Je filme, tu filmes, il filme

Avant, lorsqu'on était témoin d'un événement, on le racontait à ses amis.... (Photo: fournie par Photos.com)

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Photo: fournie par Photos.com

Avant, lorsqu'on était témoin d'un événement, on le racontait à ses amis. Aujourd'hui, on le filme et on le partage sur Facebook. C'est surtout vrai chez les jeunes.

Une étude récente menée auprès de 799 jeunes Américains confirme cette tendance (qui s'observe aussi chez les jeunes Canadiens). Réalisée entre avril et juin 2011, la recherche menée par le Pew Research Center's Internet & American Life Project révèle que 27% des internautes âgés de 12 à 17 ans enregistrent et téléchargent des vidéos sur l'internet. Les auteurs de l'étude notent que, contrairement à 2006, année où les garçons étaient plus nombreux que les filles à se livrer à cette activité, il y a désormais autant de filles actives dans ce domaine que de garçons. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, cette augmentation n'est pas liée à la popularité des téléphones cellulaires et intelligents. Les jeunes qui n'ont ni l'un ni l'autre filment tout autant, avec un appareil photo numérique, par exemple, et téléchargent leurs films sur leur ordinateur.

Cette tendance à tout filmer - qui s'observe, dans une moindre mesure, dans le reste de la population - a une répercussion dans le monde des médias. Ce n'est pas d'hier que les chaînes de télévision achètent des vidéos amateurs de catastrophes naturelles. Sauf qu'aujourd'hui, le phénomène s'est institutionnalisé. Qu'on pense à Mon topo, à TVA, ou à la section vidéo de iReport sur CNN, la quantité et la qualité des vidéos amateurs s'est améliorée. Tsunami au Japon, affrontements sur la place Tahrir: les vidéos amateurs font désormais partie de notre réalité médiatique.

C'est dans ce contexte qu'il faut situer les images de l'incident entre un groupe de jeunes et un chauffeur de taxi la semaine dernière. Dans la nuit du 28 au 29 avril, au coin de la rue Rachel et du boulevard Saint-Laurent, les résidants entendent des cris et des crissements de pneus. Un homme sort sur son balcon et voit la scène. Quel est son premier réflexe? Prendre son téléphone et filmer. Le cinéaste en question se nomme Jonathan Himsworth. Sur son blogue (gotgingham.blogspot.ca/), il se décrit comme un artiste, activiste et ancien journaliste. Il écrit que lorsqu'il a filmé ces images, il ne portait aucun jugement moral. Il précise aussi que, s'il a rendu cette vidéo publique sur YouTube, c'est parce qu'il sentait bien que son intérêt dépassait le simple voyeurisme. La scène qui se déroulait sous ses yeux était d'intérêt public.

Les images de Himsworth ont fait le tour des médias: CBC, CTV, Global, Huffington Post, La Presse et même CNN, aux États-Unis. Elles seront citées en preuve au procès du chauffeur de taxi. Même le juge en a fait mention lors de la comparution de l'accusé.

Les images de Jonathan Himsworth vont peut-être changer le cours des événements. Il était là où aucun journaliste ne se trouvait et ces images ont une valeur à cause de cela. C'est ce qu'on appelle du journalisme-citoyen. Cette appellation a longtemps fait peur aux journalistes professionnels qui se voyaient déjà remplacés par une horde de quidams. Or, ce n'est pas ce qui s'est passé. Le journalisme citoyen a en fait enrichi le travail journalistique en lui fournissant une matière brute (dans ce cas-ci des images) à partir de laquelle les journalistes professionnels ont pu faire leur boulot, c'est-à-dire essayer de comprendre ces images, vérifier l'information, mettre en contexte ce qui s'est vraiment produit.

Ce qui semblait au départ menaçant aux yeux des journalistes est finalement devenu une pièce de plus dans leur coffre à outils. Et si les statistiques disent la vérité et que la tendance se confirme, cette réalité sera encore plus présente dans les années à venir.




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