La virée d'Alain Brunet: grand-messe de Montréal pour Prince

Sur la scène du Métropolis, vendredi soir.... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Sur la scène du Métropolis, vendredi soir.

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C'était gratuit, c'était archiplein, c'était survolté, c'était très touchant. C'était à la mémoire de Prince Rogers Nelson, dont la mort récente a secoué ses millions de fans.

Sur la scène du Métropolis, il y avait hier cette envie fébrile de bien faire les choses. Pendant ces deux heures d'intenses évocations, on a senti l'urgence chez les performers montréalais réunis sous la bannière The Brooks. En hommage au disparu, un de nos meilleurs détachements funky groove avait réuni les meilleures voix locales disponibles pour enfiler les classiques de Prince.

Assez confuse, la sonorisation a mis une bonne vingtaine de minutes à se préciser, mais les fans n'en avaient cure. L'idée n'était pas de chercher des bibittes, mais bien d'entonner les grands hymnes du génial performer, compositeur et songwriter - qui, rappelons-le, avait fait sauter le plafond de ce même amphithéâtre deux nuits d'affilée, en juin 2011.

Let's Go Crazy fut entonnée par Alan Prater, nous étions tous à bord de cette machine à remonter le temps. Fredy Varre a ensuite poussé Let's Work, complètement funk. Frank Julien a fait l'afro-psychédélique Little Red Corvette. I Wanna Be Your Lover, chanson soul pop à la Michael Jackson, fut l'occasion pour Fredy Varre de sortir sa voix de fausset, interprétation complétée par un pont de basse, congas et synthé analogique.

On s'est ensuite souvenu que le tube I Feel For You, interprété hier par Marie-Christine Depestre, avait aussi été popularisé par Chaka Khan. Guitare en bandoulière, Fredy Varre a repris les rênes avec I Could Never Take the Place of Your Man, entrelardée d'un solo bien senti du trompettiste Hichem Khalfa.

La très bluesy Cream fut poussée à fond la caisse par Marie-Christine Depestre. L'incontournable Raspberry Beret fut reprise par Frank Verret, la galopante Controversy par Malika Tirolien, entrecoupée d'un rap fervent et d'un joli pont de claviers.

La voix la plus proche de Prince fut celle du guitariste Phil Lox, qui a fort bien chanté Money Don't Matter Tonight. L'exécution de I Would Die For You fut très rapide, chapeautée par Alan Prater et propulsée par les anches, les cuivres et la section rythmique.

Lorsque Frank Julien a interpellé la foule pour hurler le chorus de When Doves Cry, elle ne s'est vraiment pas fait prier.

Malika Tirolien nous a asséné l'incontournable Kiss, avec la justesse et la puissance qu'on lui connaît, certes l'un des grands moments de cette soirée.

Puis on a eu droit à un pot-pourri soul et gospelisant, déployé autour d'un piano joué par le brother afro-américain Joe Campbell, pot-pourri coiffé par la mémorable Nothing Compares 2 U.

Malika nous a encore mis dans sa petite poche avec le classique 1999, Marie-Christine en a fait de même avec la démesurément funk The Everlasting Now.

La communion fut totale au rappel : c'était Purple Rain, l'hymne absolu de Prince Rogers Nelson, apothéose de la grand-messe montréalaise.

CHET + CHET = JOSÉ + TAKUYA

Loin de moi l'idée d'un combat des Chet (...), mais le deuxième menu du FIJM en deux soirs consacré au mythique Chet Baker, cette fois signé José James et Takuya Kuroda, m'a semblé particulièrement alléchant.

Contexte intéressant au Gesù, car l'esprit du disparu chevauchait hier deux interprètes singuliers. Primo, un Afro-Américain devait incarner Chet Baker, jadis une grande vedette du crooning jazzy cool. Secundo, un Japonais avait pour tâche de personnifier Chet Baker, le trompettiste blanc par excellence à l'âge d'or du jazz moderne.

Évoquer ? Personnifier ? José James et Takuya Kuroda ne cherchaient pas l'imitation.

Le jeu du trompettiste est moins swing, plus groovy, plus actuel que celui de l'instrumentiste dont on fait ici la relecture. Dans ce contexte, cependant, les phrases s'adaptent bien au répertoire de Chet Baker ; le son est ample, quelques dissonances volontaires (on le souhaite) en actualisent le discours.

Le style vocal de José James diffère totalement de celui de Chet Baker. Sa technique est plus aboutie, sa projection peut être beaucoup plus forte s'il le désire, sa palette d'effets est plus vaste, ce qui n'enlève rien au style unique de « l'hommagé » que James qualifie lui-même de « fuckin' mystery » pour sa « si grande vulnérabilité », pour son chant « emo jazz » ayant marqué l'histoire du genre.

Derrière les solistes, le soutien rythmique était idéal. Sans conteste, le batteur Nate Smith figure parmi les grands maîtres d'aujourd'hui. Son jeu rehaussait le rythme originel des chansons au programme et ses improvisations dans les breaks étaient à la fois très fines, très puissantes, d'une admirable virtuosité. Et il pouvait compter sur le soutien d'un excellent contrebassiste en la personne de Ben Williams, qui faisait aussi partie de cette élite américaine du jazz. Quant au pianiste et claviériste Takeshi Ohbayashi, il savait sortir de la piste au moment opportun.

On aura entre autres applaudi Like Someone In Love, But Not For Me, Time After Time, The Thrill Is Gone et, il va sans dire, My Funny Valentine. José James racontait hier que tous les chanteurs de jazz évitaient d'interpréter cette dernière, car personne ne pouvait rivaliser avec Chet Baker sur ce terrain. Mais... puisqu'il s'agissait d'un hommage, José James l'a entonnée « pour la première et la dernière fois ». Imaginez My Funny Valentine sur un beat funk et un jeu inspiré de Takuya Kuroda, imaginez le chanteur emprunter des chemins insoupçonnés tout en restant fidèle à la mélodie originelle. Ovation méritée au final !

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