Fugues se souvient: 30 ans de lutte gaie

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Le premier numéro du magazine Fugues est paru en 1984.

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L'Écomusée du fier monde présente, jusqu'au 31 août, Fugues se souvient: 30 ans d'homosexualité au Québec, une exposition sur l'évolution de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre (LGBT) depuis la création du magazine Fugues, en 1984. Une communauté qui est passée, étape par étape, de la marginalité à l'égalité.

L'histoire contemporaine de la communauté LGBT québécoise est articulée autour des 400 couvertures du mensuel Fugues, depuis la création du principal véhicule médiatique de la communauté gaie québécoise jusqu'à aujourd'hui. Elle permet de mesurer l'ampleur du chemin parcouru autant par la société québécoise que par les gais et lesbiennes de 1984 à nos jours.

Fugues a été un vecteur, mais aussi un acteur important des avancées sociales successives de la communauté homosexuelle québécoise, étant encore le média qui embrasse le plus régulièrement et le plus largement ses intérêts, ses inquiétudes, ses revendications et ses aspirations.

Un peu d'histoire

L'exposition est bien organisée. Elle aborde chronologiquement les différents thèmes qui ont marqué la vie des LGBT dans la modernité. Elle débute par quelques pages d'histoire, à l'époque où les actes homosexuels étaient considérés comme de la «bougrerie»! En 1648, note un panneau de l'exposition, un jeune soldat homosexuel n'échappa à la peine de mort que grâce à l'intervention... des jésuites qui en firent un «exécuteur de justice». Autrement dit, un bourreau.

On apprend que la création du premier lieu de rencontre pour gais à Montréal date de 1869, mais ce n'est qu'en 1920 qu'ouvrira le premier bar gai. Parmi les dates importantes de la communauté, 1969 est l'année de la décriminalisation des rapports homosexuels. En 1999, le Québec adopte la loi 32 qui accorde aux conjoints de même sexe les mêmes droits que les conjoints hétérosexuels. En 2002, les couples gais peuvent adopter des enfants, puis en 2004, le couple formé de Michael Hendricks et René Leboeuf gagne sa bataille en Cour suprême et obtient le droit de se marier.

La communauté gaie vient alors de marquer un but en pleine lucarne! Comme l'indique un panneau, l'époque où «l'Église a considéré les gais comme des pécheurs, la médecine comme des malades et la loi comme des criminels» semble révolue.

Mais l'exposition revient sur les discriminations dont les gais ont été victimes. Elle rappelle les descentes de la police montréalaise, fréquentes au XXe siècle. Celle au bar Bud's, en 1984, puis celle au loft SexGarage de Nicholas Jenkins, en 1990, avant celle au bar Kox/Katakombes, en 1994, dans le Village.

Bien sûr, de nombreux panneaux évoquent le sida. L'apparition de l'infection au début des années 80, le premier décès en 1983 et l'espoir qui pointe quand, en 1996, la trithérapie donne de premiers résultats encourageants. Toutefois, 20 000 personnes vivent encore avec le VIH au Québec aujourd'hui. Aussi, l'exposition présente les symptômes et parle de prévention et de précautions à prendre.

Des panneaux abordent aussi l'homophobie, depuis la mort de Joe Rose, assassiné par trois jeunes en 1989, jusqu'à la lutte menée contre ce fléau, encore aujourd'hui, par des groupes communautaires, mais aussi avec l'aide du gouvernement du Québec.

«Pouvoir économique rose»

La vie sociale gaie, avec les bars, les drag-queens, le défilé estival et les activités sportives, est largement traitée. On évoque le thème du «pouvoir économique rose», le fait que les gais seraient, en moyenne, plus aisés que la moyenne des Québécois. D'où l'attention que leur porte un grand nombre d'entreprises, de commerces et de banques. En 2010, le tourisme LGBT au Canada aurait représenté 7 milliards de retombées économiques.

L'exposition ouvre aussi un chapitre sur le mouvement lesbien avec la création du magazine Gazelle et l'affirmation tranquille de plusieurs lesbiennes telles qu'Agnès Maltais, Ariane Moffatt ou Manon Massé. Elle s'aventure aussi dans les zones discrètes de la vie gaie (une section de l'exposition pour majeurs seulement) avec l'univers de la backroom, la reconstitution d'un glory hole et d'un casier de sauna ou encore les accessoires sado-maso.

Pour les visiteurs hétéros, l'expo permet d'en apprendre sur la vie à deux chez les gais, l'homoparentalité et sur les artistes qui, au fil des ans, ont permis à la communauté gaie québécoise de se doter de visages publics.

Bien montée, Fugues se souvient est d'un grand intérêt. Le contenu est riche et bien présenté. On quitte les lieux de l'ancien bain Généreux sur une réflexion quant à l'avenir de cette communauté à la fois singulière et plurielle, qui a fait des pas de géant en 30 ans, mais dont le vieillissement représente un défi de taille. Tout comme l'appui aux communautés gaies de tant de pays du monde qui n'ont même pas encore la liberté d'exister...

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À l'Écomusée du fier monde, 2050, rue Amherst, jusqu'au 31 août.

Trois causeries à l'Écomusée du fier monde

> «L'importance du tissu social», le 30 juillet à 18h

> «Identité(s) LGBT», le 13 août à 18h

> «L'avenir du Village», le 27 août à 18h

Marc-André Grondin dans C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée.... (PHOTO FOURNIE PAR HO) - image 2.0

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Marc-André Grondin dans C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée.

PHOTO FOURNIE PAR HO

Dix films LGBT québécois

> La femme de l'hôtel, de Léa Pool (1984)

> Being at Home with Claude, de Jean Beaudin (1992)

> Love and Human Remains, de Denys Arcand (1993)

> J'en suis!, de Claude Fournier (1997)

> Danny in the Sky, de Denis Langlois (2001)

> Mambo Italiano, d'Émile Gaudreault (2003)

> C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée (2005)

> J'ai tué ma mère, de Xavier Dolan (2009)

> Marécages, de Guy Édoin (2011)

> Sarah préfère la course, de Chloé Robichaud (2012)




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