Festival La Grosse Lanterne: la musique urbaine prend le bois

Les doigts d'honneur, le cannabis, le franglais et... (Photo: fournie par Lepetitrusse)

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Les doigts d'honneur, le cannabis, le franglais et la musique bounce étaient au menu de La Grosse Lanterne.

Photo: fournie par Lepetitrusse

À ne pas inviter à La Grosse Lanterne: vos mômes, le chroniqueur Christian Rioux et les mélomanes engourdis. Samedi dernier, les doigts d'honneur - merci, Dead Obies! -, le cannabis, le franglais et la musique qui bounce étaient au menu.

Ce nouveau microfestival - ou mégaconcert privé - a permis à la musique urbaine de prendre le bois, plus précisément celui de Béthanie, en Montérégie. De The Muscadettes et Le Trouble, qui ont réchauffé le parterre dispersé en début d'après-midi, jusqu'à Radio Radio, dont la performance de deux heures a porté le coup de grâce avant un DJ set nocturne, le marathon musical de 12 heures n'a pas connu d'accalmie.

Sis sur un site de grandeur nature - «Game of Foams», a dit en rigolant Gabriel, de Radio Radio -, l'évènement faisait la part belle aux victuailles et à la bière locales, alors que quelques roulottes accueillaient les festivaliers qui croulaient sous leur équipement de camping. Le temps de planter les tentes près de la rivière Noire, où plusieurs se risquaient à la baignade sous un soleil brûlant, et tout ce beau monde se retrouvait devant la scène principale, au beau milieu des feuillus géants.

L'ambiance s'est enflammée une fois pour toutes lors du passage du collectif post-rap Dead Obies, fort d'un parterre qui connaissait les paroles par coeur et les beats par corps. Les jeunes musiciens, qui veulent exporter leur musique «à Kingston, autant en Ontario qu'en Jamaïque», dira à la blague Yes Mccan avant la prestation, ne se rappelaient pas avoir déjà joué aussi «creux».

Avec le «faiseur de sons» VNCE à la console, le groupe a aligné les puissantes Trafic, Montréal $ud et Tony Hawk, loin de la controverse sur leur langage métissé.

Les membres de Dead Obies ne digèrent toujours pas d'avoir été tenus responsables - par la bande et sans statistique à l'appui - du dépérissement du français, «une langue qu'ils aiment profondément».

Mais la politique, très peu pour Béthanie, sinon un instant, lorsque Robert Nelson, d'Alaclair Ensemble, a brandi le drapeau orange et mauve de la République du Bas-Canada, pays fantasmé sur lequel règne la formation post-rigodon. Pendant un instant, les lurons ont jonglé avec l'idée d'aller piger dans les costumes médiévaux, vestiges des grandeurs nature, mais ils sont finalement apparus sans fla-fla, uniquement avec leurs textes absurdes pour habiller leurs beats énergiques. Push-ups, rotation du popotin et acrobaties: Alaclair nous déridait à la frontière de la performance aérobique et musicale.

C'était ensuite au tour de Boogat et de son groove latin de faire danser les quelque 500 festivaliers, en majorité montréalais. Le charismatique chanteur donnait un spectacle à Chicoutimi avec Marie-Mai la veille, et allait mettre le cap sur Saint-Jean-sur-Richelieu le lendemain, au mitan d'un été de 29 concerts. «La scène, pour moi, c'est vraiment une drogue», nous a dit Boogat, qui prépare tranquillement son prochain album. Samedi, il a réussi à faire danser à peu près tout le monde, particulièrement sur la puissante El hueso. À gauche, à droite: le public était à ses ordres, tandis que les arbres se coloraient de rose et que la pleine lune flottait en arrière-plan.

Radio Radio, clou du festival avant que les DJ s'en mêlent, a foulé les planches dans l'obscurité. Faux départ: le groupe acadien est apparu quelques instants pour un test de son, moment d'attente un peu confus, surtout que les groupes précédents se succédaient sans interruption. Il a toutefois remis ça de belle façon. Dès la première chanson, 50 shades of beige, le chanteur Jacobus s'est prêté à une séance de bodysurfing, électrisant le parterre malgré des rimes un peu offbeat. Après une série de tubes (Jaccuzi, Ej feel zoo), il renouait avec le public en rappant au milieu de la foule, emporté par elle, et elle emportée par lui. À 23 h 30, heure à laquelle nous sommes partis, les festivaliers étaient conviés sur une autre scène, sobrement éclairée par la lune et de jolies lanternes, pour continuer la nuit aux rythmes des DJ, parmi lesquels Yes Mccan, KenLo et Pierre Kwenders.

La Grosse Lanterne compte s'étendre et se multiplier, pour tracer dans les forêts du Québec le chemin de la musique alternative. Il faudra toutefois songer à rendre l'évènement plus accessible - le billet coûtait une soixantaine de dollars - et diversifier l'offre de services (bouffe, alcool, animation...). 

Néanmoins, pour une première expérience, le bilan est lumineux. Et on touche du bois pour que l'aventure se répète.




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