Drainville PM: l'autre Bernard Drainville

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Bernard Drainville, qui coanimait depuis un an au FM93, à Québec, une émission en compagnie du très coloré Éric Duhaime, jouira maintenant de sa propre tribune sur les ondes du 98,5 FM.

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Mario Girard
La Presse

Depuis lundi dernier, Bernard Drainville est à la barre de Drainville PM, la nouvelle émission d'affaires publiques du 98,5 FM. L'ex-politicien entend offrir aux auditeurs une variété de points de vue à travers les sujets qu'il abordera. Il a aussi envie de lâcher son fou. Rencontre avec celui qui souhaite laisser l'image d'un homme trop sérieux au vestiaire.

Bernard Drainville a accepté de me rencontrer dès sa deuxième émission. Je l'ai retrouvé en studio alors qu'il faisait sa dernière entrevue. Il était calme et détendu. Lui et les trois membres de son équipe semblaient évoluer ensemble depuis des mois. Je lui ai dit qu'il faisait étonnamment preuve d'aisance après si peu de temps en ondes.

« Ah oui ? Je suis content d'entendre ça, car je me suis trouvé un peu stressé aujourd'hui. J'ai buté sur quelques mots au début de l'émission et ça m'a déstabilisé un peu. »

Celui qui a annoncé son départ de la vie politique le 13 juin 2016, après avoir passé neuf ans au sein du Parti québécois, coanimait depuis un an au FM93, à Québec, une émission en compagnie du très coloré Éric Duhaime. Bernard Drainville jouira maintenant de sa propre tribune.

« J'avoue que j'avais des papillons dans l'estomac la veille de la première émission. J'étais nerveux. Je n'ai pas bien dormi dans la nuit de dimanche à lundi. Je me sentais comme quelqu'un qui tournait autour d'une piscine dans laquelle il a envie de plonger et à qui on dit d'attendre. »

Sitôt sorti du studio, Bernard Dainville s'est rendu dans le bureau qu'il partage avec les membres de son équipe. Il a avalé un oeuf à la coque et s'est jeté sur des craquelins de blé entier qu'il a tartinés de houmous.

« Il faut absolument que je perde du poids parce que... il faut que je perde du poids. Je dois être en forme si je veux me rendre en juin prochain. Et en plus, c'est bon pour la concentration. »

- Bernard Drainville

Cette invitation des patrons de Cogeco à venir animer une émission dans la case laissée vacante depuis le mystérieux départ de Benoît Dutrizac au printemps dernier est venue bousculer la vie de Bernard Drainville. Il quitte la ville de Québec en y laissant sa conjointe et ses deux plus jeunes enfants. « Moi, je vais jouer les colocs avec mon plus vieux, qui a 23 ans. Ça va être bon pour notre relation. Je vais faire la navette toutes les semaines pour retrouver ma blonde. »

L'ex-ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, aujourd'hui âgé de 54 ans, arrive à la radio vers 5 h afin de préparer la chronique qu'il présente à 7 h dans la matinale de Paul Arcand depuis la mort de Jean Lapierre. Il se rend ensuite dans un gym pour mieux revenir à la radio à 9 h. C'est à ce moment que la dizaine de sujets présentés à chaque émission sont choisis.

APPRENDRE À AVOIR DU FUN

Lors de ses années en politique et aussi comme journaliste à Radio-Canada, Bernard Drainville a véhiculé l'image d'un homme sérieux, austère, à la limite coincé. Il m'affirme qu'il n'est pas comme ça. Ou plutôt, qu'il n'est plus comme ça.

« L'une des choses que j'ai apprises avec Éric Duhaime, c'est de lâcher mon fou. J'ai le goût d'avoir du fun. Parfois, il faut accepter de faire des sujets plus légers où tu peux montrer que tu n'es pas juste un gars sérieux qui traite de sujets lourds. Contrairement à la perception populaire, je ne suis pas le gars sévère avec un air bête que certains imaginent. »

Cette légèreté, il en a fait la démonstration dès sa première émission, où, entre une entrevue sur l'extrême droite américaine et une autre sur l'affluence des migrants au Québec, il a abordé avec une chroniqueuse la question des flatulences dans le couple. Étonnamment, c'est lui qui a parlé le plus franchement de la chose alors que la chroniqueuse a, avec toute la pudeur du monde, évité d'utiliser le verbe « péter » pendant les huit minutes qu'a duré sa chronique.

LES RADIOS DE MONTRÉAL

Qui dit quitter Québec dit quitter un certain type de radio. Quand il a appris que Bernard Drainville allait faire de la radio à Montréal, son ex-collègue Éric Duhaime lui a dit qu'il allait faire de la « radio beige ».

« Quand on parle de la radio à Québec, on désigne surtout la radio parlée, dit Bernard Drainville. Ce qui la caractérise, c'est le courant d'idées plus conservateur qui s'exprime sur ces radios. À Montréal, il y a différents types de radio. Cela forme une radio plus centriste. Le ratio d'idées de droite exprimées dans les radios de Montréal pèse moins lourd qu'à Québec, où ces idées ont plus de force. C'est ce qui fait la richesse de la radio de Québec. Certains la méprisent pour cela, mais moi, je crois que ça ajoute à la diversité de la radio au Québec. » 

« La radio de Québec existe parce que des gens l'écoutent. Elle a sa place tant qu'elle respecte les règles. »

- Bernard Drainville

Face à un autre animateur, Bernard Drainville se donnait comme mandat de faire le contrepoids. Quel type d'animateur sera-t-il maintenant qu'il est seul ? Un intervieweur qui a une opinion sur tout ? Un animateur objectif et neutre ? « Je vais me faire l'avocat du diable afin d'offrir une plus grande diversité de points de vue. Parfois, je vais aussi exprimer mon opinion. Pas sur tous les sujets, mais sur certains, oui. Je vais réfléchir à voix haute avec les auditeurs. En politique, tu ne peux pas faire ça, à la radio, oui. »

De ses années en politique, Bernard Drainville a apprécié les situations qui l'ont forcé à se forger une opinion. Parfois, il était de son devoir d'exprimer ces idées. Mais très souvent, il devait les garder enfouies au fond de lui. « C'est sûr qu'aujourd'hui, je ne suis plus tenu de suivre la ligne d'un parti, la ligne d'un groupe. Je n'ai plus cette contrainte. En politique, tu apprends à exprimer tes désaccords par des silences. Il faut que tu sois solidaire du groupe. La politique est un sport d'équipe. Quand tu es en désaccord, tu te fermes la gueule. »

LE PÉQUISTE DERRIÈRE L'ANIMATEUR

Ceux qui l'écoutaient à Québec et ceux qui l'écouteront à Montréal se souviennent du politicien qu'il a été et des actions qu'il a posées. Beaucoup ne voient en lui que l'ancien péquiste, celui a défendu la charte des valeurs, qui a fait adopter la loi pour la tenue des élections à date fixe et celle qui est venue resserrer la réglementation du financement des partis politiques. Ils tenteront évidemment de retrouver ce politicien à travers les idées qu'il exprimera sur les ondes.

« Oui, je vis avec cet héritage, dit-il. Je serai toujours vulnérable. Je ne renie aucun des combats que j'ai menés ni aucune des convictions que j'ai encore. »

Bernard Drainville m'a assuré qu'il jouissait de la plus grande indépendance. « Ceux qui ont été les plus critiques de ma chronique politique avec Paul Arcand ont été mes anciens collègues du PQ. Par mes propos, j'ai fait la démonstration que j'étais complètement libre et indépendant de mes opinions. Et si cela doit passer par une critique de mon ancienne gang, ben... so be it  !

« Je suis certain que lorsque Jean Lapierre a commencé à faire de la radio, les libéraux ont été déçus. Et je suis sûr que Mario Dumont, Yves-François Blanchet, Yolande James et Marie Grégoire ont vécu ça. »

- Bernard Drainville

Le Québec connaîtra des élections générales l'année prochaine. Y a-t-il des sujets ou des invités que Bernard Drainville s'empêchera d'aborder ou de recevoir ? « Je me souviens d'une émission de La part des choses [qu'il a animée sur RDI] où j'ai reçu dans la première partie Stéphane Dion et dans la seconde, Gilles Duceppe. J'ai été aussi exigeant, pour ne pas dire dur, avec l'un qu'avec l'autre. Dans les deux cas, je me suis demandé quelles étaient les meilleures questions à leur soumettre. Je ne me sens pas redevable à qui que ce soit ou à quoi que ce soit. »

La politique occupera une large place à Drainville PM. Mais son animateur a aussi envie d'aborder des sujets qui lui feront quitter sa « zone de confort ». Ç'a été le cas mardi quand il a parlé de la fréquence des relations sexuelles en compagnie de la sexologue Jocelyne Robert. Bernard Drainville a d'emblée affirmé à son interlocutrice que ce sujet était loin de la politique. La sexologue a alors répliqué du tac au tac que le sexe, c'était justement de la politique.

Bernard Drainville a éclaté de rire. Il a sans doute réalisé à ce moment-là que la saison de radio qu'il s'apprêtait à vivre serait faite de mille et une surprises. Et qu'il avait raison de s'entraîner comme un marathonien et de manger des craquelins de blé entier et du houmous pour demeurer en forme.

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Drainville PM, avec Bernard Drainville, du lundi au vendredi, de 12 h à 15 h, sur les ondes du 98,5 FM.

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Bernard Drainville a coanimé pendant un an au FM93, à Québec, une émission en compagnie du très coloré Éric Duhaime.

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SOUVENIRS DE RADIO

UN BON MOMENT

« Lors d'une de nos émissions avec Éric Duhaime, on avait voulu alléger le ton en faisant une tribune téléphonique à partir d'un article dans lequel on disait que ta façon de danser exprimait ta manière de faire l'amour. Il y a un gars qui a appelé et qui, le plus sérieusement du monde, a dit en ondes : "Toi, Éric, je te sens, je suis sûr que tu es hot au lit. Mais toi, Bernard, je suis persuadé que tu es poche au lit." Ma première réaction a été de dire : "Heille, t'es qui, toi, pour dire ça ?" Mais finalement, ça m'a fait beaucoup rire. C'était un beau moment de vérité et ça démontrait à quel point j'étais heureux dans ma nouvelle vie, que j'étais totalement passé à autre chose. Jamais je n'aurais pu réagir de la sorte avant. »

UN MAUVAIS MOMENT

« C'est également un moment avec Éric. Au début, entre lui et moi, c'était difficile. C'était frontal. On ne gérait pas ces moments correctement. Ça demeurait personnel. On sortait des ondes et on continuait à se taper sur la gueule. À un moment donné, je me suis retrouvé à Montréal et j'ai fait l'émission depuis les studios du 98,5. On a discuté de la question des CPE et on s'est pognés solidement. Moi, je défendais cela, et lui, il affirmait que ça devait être privatisé. On a eu une discussion musclée suivie d'une tribune téléphonique. Il n'y a pas un chat qui a téléphoné pour appuyer ma position. Je n'en revenais pas. J'étais complètement isolé. Je me disais : "Ben, voyons donc, crisse, ça ne se peut pas que personne n'aime les CPE." J'ai trouvé ce moment-là très tough. »




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