Maria Hupfield: figurer des souvenirs

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Maria Hupfield marque l'art contemporain canadien de son empreinte depuis plusieurs années déjà. D'origine anishinaabe, l'artiste ontarienne vient présenter cet hiver à la Galerie de l'UQAM une exposition organisée l'an dernier à Toronto, qui ira ensuite à Halifax, puis à Paris. Un corpus sur la charge émotive des objets quand ils incarnent des souvenirs.

Maria Hupfield est originaire, par sa mère, de la nation wasauksing, sise sur les berges de la baie Georgienne. L'an dernier, elle a présenté The One Who Keeps on Giving à la galerie Power Plant, à Toronto, à l'invitation de sa directrice Gaëtane Verna.

L'expo marquait le retour de Maria Hupfield au pays, elle qui vit à New York depuis huit ans. Elle représentait une plongée dans ses souvenirs - sa mère, également artiste, étant morte peu après son départ aux États-Unis.

The One Who Keeps on Giving est devenu, à la Galerie de l'UQAM, Celle qui continue de donner, une traduction du nom amérindien de la mère de l'artiste. Sans être un véritable hommage à cette femme qui lui a tant donné, le nouveau déploiement artistique de Maria Hupfield y fait référence, découlant autant d'une peinture marine de sa mère que de sa propre pratique performative.

Objets en feutre et vidéos

L'exposition présente des installations et des objets reliés à ses souvenirs et à quelques liens affectifs. Des objets créés notamment avec du feutre gris et qu'elle utilise dans ses performances.

Maria Hupfield diffuse aussi des vidéos dans lesquelles elle se met en scène, notamment une avec son frère, sa soeur et sa belle-soeur, un diptyque qui porte le titre de l'exposition.

À la Galerie de l'UQAM, Maria Hupfield propose Celle... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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À la Galerie de l'UQAM, Maria Hupfield propose Celle qui continue de donner, une exposition d'oeuvres présentées l'an dernier à la galerie Power Plant de Toronto.

Photo Bernard Brault, La Presse

Il s'agit d'une double performance dansée et chantée, reliée aux empreintes mémorielles qu'a évoquées pour eux la peinture à l'huile de la disparue, Peggy Hupfield, qui signait Peggy Miller.

La première vidéo a été tournée en janvier 2017 à Parry Sound, en Ontario, là où fut peinte la toile. La seconde l'a été dans les espaces de Power Plant. Dans chaque vidéo, le frère de Maria Hupfield, John, danse dans un costume de pow-wow avec sa femme Deanne enveloppée dans une Jingle Spiral, sorte de cape sur laquelle ont été cousus des grelots en étain.

Pendant que les deux danseurs se croisent, dans des mouvements contrastés - John interprétant une danse de l'herbe dynamique alors que Deanne, enceinte, exécute des gestes plus lents -, la soeur, Johna, chante tout en jouant du tambour et Maria tient la peinture de sa mère dans ses mains.

Le thème de l'eau

Dans la salle contiguë, Maria Hupfield diffuse la vidéo qu'elle avait créée à Venise en mai 2015. Une performance réalisée avec un canot en feutre, que l'on peut d'ailleurs admirer dans la salle. Un canot qui évoque son père, constructeur de bateaux et non-autochtone, mais qui rend aussi hommage à cette eau vénérée par les cultures autochtones et si présente dans la Cité des Doges.

Georgian Bay, 1974, Peggy Miller, peinture à l'huile. Avec... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 3.0

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Georgian Bay, 1974, Peggy Miller, peinture à l'huile. Avec l'aimable permission de l'artiste.

Photo Bernard Brault, La Presse

Telle est la signature de Maria Hupfield. Une propension à l'ouverture, au regard sans oeillères. Avec son mari, l'artiste Jason Lujan (aux origines chiricahuas apaches et mexicaines), elle ne cesse de promouvoir la force de l'individu et de briser ces étiquettes exotiques qui enferment les autochtones dans des préjugés déshumanisants.

Sa résidence à New York a confirmé son désir d'affirmer son expression artistique au coeur d'un plus large territoire en s'associant à des artistes de tous les horizons et de toutes disciplines. Pour mêler sa parole et briser les frontières. Sans renier qui elle est.

«Les autochtones ont un passé et une histoire de victimes, mais je ne veux pas être une victime. Je veux me sentir puissante, capable et dynamique. Même en cette période de Trump!»

«Une maturité, une pensée profonde s'est réellement installée dans la carrière de cette artiste, dit la commissaire Louise Déry, directrice de la Galerie de l'UQAM. Et comme performeuse, elle insuffle de la vie dans ses objets, ce qui est très proche de sa culture d'origine, le tout étant bâti dans une connectivité avec les autres.»

Maria Hupfield considère que chaque regardeur tirera ses propres conclusions à l'issue de sa visite à la Galerie de l'UQAM. En fonction de son identité, de son caractère, de ses expériences de vie. Dans cette exposition, l'artiste de 42 ans donne beaucoup d'elle-même. Si elle exprime d'une certaine façon le respect dû à sa mère, elle laisse en même temps les portes de son art bien ouvertes, de telle sorte qu'y pénètrent et s'y révèlent les souvenirs de chacun.

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À la Galerie de l'UQAM (pavillon Judith-Jasmin, 1400, rue Berri, J-R120), jusqu'au 3 mars.




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