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Meurtre des deux journalistes: diffuser ou non les images?

La diffusion par certains médias d'images filmées par un tueur lorsqu'il a... (IMAGE WDBJ7/CBS/YOUTUBE)

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Rob Lever
Agence France-Presse
Washington

La diffusion par certains médias d'images filmées par un tueur lorsqu'il a abattu mercredi en direct à la télévision deux journalistes a suscité aux États-Unis et ailleurs un débat éthique sur la responsabilité de la presse.

Lecteurs, internautes et spécialistes de l'éthique des médias notamment critiquaient la publication de nombreuses images issues de vidéos filmées par Vester Flanagan, 41 ans, lorsqu'il a tué Alison Parker, 24 ans, et Adam Ward, 27 ans.

Selon eux, les médias ont franchi les limites du journalisme responsable.

«Cette ligne est assez claire pour moi. C'est le moment où l'information devient de l'exploitation», a commenté Ken Paulson, ancien rédacteur-en-chef du quotidien USA Today et actuel doyen de la section communication à la Middle Tennessee State University.

«Si une célébrité était violée et qu'une vidéo de la scène a été filmée, est-ce que vous la montreriez? Je ne pense pas. Pourquoi est-ce que le meurtre de deux personnes serait moins obscène», interroge-t-il.

«Si votre principe c'est «Est-ce que les gens vont le tweeter», alors vous n'avez pas de principes du tout», a-t-il estimé.

Le réseau social Twitter fourmillait dès mercredi de messages de lecteurs choqués par les images publiées par les journaux.

«NY Daily News vient de partager une image horrible qu'ils ont l'intention de mettre en Une demain», a tweeté Hunter Walker, journaliste à Business Insider.

De son côté, le photographe indépendant Matthew Gregoire a posté: «Quelle personne saine d'esprit pourrait penser que c'est OK de publier cette photo? Honte à eux!».

En réaction à des photos similaires en première page du tabloïde britannique The Sun, des internautes ont déposé des commentaires tels que «saletés» ou «honte au journalisme».

Andrew Seaman, président du comité d'éthique de la Société des journalistes professionnels, a posté un lien vers les recommandations du groupe en matière d'éthique «parce que NYDailyNews ne les a apparemment jamais vues».

Ces lignes directrices précisent que les journalistes doivent «trouver un équilibre entre le besoin d'information du public et un éventuel tort ou gêne» et «éviter de céder à une curiosité macabre, même si d'autres le font».

Le blogue d'informations iMediaEthics a estimé que la une du Daily News «dépasse les limites de l'éthique et de la décence».

«Sélectionner des photos, prises avec la vue du tireur, pendant les dernières secondes de la vie de Parker, dépasse clairement les bornes», a relevé le blogue.

Les chaînes de télévision ont été confrontées au même dilemme concernant l'utilisation des vidéos du tueur.

Rédactions insensibilisées

Selon Claire Wardle, directrice de recherches du Centre Tow du journalisme numérique à Columbia University, les salles de rédaction semblent insensibilisées par la diffusion d'images violentes depuis des années de décapitations et autres, mais les médias de premier plan ont toujours une responsabilité.

Si les organisations utilisent ces images en bonne place, «ils disent à toute personne qui est potentiellement instable «Tu feras la une des magazines»» si tu commets un crime similaire, a-t-elle relevé.

Pour sa part, l'Agence France-Presse a adopté une approche prudente avec les photos et les vidéos du tireur, explique son rédacteur-en-chef Phil Chetwynd, considérant qu'il s'agissait «de fait d'une déclaration de propagande du tueur».

«Nous avons finalement décidé d'envoyer à nos clients deux captures d'écran de la vidéo», a-t-il affirmé.

«Nous avons inclus l'image effrayante du pistolet pointé sur la journaliste insouciante mais nous n'avons pas envoyé d'images montrant la fusillade en elle-même, ni ses conséquences», a-t-il ajouté. «Nous n'avons pas non plus envoyé de vidéos à nos clients».

Selon lui, l'AFP a une approche similaire concernant les vidéos d'exécutions par le groupe jihadiste État islamique. «Il doit y avoir une valeur journalistique très importante avant que nous publions et nous devons avoir conscience de notre responsabilité de ne pas faire du sensationnalisme avec de la propagande violente».

Mais Harry Siegel, un éditorialiste du Daily News, a considéré que les images violentes ne devraient pas être censurées que ce soit sur les réseaux sociaux ou ailleurs.

«Après douze ans de guerres horribles dont la plupart des Américains n'ont quasiment rien vu (...), il est grand temps d'arrêter de faire confiance aux gardiens pour décider quelle violence est ou n'est pas acceptable», a-t-il défendu.

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