Festival TransAmériques: l'art responsable

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La comédienne Christine Beaulieu présentera sa pièce de théâtre documentaire J'aime Hydro dans le cadre du Festival TransAmériques, qui s'amorce aujourd'hui.

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Mario Cloutier

Le théâtre responsable a remplacé le théâtre engagé. Il est moins politique, mais plus près des préoccupations du citoyen. Dans cette catégorie, le théâtre documentaire - celui qui enquête sur des enjeux sociaux - tente d'éclairer la réalité en facilitant le débat.

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Les Italiens Antonio Tagliarini et Daria Deflorian présentent deux pièces, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality, au FTA cette année.

Photo Silvia Gelli, fournie par le FTA

Pour son projet J'aime Hydro, Christine Beaulieu a essayé de tenir compte de tous les points de vue au sujet d'Hydro-Québec. L'Hydro qu'on aime depuis toujours, mais qu'on remet en question et critique aussi. L'actrice a écrit la pièce avec le soutien de la spécialiste du genre, Annabel Soutar (Fredy, Sexy béton).

« Les gens ont le goût de comprendre et d'être impliqués dans les décisions, croit Christine Beaulieu. Avec la commission Charbonneau et la corruption, les gens ont raison de douter. Est-ce qu'on fait des choix dans l'intérêt des Québécois ? On voudrait être informé correctement au lieu d'être seulement diverti. C'est correct, le divertissement - j'en fais ! -, mais l'un ne va pas sans l'autre.

« On ne cherche pas à savoir qui a tort et qui a raison, explique-t-elle. Hydro-Québec est très contestée. Le projet, c'est d'essayer de délier les opposants, de les faire dialoguer autour d'un sujet important pour l'avenir de notre société. »

L'ART ET LE MARCHÉ

De leur côté, les Italiens Daria Deflorian et Antonio Tagliarini - qui présentent deux pièces, Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni et Reality, au FTA cette année - ont fait du théâtre documentaire une question de résistance à la société de marché.

« L'art fait désormais partie du marché, souligne Daria Deflorian. C'est très dangereux. Nous faisons face à cela tous les jours en travaillant. L'invisibilité est la plus belle des conditions, sauf qu'on ne peut pas être invisible au théâtre. Il faut se rendre visible sans devenir un produit. Savoir ce qui est important, ce qui est nécessaire. »

L'important pour Christine Beaulieu est de remettre en question. Elle se met elle-même en scène en tant que citoyenne intéressée dans J'aime Hydro.

« Est-ce qu'on doit arrêter de construire des barrages ou pas ? En ce moment, on a des surplus d'électricité. Alors qu'est-ce qu'on fait ? Je rencontre des gens et je partage avec le public ce que ça provoque comme réflexion chez moi. Je m'efforce d'aller vers l'autre. »

La stratégie est la même chez Antonio Tagliarini et sa complice.

« Quand nous commençons à créer, notre but est de découvrir des choses. L'important pour nous est d'apprendre. Il y a la performance, mais ce n'est que la pointe de l'iceberg. La grande partie, c'est de croître intellectuellement, émotionnellement. On se sent souvent impuissants, paralysés, affaiblis. Mais comme artistes, nous devons ouvrir le débat.

« Dès que l'on se présente devant des spectateurs, comme artistes, nous avons des responsabilités, croit Antonio Tagliarini. À notre époque historique, les artistes doivent être de plus en plus conscients de ce qui se passe dans le monde. Depuis 10 ou 15 ans, c'est devenu inévitable. »

MÉDIAS

Est-ce à dire que les médias ne jouent pas entièrement leur rôle ?

« Oui, répond l'artiste italien. La réalité est souvent représentée dans sa forme la plus spectaculaire ou superficielle dans les médias. Nous parlons de la crise économique en Europe parce que ce qu'on lit dans les médias est très différent de ce qu'on entend dans la rue. Nous voulons aussi éviter la rhétorique facile qu'on trouve dans les médias. »

Christine Beaulieu abonde dans le même sens quand elle dit que le théâtre documentaire cherche à dépolariser les débats.

« Notre point de vue, à Annabel [Soutar] et moi, porte sur la division nourrie par les médias. Au Québec, on a tendance à diviser les camps. On est fatiguées de ça. Les débats peuvent se faire sans qu'on reste campé sur ses positions, mais davantage en respectant l'autre.

« Ce n'est pas simple, mais on veut créer cette plateforme où on arrive à se parler ouvertement, même si les opinions diffèrent. »

PUBLIC

L'intérêt public revient souvent dans la conversation quand il est question de théâtre documentaire.

« La partie la plus importante est celle du public, affirme Daria Deflorian. Nous réfléchissons beaucoup à la façon d'ouvrir notre processus créatif aux autres. C'est très important pour nous. Nous ne faisons pas un travail à sens unique. La rencontre avec le public clôt notre recherche documentaire. »

Le rôle de Christine Beaulieu dans J'aime Hydro est d'ailleurs celui d'une citoyenne.

« Dans une quête de compréhension, dit-elle, je suis assez tenace. S'intéresser à Hydro-Québec, c'est s'intéresser à toute notre histoire. Je suis dans un désir de me rattacher à notre histoire davantage que d'être sur les réseaux sociaux. L'instantanéité commence à m'ennuyer sérieusement.

« Hydro-Québec symbolise les débuts de l'épanouissement de la culture francophone en Amérique du Nord. C'est déterminant, croit la comédienne. Sans la Révolution tranquille symbolisée par cette société d'État, j'ignore si on se parlerait encore en français en ce moment. »

Présenté à l'OFFTA l'an dernier, J'aime Hydro occupera encore Christine Beaulieu l'an prochain puisque deux autres épisodes - notamment avec les Innus - sont prévus. Le tandem italien, pour sa part, ne voit pas le jour où il fera du théâtre autrement.

« Nous partons toujours de nous-mêmes. Nous parlons du quotidien, des petites choses de la pauvreté et de la crise. Nous ne pourrions pas parler de politique ou d'économie. Mais les petites histoires rejoignent la grande, c'est-à-dire l'influence de la crise sur la vie des gens. »

Rêvent-ils de changer le monde un peu, beaucoup, passionnément ? Déjà, avec J'aime Hydro, Christine Beaulieu a fait en sorte que tous les intervenants rencontrés soient présents lors de la première au FTA.

« La majorité d'entre eux ne dialoguent pas dans la vie. Nous, à travers un projet, on réussit à les réunir. Je suis contente parce qu'on a une réelle discussion. Je n'ai pas de cause personnelle face à Hydro-Québec. C'est une réflexion collective que l'on engage. »

J'aime Hydro, au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui du 6 au 8 juin ; Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni, à Espace Go du 27 au 29 mai ; Reality, à Espace Go les 28 et 29 mai dans le cadre du Festival TransAmériques.

Les deux pièces de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini sont aussi présentées au Théâtre Périscope dans le cadre du Carrefour international de théâtre de Québec.

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