David Bowie: visionnaire jusqu'à sa mort

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«Regardez en haut, je suis au paradis», chante David Bowie dans le clip de Lazarus, sorti la semaine dernière, où il incarne un homme malade et alité dans une chambre d'hôpital.

On l'ignorait alors, mais Bowie annonçait sa mort imminente, ou plutôt sa renaissance dans une autre dimension.

Visionnaire jusqu'à la fin, le chanteur culte a pris la planète par surprise en mourant d'un cancer à l'âge de 69 ans, avant-hier, deux jours après son anniversaire et la sortie de son 25album, Blackstar.

Un ultime grand coup artistique pour cet artiste caméléon qui incarnait l'art dans tout son avant-gardisme, sa multidisciplinarité et sa splendeur. «Bowie était conscient de sa mort. Il avait prévu partir dans la gloire», a souligné hier André Perry, fondateur du célèbre lieu d'enregistrement Le Studio, à Morin-Heights, où Bowie a enregistré son album Tonight.

La légende britannique souffrait d'un cancer qu'il a réussi à garder secret pendant 18 mois, jusqu'à sa mort. Il a lancé Blackstar le jour de son 69anniversaire. Un album jazz délicieusement imprévisible et déstabilisant, dont les textes n'incarnent pas une finalité, mais un passage.

Un passage vers la mort et l'au-delà, comprend-on maintenant à travers plusieurs chansons, dont la dernière I Can't Give Everything Away. Son réalisateur et collaborateur de longue date Tony Visconti a par ailleurs confirmé le concept à la fois visionnaire et funèbre de Bowie.

«Il a fait Blackstar pour nous, c'est son cadeau d'adieu. Je savais depuis un an que cela se passerait ainsi. Cependant, je n'étais pas préparé à cela.»

David Bowie est «mort paisiblement dimanche entouré par sa famille après une courageuse lutte contre le cancer», pouvait-on lire sur sa page Facebook hier.

Le réalisateur Hugh Padgham et David Bowie lors... (PHOTO FOURNIE PAR YAËL BRANDEIS PERRY) - image 2.0

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Le réalisateur Hugh Padgham et David Bowie lors de l'enregistrement de l'album Tonight au Studio de Morin-Heights, en 1984.

PHOTO FOURNIE PAR YAËL BRANDEIS PERRY

Cinéma, mode et audace

«C'est une grande perte pour la musique, a commenté André Perry. J'ai le même feeling qu'à la mort de John Lennon. Et à 69 ans, on peut dire qu'il avait encore du temps devant lui.»

C'est en 1984 que le célèbre chanteur britannique a enregistré l'album Tonight à Morin-Heights en compagnie du réalisateur Hugh Padgham, assisté de Derek Bramble.

Pilier de l'industrie musicale au Québec, André Perry a entre autres accueilli dans son studio des Laurentides Sting, Rush, Keith Richards, les Bee Gees et Cat Stevens.

David Bowie était plus qu'un rockeur et qu'un chanteur pop, souligne-t-il. Bowie a multiplié les rôles au cinéma (LabyrinthMerry Christmas Mr. Lawrence) et il affectionnait le domaine de la mode. Ses différents looks traduisaient diverses démarches artistiques.

«Bowie était un grand intellectuel, poursuit-il. Il avait la complexité d'un artiste qui a besoin d'être populaire, mais il se plongeait aussi dans l'abstrait. On ne savait jamais là où il allait aller.»

Selon André Perry, Bowie a parfois été coincé entre son désir d'être populaire et son instinct d'aller à contre-courant des tendances. Particulièrement en enregistrant son album Tonight, qui a été plutôt mal reçu par la critique.

Pour le clip de Fame - titre de circonstance -, Bowie a par ailleurs fait appel au talent de la danseuse Louise Lecavalier de La La La Human Steps. Il a collaboré à plusieurs reprises avec le chorégraphe Édouard Lock, notamment pour le spectacle Sound+Vision.

Louise Lecavalier était sous le choc, hier. Son attachée de presse a transmis ce message à La Presse. «Rencontrer David Bowie, c'était tomber sous le charme d'un être surnaturel... et pourtant il était vrai et normal. On a ri, on a dansé. Il m'a marquée et n'a cessé de me manquer depuis. C'est un ami cher et un collègue de travail rare que je pleure aujourd'hui.»

David Bowie a aussi partagé la scène avec Arcade Fire en plus de chanter sur la chanson Reflektor du groupe montréalais. «Au revoir l'ami, a écrit sur Twitter Win Butler. Tellement de larmes, et tellement de chance d'avoir passé dans le même système solaire que toi.»

Au Québec, la célèbre chanson de Bowie Space Oddity a aussi fait la marque du film C.R.A.Z.Y. Dans une scène presque mythique, le personnage incarné par Marc-André Grondin se prend pour Ziggy Stardust seul dans sa chambre.

La génération grunge se souvient aussi de la célèbre reprise de Nirvana de la chanson de Bowie The Man Who Sold The World, interprétée dans le cadre du spectacle Unplugged de MTV.

La classe

Rares sont les artistes comme Bowie qui avaient autant le respect de leurs pairs.

Pour l'anecdote, Bowie a visité MusiquePlus en 1999 alors qu'il en était l'artiste du mois. Il avait demandé qu'une douche soit installée dans la loge, a raconté sur Facebook le cinéaste Raphaël Ouellet, qui travaillait alors pour la station musicale. «Pendant les ans que j'y ai travaillé, la visite de David Bowie aura été la plus attendue par les employés et les boss aussi. Nous avions reçu la consigne claire de ne pas lui adresser la parole, de ne pas le déranger.»

Or, Raphaël Ouellet a foncé dans David Bowie dans la hâte. Au lieu de le gronder, la star lui a souri en lui lançant avec un air espiègle: «Marche vite, mais ne cours pas».

Puis Bowie a continué son chemin en saluant les employés et en leur serrant la main.

Un gentleman, ce Bowie.

En plus de tout le reste.

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