Art contemporain autochtone: une Biennale 100 % féminine

Renaissance, de Caroline Monnet (2018), photographie, 101,5 cm x 152 cm.... (PHOTO CAROLINE MONNET, FOURNIE PAR LA GUILDE)

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Renaissance, de Caroline Monnet (2018), photographie, 101,5 cm x 152 cm. Représentées, de gauche à droite : Caroline Monnet, Alanis Obomsawin, Swaneige Bertrand, Catherine Boivin, Dominique Pétin et Émilie Monnet.

PHOTO CAROLINE MONNET, FOURNIE PAR LA GUILDE

Éric Clément
La Presse

Pour sa quatrième édition, la Biennale d'art contemporain autochtone est signée par deux commissaires autochtones, Niki Little et Becca Taylor, qui ont concocté un événement 100 % féminin. Une première, avec les oeuvres d'une quarantaine d'artistes autochtones du Canada et d'ailleurs présentées à Montréal, Pointe-Claire et Sherbrooke.

La Biennale d'art contemporain autochtone (BACA) fait peau neuve. D'abord, l'événement d'art autochtone contemporain fondé en 2012 par les galeristes Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques se déploie cette année en cinq lieux. À Montréal, dans leur galerie Art Mûr, à La Guilde et au musée McCord; à Pointe-Claire, à la galerie d'art Stewart Hall; et au Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

Et puis l'originalité de cette quatrième édition, intitulée Níchiwamiském - Nimidet - Ma soeur - My sister, réside dans son commissariat signé par Niki Little et Becca Taylor, établies respectivement à Winnipeg et à Edmonton. Venues en résidence à Montréal pour concevoir l'exposition, elles sont membres du Collectif des commissaires autochtones.

Cette nouvelle façon d'élaborer la BACA a généré un fil conducteur plus précis que lors des éditions précédentes. Les oeuvres choisies explorent «les liens de sororité multiples qui unissent les femmes autochtones». Les femmes y sont envisagées comme des soeurs, des mères, des tantes, des confidentes. Elles peuvent être transgenres, précise-t-on, non binaires (hors norme) ou des «individus bispirituels autochtones».

Variété d'expressions

Sélectionner 41 artistes n'a pas été facile, convient Niki Little en entrevue, tant les productions d'artistes autochtones contemporaines abondent. Mais les deux commissaires sont parvenues à dégager une grande variété d'expressions d'une même volonté d'affirmation identitaire.

Vue de l'exposition présentée à La Guilde dans... (Photo Olivier PontBriand, La Presse) - image 2.0

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Vue de l'exposition présentée à La Guilde dans le cadre de la Biennale d'art contemporain autochtone 2018

Photo Olivier PontBriand, La Presse

Nous avons visité les expositions présentées à Art Mûr et à La Guilde. Toutes les oeuvres exposées n'ont pas la même intensité ni le même intérêt. À Art Mûr, le film de trois minutes de Caroline Monnet, Creature Dada, montré l'été dernier au festival Présence autochtone, est une des oeuvres les plus fortes. Il met en scène des Amérindiennes partageant un repas pantagruélique. Homards, huîtres, champagne, c'est la fête! Voici des autochtones élégantes qui assument leurs désirs. Des femmes libres, si loin de l'image souvent véhiculée d'autochtones victimes, appauvries, inactives, violentées ou tout simplement ternes.

Dans la lignée de ce corpus est tirée une photographie, Renaissance, exposée à La Guilde. Une image magnifique, forte, tellement rafraîchissante, où Caroline Monnet et cinq autres femmes autochtones, richement vêtues, posent fièrement, notamment la designer Swaneige Bertrand, la réalisatrice Alanis Obomsawin et l'actrice Dominique Pétin.

Skeena Reece

L'oeuvre la plus émouvante chez Art Mûr est sans doute la vidéo Touch Me. Une femme en assiste une autre pour le bain. Des images de tendresse, de douceur, de respect, de tranquillité et de partage signées Skeena Reece.

Belle installation également que celle de Brittney Bear Hat et de Richelle Bear Hat qui relatent une expérience de camp de chasse avec des boîtes en bois accrochées au mur et contenant des objets qu'on emporte en forêt: vestes de denim, cordes, lampe à huile, bâche, poignards, sachets de thé, etc. Mais la narration s'arrête là.

Plus loin, l'artiste aztèque Gilda Posada formule le désir de l'autochtone de prendre la place qui lui est due, avec des sérigraphies appelant notamment à l'abolition des frontières. Comme l'avait fait, en 1992, l'artiste mohawk Shelley Niro, avec sa série photographique This Land Is Mime Land, qui rappelle que la hantise de l'autochtone, comme de toute personne, est d'être prisonnier de son passé.

Des oeuvres de la série Abolish Borders de... (Photo Ivanoh Demers, La Presse) - image 3.0

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Des oeuvres de la série Abolish Borders de l'artiste Gilda Posada à la galerie Art Mûr

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Skawennati

Les commissaires ont justement retenu une impression numérique de Skawennati avec des femmes autochtones projetées dans l'avenir, représentées comme de véritables conquérantes. L'artiste expose aussi à La Guilde des dessins sur l'évolution vestimentaire des femmes autochtones de 1490 à... 2488! Avec le costume «authentique» précolonial, celui influencé par les colons français, l'adaptation à la mode des années 60 (avec des jeans) jusqu'au métissage futuriste du milieu du XXVe siècle. Un sujet qui pourrait être approfondi.

À La Guilde, le vêtement de Lita Fontaine est par contre plus traditionnel. L'artiste d'origine dakota, anishinaabe et métis dispose sur ses tissus des perles, des plumes et des coquillages.

D'origine européenne et dénée, Catherine Blackburn y présente Our Mother(s) Tongue, une série de petits coussins de velours avec, en impression, des photos... de langues des membres de sa famille. Des photos sur lesquelles elle a planté des épingles qui forment des mots en langue dénée évoquant les pensionnats canadiens où l'on empêchait les enfants amérindiens de parler leur langue. Une série troublante et évocatrice.

Lors du vernissage à La Guilde, Hovak Johnston, qui travaille à revitaliser le tatouage inuit, a tatoué les doigts de la professeure de Concordia d'origine inuite Heather Igloliorte. Cette tradition du tatouage inuit se retrouve sur l'estampe Mythical Kudlik, de Ningiukulu Teevee. Deux bras tatoués qui portent un kudlik, la traditionnelle lampe à huile en stéatite des peuples arctiques. Une femme qui apporte la lumière, la chaleur et la connaissance aux autres. Dans l'esprit traditionnel des mères et des soeurs autochtones.

«Nous avons tous à apprendre afin d'améliorer nos relations humaines, dit Rhéal Olivier Lanthier. Comme l'apprentissage se fait par observation, le projet de Niki Little et de Becca Taylor saura certainement nous inspirer.»

Le galeriste rappelle qu'en 1885, Louis Riel avait écrit: «Les miens dormiront pendant 100 ans et quand ils se réveilleront, ce seront les artistes qui leur rendront leur esprit.» «Cette prophétie se réalise enfin», dit-il.

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À la galerie Art Mûr (5826, rue Saint-Hubert, Montréal), jusqu'au 16 juin.

À La Guilde (1356, rue Sherbrooke Ouest, Montréal), jusqu'au 22 juillet.

À la galerie d'art Stewart Hall (176, chemin du Bord-du-Lac, Pointe-Claire), jusqu'au 22 juin.

Au Musée des beaux-arts de Sherbrooke (241, rue Dufferin, Sherbrooke), jusqu'au 9 septembre.

Au musée McCord (690, rue Sherbrooke Ouest, Montréal), pour une table ronde, le 19 mai, de 14 h à 16 h.




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