Les Français craquent pour «Solange te parle»

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Irène Verlaque

Collaboration spéciale

La Presse

(Paris) Depuis cinq ans, «Solange te parle» régulièrement sur l'internet, en se filmant dans son appartement parisien. Avec humour et finesse, cette Québécoise installée à Paris aborde divers sujets du quotidien et rencontre un succès remarquable: ses vidéos ont été vues plus de 15 millions de fois sur YouTube. Elle sort un premier livre, suivi d'un premier long métrage. Portrait d'un drôle de numéro.

La voilà qui apparaît sur l'écran de l'ordinateur. Emmitouflée dans une doudoune, Solange, dont on devine le sourire malicieux sous une épaisse chevelure brune, accueille ses spectateurs: «Bienvenue dans ma ville natale de Montréal, au Québec, pays de froid et d'écureuils.»

Elle prodigue alors divers conseils linguistiques aux Français soucieux de s'intégrer au Québec. Cette vidéo, Le québécois pour les nuls, a été vue plus de 1,2 million de fois depuis sa mise en ligne sur YouTube, en novembre dernier.

Seuls ses followers les plus fidèles (soit les quelque 165 000 abonnés à sa chaîne YouTube) savent que vers l'âge de 10 ans, Ina Mihalache, l'interprète de Solange, a décidé d'adopter la prononciation française.

Il serait mal avisé de réduire Ina à une excentrique linguistique expatriée à Paris - pour suivre un amour de jeunesse -, d'autant que cette capsule récente n'est pas la plus représentative de son travail.

Depuis la naissance de son blogue Solangeteparle.com en 2011, la trentenaire n'a consacré que trois vidéos au Québec.

Bizarreries

Dans les centaines d'autres qu'elle a tournées, Solange jongle avec l'absurde, le poétique et le prosaïque. Elle parle surtout de culture, naturisme et petits problèmes du quotidien, et ce d'une façon pour le moins singulière. De sa voix douce, la comédienne prend soin de bien ar-ti-cu-ler, et adopte des intonations mielleuses quand bon lui chante. Sans se soucier de l'éventuelle perplexité des spectateurs face à ces bizarreries.

«Au départ, j'avais un grand besoin d'expression qui se retrouvait heurté aux difficultés d'exister artistiquement», explique Ina Mihalache lorsqu'on lui demande ce qui l'a poussée à publier ses vidéos sur la toile. Comme nombre d'artistes, elle envisageait le web telle une vitrine, un tremplin vers de grands rôles au cinéma. Repérée par Mathieu Amalric, elle se retrouve en 2007 dans la même promotion des Talents Cannes que Léa Seydoux.

Succès

Ce succès n'avait rien d'évident. Le personnage lunaire et ses soliloques originaux ont d'abord laissé les médias français interdits. «Est-ce vraiment drôle?» se sont-ils demandé, déroutés par ces vidéos d'un genre inédit.

Puis la perplexité a laissé place à la curiosité, et à un accueil chaleureux. «On a tellement soupé des Youtubeurs jeunes, drôles, qui parlent à la vitesse d'une mitraillette, que Solange a trouvé son public grâce à son côté faussement neurasthénique», dit Olivier Tesquet, journaliste média de l'hebdomadaire culturel français Télérama.

Non contente d'être comédienne, vidéaste et artiste plasticienne, Ina Mihalache est également auteure et réalisatrice. Son premier livre, Solange te parle, est sorti jeudi en librairie.

«Pour moi, le passage au livre, c'est une manière de débarrasser le discours de Solange de tout ce qui peut parasiter la transmission, explique la jeune femme. Ça va de ma diction, ma tête, mes cheveux, ma voix et mes mimiques à l'internet en particulier.»

Ce drôle d'ouvrage s'adresse donc à un public plus large, qui n'est pas nécessairement adepte des réseaux sociaux.

Peut-être touchera-t-elle aussi les cinéphiles avec son premier long métrage en tant que réalisatrice (disponible en VOD en mars). Dans la veine des vidéos qui ont fait son succès, Solange et les vivants fait la part belle à l'improvisation. En résulte un film poétiquement loufoque.

En dépit de ces échappées, Ina Mihalache voit de plus en plus l'internet comme une fin en soi. «Je pense que mon espace de liberté et le terrain de jeu le plus adapté à ce que je suis, c'est peut-être l'internet finalement.»

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Solange te parle. Solange. Payot, 174 pages.

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