Lewis Furey : un peu d'or dans la poussière

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Lewis Furey

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Lewis Furey a quitté la scène il y a près de 30 ans: pour faire des films, des mises en scène, des clips et des chansons pour Carole Laure. Il pensait y revenir pour ses 80 ans. Il sera à l'Outremont jeudi prochain avec 20 ans d'avance.

C'était à l'Évêché de l'hôtel Nelson au milieu des années 70. Un jeune Montréalais à la chevelure hirsute, diplômé du Conservatoire de musique, mais aussi de McGill, s'est assis au piano et s'est lancé dans d'étranges mélopées inspirées de Brahms et de Kurt Weill. Ses amis dans la salle savaient qu'il s'appelait Lewis Greenblatt, mais pour les autres, il était Lewis Furey: un nouveau visage, un nouveau nom et, surtout, un univers musical et théâtral radicalement différent du folk planant et granole de l'époque.

Lewis, alors dans la vingtaine, avait sorti un premier disque: Lewis Is Crazy. Et ceux qui l'avaient écouté avaient constaté que Lewis était effectivement un peu fou, mais surtout, prodigieusement doué. Bien vite, la compagnie de disques A&M l'a constaté aussi, lui offrant un contrat de pop star, qu'il honora sur les scènes de New York et L.A., avant de tout abandonner pour suivre Carole Laure, rencontrée avec Gilles Carle à l'Évêché.

Nous revoilà près de 40 ans plus tard, attablés devant une bouteille d'eau dans un resto branché de l'avenue Laurier. Lewis n'a plus un poil sur le caillou, mais il n'a pas perdu ce regard pénétrant, un brin diabolique, ni cette voix un peu rauque où l'émotion et l'ironie se confondent. Nous parlons de l'été 1955, à Saint-Donat, où il a pris son premier cours de violon classique, de ses études au Conservatoire et de ce séjour à New York, à 16 ans, où il a découvert les juke-box et Bob Dylan dans un petit club du West Village à New York et a commencé lentement, mais sûrement, à se détourner du monde classique. Le retour à Montréal, en 1968, où il s'inscrit en littérature à McGill et voit par hasard, un soir au Quat'Sous, l'Osstidcho, feront le reste du travail.

Mais tout cela, c'est du passé, et Lewis Furey n'est pas homme à ressasser longtemps ses souvenirs. Il est aujourd'hui, à 62 ans, comme hier à 20 ans, engagé dans le présent.

«En quittant la scène, en 1985, pour signer ma première mise en scène, j'ai toujours pensé que j'y reviendrais plus tard, un peu comme ces vieux chanteurs à la Yves Montand qui retrouvent un état de grâce vers 70 ans, raconte-t-il. Mais finalement, je n'ai pas eu le courage d'attendre. Quand Laurent Saulnier, en 2010, m'a demandé de remonter sur scène au Festival de jazz, j'ai sauté sur l'occasion.»

La performance au FIJM a ouvert une première porte et l'a mené au Théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées, l'hiver dernier. Accompagné de sa fille Clara, de Pierre Philippe (Pilou) Coté et de Gaël Lane Lépine, Furey a fait deux semaines complètes au théâtre, récoltant des critiques dithyrambiques dans Libération, L'Express et Le Monde. Avant même sa première présence, le magazine Les Inrocktuptibles évoquait déjà «une série de concerts cultes à ne manquer sous aucun prétexte», présentés par un artiste qui n'a rien à envier à David Bowie et à Lou Reed.

«Écrire et chanter sur scène, c'est tellement plus léger, direct et séduisant que tout ce que j'ai fait par le passé. Je ne regrette pas les mises en scène, les 30 clips et les 3 films que j'ai réalisés. J'avais, à ce moment-là de ma vie, besoin de toucher à toutes ces autres facettes du métier, mais bien franchement, quand j'y pense, je ne sais vraiment pas pourquoi.»

Je lui demande si, dans le fond, il ne s'est pas effacé de la scène pour laisser la vedette à sa compagne Carole Laure. Car, au début de leur union professionnelle et musicale, avec des spectacles comme L'histoire d'une rencontre ou Vous avez dû mentir aussi, les deux occupaient également la scène. Mais au fil du temps, sa muse et interprète de choix a pris toute la place et absorbé toute la lumière.

Mais le compositeur ne voit pas les choses ainsi. «D'abord, je n'ai pas un besoin furieux d'être dans la lumière. L'ombre me convient parfaitement. Et puis, pendant toutes ces années où j'orchestrais et je mettais en scène, je ne me suis pas effacé pour Carole, j'ai profité d'elle et de son talent. Ensemble, nous avons fait pendant plus de 10 ans des centaines de dates de tournée de Paris jusqu'à Tokyo et produit plus d'une demi-douzaine de disques. Comme compositeur, Carole m'a non seulement inspiré, elle m'a valorisé.»

Leur union en est une qui dure toujours et qui a produit deux grands enfants: Clara, 28 ans, la lumineuse danseuse, chanteuse, actrice et performeuse, et Tomas, 23 ans, qui a étudié en composition électro-acoustique au Conservatoire et qui sera du spectacle de l'Outremont.

Furey affirme qu'il a un plaisir fou à se retrouver sur scène avec ses enfants parce que ce sont des artistes à part entière, qui ont, chacun, leurs projets personnels et qui, de toute évidence, n'ont pas de problèmes ni de complexes à venir de temps à autre faire un tour sur le territoire musical paternel.

Quant au spectacle intergénérationnel qu'ils présenteront à l'Outremont, avant de partir en tournée au Québec, Furey ne sait pas exactement comment le décrire.

«J'y parle beaucoup du monde dans lequel nous vivons, de la crise, de la dérive des civilisations, de la barbarie, de la mondialisation, mais sans pour autant donner un cours de politique ou d'anthropologie. Je suis un musicien après tout. Mais, chose certaine, quand je suis sur scène avec tous ces jeunes qui ont la moitié de mon âge, j'ai vraiment le sentiment d'être à ma place. Je me sens bien et j'ai la certitude que je vais faire ce métier-là, mon premier métier en fait, encore longtemps.»

En dernière instance, Furey évoque le poète américain Robert Frost et son poème A Peck of Gold. Le poète écrit qu'il est un de ces enfants à qui on dit que de l'or qui cachait parfois dans la poussière. Furey affirme que ses parents lui ont dit la même chose et qu'il l'a répété à ses enfants, signe que même si l'état du monde le décourage, Lewis Furey n'a jamais perdu espoir.

Lewis Furey en 4 temps

1 ) Naissance : À Montréal en 1949, fils d'une psychologue et d'un manufacturier. Un frère: Richard Greenblatt, homme de théâtre, auteur de Deux pianos, quatre mains.

2) Rencontres marquantes : Leonard Cohen, à 15 ans, dans un café de la rue de la Montagne. L'auteur interprète Laura Niro, chez elle, à New York. Louis Dudeck, prof de littérature, à McGill. Carole Laure et Gilles Carle, à L'Évêché de l'Hôtel Nelson.

3) Textes préférés : The Wasteland de T.S Eliot. Portrait of an Artist as Young Man de James Joyce. Les poèmes de Lorca et L'Opéra de Quat'sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill.

4) Signé Lewis Furey : Au total, trois films, 30 clips, 10 musiques de film, 11 disques avec et sans Carole Laure, et des mises en scène de Starmania, Lara Fabian et Carole Laure.




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