kiuna ont pu, eux, chanter avec Batlam, Biz et Chafiik. 

Comme tous les jeunes du secondaire qui ont participé à ce projet, les cégépiens de Kiuna avaient écrit un texte de chanson sur le thème obligatoire de la forêt - et, dans leur cas, des Premières Nations - que devait enregistrer le rappeur Samian avant qu'il ne décide de mettre sa carrière en veilleuse. Jérôme Dupras a alors proposé aux Loco Locass de prendre la relève.

«Ils se sentaient mal de chanter notre chanson Nutshimit (Dans le bois) parce qu'ils ne sont pas des Premières Nations, donc ils nous ont demandé de la chanter avec eux. Fallait qu'on apprenne à faire du rap. Ça, c'était difficile!», de dire Lisa-Maude en pouffant de rire.

Renouer avec son identité

Née d'une mère malécite - son grand-père était de Cacouna - et d'un père blanc, Lisa-Maude a grandi à Mont-Saint-Hilaire et a fréquenté l'école secondaire Ozias-Leduc qui, ô hasard, a également apporté à Nos forêts chantées le texte d'une chanson (Colibri) interprétée par Dumas. 

Encouragée par son frère, elle a renoncé à des études en chimie pour se consacrer aux sciences humaines à Kiuna.

«J'ai grandi dans une communauté blanche et j'ai un peu perdu mon identité. À Kiuna, j'ai eu une grosse révélation et je ne sais pas ce que je ferais en ce moment si je n'y étais pas allée...»

Écrire un texte de chanson avec ses camarades de classe, c'était tout nouveau pour elle, mais parler de la forêt, ça, c'était tout naturel.

«Le territoire, c'est notre connexion avec nos ancêtres, dans le fond», dit Lisa-Maude.

Une démarche méthodique

Les Cowboys Fringants ont pris ce projet très au sérieux. L'organisme EnJeu (Environnement Jeunesse) a d'abord préparé une trousse d'information sur la forêt pour sensibiliser les jeunes participants. Puis l'ami Jonathan Harnois, un écrivain qui a ses habitudes dans la chanson, les a guidés dans ce processus dont ils ne savaient rien, tout en veillant à ce que leurs textes ne disent pas tous la même chose.

«Il a respecté notre écriture. Il n'a pas changé tout ce qu'on a écrit, ce sont vraiment nos mots», confirme Lisa-Maude.

De leur côté, les Cowboys Fringants ont fait appel aux Vincent Vallières, Dumas, les Dale Hawerchuk, Carole Facal, Tire le coyote, Chloé Sainte-Marie, David Marin, Richard Séguin, Safia Nolin et Loco Locass pour mettre en musique et chanter ces textes.

«On a donné aux artistes la liberté de jouer avec le texte de la chanson, car le but n'était pas d'avoir un genre de projet éducatif avec des pièces du puzzle un peu désincarnées, mais d'avoir un tout cohérent. Quand j'écoute l'album, je sens cette unité-là», indique Jérôme Dupras.

Les recettes des ventes de l'album seront versées à la Fondation des Cowboys Fringants dont l'objectif, déjà surpassé, était de planter 375 000 arbres à l'occasion du 375e anniversaire de Montréal. Comme les ventes de disques sont en chute libre, Jérôme et les Cowboys ne s'attendent pas à en tirer des revenus importants.

«S'il y en a, tant mieux, ça va devenir des arbres», dit le bassiste bardé de diplômes qui est également chercheur à l'Institut des sciences de la forêt tempérée et professeur au département des sciences naturelles de l'Université du Québec en Outaouais.

«De toute façon, ajoute-t-il, le coeur de ce projet, c'était la démarche créative des élèves. C'est le cas de Kiuna qui l'exprime le mieux parce qu'ils sont allés au bout en tenant la clinique de rap, en interprétant leur chanson. Ça nous ramenait aux débuts des Cowboys, en 1995. J'étais en secondaire IV, Marie-Annick en secondaire V, mes deux collègues au cégep, on faisait ça sur le coin d'une table et on en rêvait, mais c'était un univers tellement éloigné du nôtre. C'est aussi ce qu'on voulait donner aux jeunes.»

Une suite?

Vendredi après-midi, les participants de la plupart des écoles et presque tous les artistes ont assisté au lancement de l'album et à la cérémonie de plantation protocolaire au parc Maisonneuve, en compagnie du maire Denis Coderre.

En soirée, Jérôme, Marie-Annick, Karl, Jean-François et quelques-uns de leurs nouveaux amis ont remis ça dans un Métropolis bondé où les Dale Hawerchuk et Dumas devaient interpréter leur chanson sur la forêt dans le spectacle des Cowboys Fringants.

«On se lançait dans cette aventure-là inexpérimentés, naïfs, et on a appris beaucoup, comme les étudiants, dit Jérôme Dupras. On est en train de brainstormer sur une deuxième version, un album qui, par exemple, pourrait porter sur le fleuve, de sa naissance jusqu'à son embouchure, et impliquer différentes cultures du Québec. Le message est lancé à toutes les écoles secondaires du Québec!»

CHANSON. Nos forêts chantées. Artistes variés. La Tribu.




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