Homecoming: le passage des champions

Dominique Toutant à la galerie Division, devant des... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Dominique Toutant à la galerie Division, devant des oeuvres de David Altmejd et de Sarah Anne Johnson.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Pour illustrer le rayonnement international de l'art contemporain canadien, le commissaire Dominique Toutant a rassemblé, à la galerie Division, les oeuvres de six artistes renommés à l'étranger: David Altmejd, Karel Funk, Tim Gardner, Graham Gillmore, Sarah Anne Johnson et Scott McFarland. Des artistes plus exposés hors du Canada que chez nous. Autant en profiter...

L'exposition Homecoming s'adresse aux riches collectionneurs (le prix des oeuvres s'échelonne entre 5000 et 49 000$), aux amateurs d'art actuel curieux de découvrir des artistes moins connus au Québec et aux fans... de David Altmejd. Car, comme le confirme Dominique Toutant, le sculpteur montréalais installé à New York connaît une notoriété grandissante.

«Depuis Riopelle, il n'y a jamais eu un tel engouement international pour un artiste d'ici, dit-il. Ses oeuvres ont un pouvoir d'attraction et en même temps de répulsion. Comme Riopelle à l'époque, avec ses oeuvres automatistes.»

Dominique Toutant s'est procuré deux pièces de David Altmejd, fantastiques et inquiétantes. La première, Untitled, 2014, est une tête monstrueuse qui rappelle celle de la collection Claridge. Même mousse polyuréthane, même argile époxy, mêmes yeux de verre, mais elle n'est pas à l'envers et n'a pas de pointe de licorne à la place du nez. Celle-ci aurait presque l'air humaine si une bouche n'émergeait pas au niveau du front et si du quartz ne cristallisait pas un peu partout...

Untitled 6 (Rabbit Holes) nous surprend encore plus au premier abord. Cette coupe transversale d'un crâne humain a la forme d'une demi-papaye rouge sanguinolente ou d'un sexe féminin très surréaliste. À l'intérieur, un trou se perd dans le présentoir et une framboise très clitoridienne titille les sens...

Après l'amour

Les sens sont aussi au rendez-vous avec Untitled, 2014, de Sarah Anne Johnson, oeuvre de la série que la Manitobaine de 37 ans réalise depuis un an dans des chambres à coucher de Winnipeg, en photographiant des personnes qui viennent de faire l'amour.

Dans cette oeuvre, la femme nue est assise sur son lit dans une position souple. Son rouge à lèvres a débordé. Elle est plongée dans ses pensées. L'artiste a prolongé, à l'huile, les tatouages de la femme, achevant sur le papier photo les formes d'une panthère, dessinant un dragon qui souffle dans ses cheveux et faisant pousser un ongle qui devient plante.

Dans la même salle, le contraste est total avec l'aquarelle d'apparence classique de Tim Gardner. Le style de cet artiste (né en Iowa en 1973 et qui vit au Canada) est un choix conceptuel. Sa toile d'un lendemain de bordée de neige dans une rue résidentielle de l'Ouest canadien est un beau clin d'oeil documentaire.

Aujourd'hui quinquagénaire, Graham Gillmore a fait sa marque avec ses mots sculptés dans de grandes peintures d'émail sur bois. Division propose dans ce cadre Kiss Kill Kiss ainsi que l'huile sur toile Untitled (Mysticism Scale), toutes deux issues d'une période troublée de l'artiste. Une certaine sérénité retrouvée est exprimée dans Do Not Disturb, 2013 - des dessins colorés d'accroches pour poignées de porte d'hôtels - et Tricks and Jokes, inspiré de dessins animés pour enfants.

On avait vu le Britanno-Colombien Scott McFarland à la Biennale de Montréal en 2006. Le photographe d'extérieur qui retouche la réalité est présent chez Division avec un cliché de la rue Royale, à La Nouvelle-Orléans, dans lequel il a placé une foule de personnages, et une photo d'un jardin extraordinaire où le cueilleur semble presque de la taille de ses dahlias...

Enfin, deux toiles d'acrylique sur panneau du Winnipegois Karel Funk, d'une série différente de ses toiles de capuchons et de vêtements de pluie qui ont marqué ses années 2000. Là, il se penche sur notre civilisation du plastique en se référant aux natures mortes baroques de type néerlandais. Son adaptation moderne contient toujours le crâne de l'esprit, comme dans une oeuvre de Pieter Claesz, mais celui-ci est en plastique, tout comme le cactus et la clé USB qui remplacent la corbeille de fruits (tout meurt...) et le livre du savoir dans les beaux Vanitas du XVIIe siècle...

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À la galerie Division (2020, rue William), jusqu'au 10 mai.




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