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Béatrice Martin: s'éclipser le temps de se retrouver

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Béatrice Martin signe la musique du film C'est le coeur qui meurt en dernier d'Alexis Durand-Brault, scénarisé par Gabriel Sabourin à partir du roman de Robert Lalonde et dans lequel Denise Filiatrault et Sophie Lorain se partagent le rôle de la mère de l'écrivain. Il s'agit d'une première expérience au cinéma pour celle qui a déjà composé la musique du jeu vidéo Child of Light.

« Je suis très contente du résultat, je pense que ça vient donner la couleur dont ils avaient besoin. Il y a énormément de nostalgie dans le film, et le piano vient ponctuer ça », dit la compositrice, à qui La Presse a parlé la semaine dernière, en faisant référence aux secrets de famille qui seront déterrés par le fils et sa vieille mère atteinte d'alzheimer.

« C'était quelque chose qui me parlait, ayant moi-même vu sombrer mon grand-père [le journaliste Louis Martin], qui a eu lui aussi des problèmes de démence, ajoute-t-elle. J'ai vu le film et j'ai compris ce qu'on voulait de moi, quelque chose qui rappelle la douleur, mais qui est léger en même temps, parce que le personnage oublie et ne se rend pas compte de ce qui se passe. » 

« On me parlait tout le temps d'Alexandre Desplat. J'ai dit : "Moi, je peux jouer du piano, je vais faire des démos et si vous aimez ça, je vais continuer." »

Quand elle a entendu sa musique dans le film, bellement orchestrée par Rudy Toussaint et Iohann Martin, Béatrice a été émue.

« Tu comprends pourquoi ils sont venus me chercher, moi, quand tu vois le film. C'est une histoire que tout le monde connaît d'une certaine façon. On a tous vécu de l'abus à certains moments dans notre vie, on a tous vécu une relation avec un parent qui est un peu floue, qui ne se passe pas très bien. La douleur, c'est quelque chose d'universel, et je pense que c'est dans ma musique aussi. »

Pas le droit d'arrêter

Parce qu'elle travaille rapidement, Béatrice a pu composer ces thèmes musicaux pour le film de Durand-Brault tout en menant sa carrière. Mais aujourd'hui, après une année turbulente, la jeune femme veut prendre ses distances d'avec Coeur de pirate, son identité artistique sur disque et à la scène, elle qui ne s'est pas accordé beaucoup de répit depuis le début de sa carrière, sinon le temps de sa grossesse.

« T'as pas le droit d'arrêter, répond-elle aussitôt. La preuve, en France, je me suis fait oublier un peu quand même. Je faisais mes shows, mais je ne faisais pas des plus grosses salles. »

Son troisième album, Roses, n'a pas eu non plus le même impact que les précédents outre-mer.

« Ç'a moins fonctionné parce qu'en France, maintenant, ils écoutent du rap.

- Est-ce que ça pourrait être aussi parce que tu y chantais surtout en anglais ?

- Je ne sais pas, peut-être. Encore une fois, je suis rendue tellement détachée de tout ça... »

Il y a aussi que cinq petits mois après avoir signé un contrat avec Cherrytree Records, qui devait endosser Roses sur le marché américain, le label a fermé ses portes et tous ses artistes se sont retrouvés bredouilles. 

« Il y en a qui ont été récupérés par Interscope [le label de U2], mais moi, non. Je m'en allais faire ma tournée aux États-Unis et je n'avais pas de support. J'étais pas très contente. »

« Et après ça, j'ai eu un genre de choc post-traumatique, donc je n'ai pas tripé. Mais maintenant, ça va, j'ai fait la paix avec ça », ajoute-t-elle.

Mais quand on lui demande si elle va mieux aujourd'hui, Béatrice fait signe que non et garde le silence quelques instants avant de répondre.

« Quand on s'est vus la dernière fois [en août 2015], je n'étais pas autant médiatisée que je le suis maintenant, explique celle qui, pourtant, est omniprésente sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, quand je fais le moindre geste, c'est repris. Je suis devenue quelque chose que j'ai, même moi, de la misère à supporter. [...] Qu'on m'utilise pour avoir des clics sur des sites, je trouve ça aberrant, ça me stresse. Tout le monde me dit que c'est la rançon du succès, mais ça n'a jamais été comme ça. Jamais. »

Les photos du mariage

À titre d'exemple, elle cite les photos de son récent remariage qui ont été relayées un peu partout et dont la collègue Nathalie Petrowski a traité dans une chronique.

« Elle aurait pu parler de n'importe qui d'autre, de Véro, de Marilou, non, c'est moi. Pourquoi moi ? On les a données gratuitement aux fournisseurs, ces photos-là. J'ai payé les fournisseurs, j'ai payé mon mariage, mais t'as pas le choix, c'est comme ça que ça fonctionne aujourd'hui : tout le monde qui se marie, leurs photos sont sur des blogues, c'est de la pub. Mais moi, je n'ai rien posté. C'était un moment à moi... », ajoute-t-elle avant de détourner le regard.

Cette pause nécessaire signifie-t-elle qu'elle signera désormais ses projets Béatrice Martin plutôt que Coeur de pirate ?

« J'ai d'autres projets en ce moment, mais ça ne concerne pas la musique, répond-elle. Mais je vais faire de la musique pour des films, là-dessus il n'y a pas de problème. J'ai une vision très nihiliste de ce que je suis devenue aujourd'hui. Ça me déprime plus qu'autre chose, donc j'essaie de... faut que je prenne du recul. »

« Des fois, je marche dans la rue et j'oublie qui je suis, puis il y a quelqu'un qui me pitche une boule de neige parce que, bon... parce que c'est Coeur de pirate. »

Au tout début de notre conversation, elle citait l'exemple de Kanye West, qu'elle disait comprendre : « On aime beaucoup mettre les gens à terre quand ils vivent des choses difficiles. Tu ne peux pas vivre dans un monde médiatisé à ce point-là et enchaîner les tournées sans péter au frette à un moment donné. »

C'est un peu pour ça qu'aujourd'hui, Béatrice Martin s'accorde le droit de faire une pause même si sa carrière pourrait en souffrir.

« Il faut que je prenne soin de moi, de ma santé et de ma santé mentale. Je vais être plus à l'aise avec le reste quand je vais être plus à l'aise avec moi, comment je suis, ce que je veux faire. »

Le film C'est le coeur qui meurt en dernier prendra l'affiche le 14 avril.

Adieu plagiée ?

Vendredi dernier, Béatrice Martin a accusé sur Twitter un jeune chanteur, King Melrose (Sébastien Côté de son vrai nom), d'avoir plagié son succès Adieu. « Tsé si t'es pour copier une chanson fais-le subtilement. Pas une chanson sortie en 2011 », a ajouté l'auteure-compositrice-interprète sur Instagram, suscitant une avalanche de commentaires.

Ça se danse, la chanson à laquelle fait référence la chanteuse, est tirée du deuxième album de King Melrose, Bleu, sorti en novembre 2015. Elle est devenue un extrait radio et s'est hissée au sommet du palmarès des radios correspondantes de l'ADISQ.

Dans une entrevue récente au Journal de Montréal, King Melrose - qui serait présentement en vacances au Guatemala - a nié s'être inspiré consciemment de la chanson de Coeur de pirate.

Joint par La Presse, son gérant, Toby Gendron, a ajouté que le jeune artiste était « attristé et bouleversé » par cette accusation et qu'il aurait préféré recevoir un appel de la chanteuse ou de son équipe plutôt que d'être accusé sur les réseaux sociaux.

« C'est une accusation qui n'est pas sans conséquence. Cela laisse des marques sur la réputation de la personne et ouvre la porte à des commentaires haineux et intimidants. Si les artistes veulent survivre dans une industrie de plus en plus difficile, il va falloir apprendre à se respecter », a-t-il répondu par écrit à La Presse, précisant que son protégé n'envisageait pas de recours contre Béatrice Martin.

Jointe hier par La Presse, la boîte de gérance de Coeur de pirate, Grosse Boîte, a indiqué qu'elle ne se prononcerait pas pour l'instant sur ses recours possibles contre King Melrose.




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