Le music-hall total de Rufus Wainwright

Pendant deux heures vendredi soir, Rufus Wainwright nous a... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Pendant deux heures vendredi soir, Rufus Wainwright nous a offert un spectacle total, unique, qui tenait aussi bien du récital intimiste que du music-hall.

Photo Bernard Brault, La Presse

Rares sont les artistes de scène à qui le concert solo sied aussi bien qu'à Rufus Wainwright. Au St-Denis en 2010 ou à l'Outremont par une soirée enneigée de 2004, Rufus avait accueilli le public dans sa bulle, étalant la richesse et la diversité de son talent dans cet environnement dépouillé.

Vendredi, lors du premier de trois spectacles en autant de soirs au TNM, Rufus a mis la barre encore plus haut pour tous ceux qui oseront se prêter un jour à cet exercice parfois périlleux. Pendant deux heures, il nous a offert un spectacle total, unique, qui tenait aussi bien du récital intimiste que du music-hall.

Débarqué sur scène dans son costume de pop star, avec ses verres fumés dont il se débarrassera rapidement, il s'est assis au piano et s'est aussitôt lancé dans Grey Gardens, l'une des belles chansons de ses jeunes années. Immédiatement, le public a été happé par cette voix à nulle autre pareille qui se suffit à elle-même comme on l'a constaté un peu plus tard quand, après avoir longuement inspiré, Rufus a chanté a cappella Candles, la vibrante élégie funèbre à la mémoire de sa mère Kate McGarrigle.

La présence de Kate était tangible dès la deuxième chanson de la soirée, Montauk, que Rufus a écrite pour sa fille Viva mais qui est également habitée par l'esprit de sa mère. Kate était là également quand Rufus et sa soeur Martha ont repris magnifiquement sa I Am a Diamond ou quand ils ont témoigné de la riche culture musicale héritée de leur mère en reprenant Nuits de Miami de Joséphine Baker comme ils le faisaient pour elle il y a 20 ans au Café Sarajevo, mais aussi Sweet Thames Flow Softly du barde écossais Ewan MacColl et Quand vous mourrez de nos amours de Vigneault, avec la complicité des tantes Jane, au piano, et Anna, à la guitare.

La famille était au coeur de ce spectacle de deux heures qui a également vu défiler sur scène la demi-soeur Lucy Wainwright Roche et la cousine Lily Lanken. Rufus a évoqué sa relation difficile avec son père Loudon dans la troublante Dinner At Eight mais il lui a également fait un coup de chapeau en lui empruntant avec ses filles Martha et Lucy sa chanson One Man Guy dans un festin d'harmonies vocales dont le clan McGarrigle-Wainwright a le secret.

Il y a eu également dans cette soirée forte en émotion des moments clownesques. Avec la complicité de Lucy, et toute l'ironie dont il est capable, Rufus a réglé ses comptes avec la diva Liza Minnelli, tournant un peu plus le fer dans la plaie en rappelant la remarque malheureuse d'Ellen DeGeneres à son endroit lors de la dernière soirée des Oscars. Et, Rufus étant Rufus, on a reconnu sa spontanéité quand, sa mémoire lui jouant un tour, il s'est interrompu en pleine finale de Cigarettes and Chocolate Milk avant de retrouver l'accord perdu et de conclure avec panache dans ce qu'il a qualifié de son «moment Tchaïkovsky».

Au premier des trois rappels, la «chorale Hallelujah» d'une quinzaine de fans qui avaient contribué au financement de l'enregistrement de son opéra Prima Donna a chanté discrètement l'hymne de Leonard Cohen derrière Rufus et Lucy. La même Lucy qui, avec sa voix haut perchée et son regard suspendu dans les airs, avait mis la table pour Rufus en début de soirée en interprétant quatre de ses compositions ainsi que Call Your Girlfriend de Robyn et Hungry Heart de Springsteen.

Plus folk que Rufus et Martha dont elle n'a pas la flamboyance ni l'intensité, cette anti-star partage toutefois avec eux un humour pince-sans-rire doublé d'une saine autodérision qui lui a valu l'adhésion de ce public qui ne la connaissait pas.

> Rufus Wainwright en solo, au TNM, samedi et dimanche à 20h.




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