Invité d'honneur: le Dr Richard Béliveau

Le Dr Richard Béliveau... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le Dr Richard Béliveau

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Sylvie Saint-Jacques
La Presse

Titulaire d'un doctorat en biochimie, directeur du laboratoire de Médecine moléculaire et très actif dans la communauté scientifique montréalaise, le Dr Richard Béliveau est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le cancer dont les best-sellers Les aliments contre le cancer, Cuisiner avec les aliments contre le cancer, La santé par le plaisir de bien manger et La mort, mieux la comprendre. Ses livres ont été traduits dans plus de 27 langues, dans 35 pays.

En tant qu'écrivain, est-ce que vous considérez Montréal comme une ville qui nourrit l'inspiration?

Oui, absolument. Je suis trifluvien d'origine, j'ai fait mon postdoctorat aux États-Unis et voyagé beaucoup pour des conférences. Mais malgré tout cela, je garde un attachement à Montréal qui, je pense, est une ville de créativité autant artistique, scientifique que littéraire. On y retrouve un bouillonnement intellectuel qui ne compte pas d'équivalent sur la planète.

Montréal est un pont entre l'Europe et la tradition des Amériques du Nouveau Monde. J'ai eu beaucoup de résidents en chirurgie, en stages postdoctoraux, des chercheurs en sabbatique de partout sur la planète, qui sont venus chercher à Montréal cet aspect novateur et ce désir d'investir beaucoup dans la recherche.

Contrairement aux messages pessimistes et alarmistes souvent entendus, Montréal est une ville bouillonnante, qui nourrit l'inspiration scientifique et qui reçoit des professeurs de partout dans le monde, qui viennent faire des résidences ou des doctorats. L'imagination et la créativité sont tout autant au coeur de l'activité artistique que du processus de découverte et sont également associées à la science technique.

Décrivez votre appartenance à la francophonie.

Il existe toujours une fierté à être francophone et faire de la recherche en français, dans cette grande communauté qui réunit la France, la Belgique, la Suisse et aussi beaucoup de pays francophones d'Afrique.

Un chercheur est avant tout un citoyen du monde, il fait partie d'une communauté internationale pour qui les barrières linguistiques et culturelles sont inexistantes. Ce qui motive un chercheur, c'est le fait de mieux comprendre l'univers, ainsi que les facteurs de rapprochements et d'échanges. J'arrive de Paris, où mon nouveau livre s'est retrouvé en première page du Point et du Figaro. Pour moi, la frontière ne s'arrête pas à Brossard ou à Longueuil: la communauté francophone rejoint la grande communauté internationale.

Pensez-vous que le français que l'on écrit et que l'on parle à Montréal évolue en s'ouvrant sur le monde?

Je pense que la situation du français à Montréal est un peu différente de ce qu'elle est à travers le monde. Cela me frappe comment à Paris, l'anglais est omniprésent et comment de superbes mots français sont remplacés. La situation montréalaise fait qu'au départ, la défense du français s'est imposée comme une réaction de défense. Aujourd'hui, on éprouve une fierté à avoir tenu nos positions, comme si on était le village d'irréductibles Gaulois.

Je dis toujours qu'un chercheur est un «marine»: pendant le doctorat, on apprend à survivre à des situations hostiles, à développer sa résilience, à se relever après l'échec pour générer de nouvelles hypothèses et apprendre à détruire son ego.

Je pense que la même chose s'applique à la défense du français. Dans une mer d'anglos, on redéfinit l'identité culturelle pour faire une langue plus forte. Cela dit, je pense que la langue montréalaise s'est ouverte au monde, mais aussi que le monde s'est ouvert à la langue d'ici.

À votre avis, quels sont les auteurs «phares» de la littérature montréalaise, à l'heure actuelle?

J'aime beaucoup Kim Thúy, pour moi elle est un beau reflet de ce qu'est le Québec, comme laboratoire de la planète au complet. J'aime ce qu'elle apporte d'ouverture. Avec sa belle écriture, Kim saisit bien la sensibilité québécoise qu'elle transcrit dans son vécu incroyable d'immigrée.

J'aime aussi beaucoup Michel Tremblay, j'ai lu Les chroniques du Plateau Mont-Royal, une oeuvre que je considère comme extraordinaire et qui a signé l'identité québécoise, au sortir de la Révolution tranquille.

Moi qui lis toute la journée des ouvrages savants, j'aime les univers qui me sortent de mon quotidien, et c'est pour cela que j'aime Patrick Senécal.

Qu'est-ce qui relie la littérature montréalaise à celle des autres lieux de la francophonie?

Il y a à mon avis deux composantes qui font la force identitaire de la littérature montréalaise. À l'instar de la communauté juive dont la force est issue de son combat comme minorité, l'identité québécoise est forte d'une cohésion extraordinaire typique des diasporas.

On retrouve aussi dans la littérature montréalaise une modernité dans la diversité. En Europe, cela me frappe toujours de constater à quel point l'immigration est périphérique et marginale. En revanche, en Amérique, on est fier de l'immigration. Je constate cela quand je vais manger dans le Quartier chinois ou quand je parle à de jeunes chefs d'ailleurs qui parlent un français impeccable. On ne voyait pas ça il y a 20 ans. Notre dualité est désormais de maintenir notre identité, nous ressourcer et nous diversifier dans notre apport culturel.

En terminant...

Je suis très flatté de participer à cette grande manifestation culturelle qu'est le Salon du livre. C'est mon sixième livre et chaque fois que je participe au Salon, je suis frappé par le bouillonnement et la fébrilité des gens qui sont contents d'être là. J'y trouve une action, une intensité, un épicurisme que je ne retrouve qu'au Salon du vin. Les gens qui sont là sont curieux et proviennent de tous les milieux sociaux. On y fait un bain de foule, de culture et de connaissance extraordinaire!

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Le Dr Richard Béliveau participera à la table ronde Ennuyante, l'alimentation santé?, samedi à 12 h 30, à l'Espace Archambault.




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