Instantané géographique à la Maison des arts de Laval

L'exposition Géographies recomposées est une réalisation des artistes Sara A.... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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L'exposition Géographies recomposées est une réalisation des artistes Sara A. Tremblay (à droite) et Léna Mill-Reuillard (au centre) ainsi que de la commissaire Catherine Barnabé (à gauche).

Photo Alain Roberge, La Presse

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La salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval présente, jusqu'au 16 juillet, Géographies recomposées - S'ensevelir, corpus performatif et vidéographique des artistes québécoises Sara A. Tremblay et Léna Mill-Reuillard.

L'idée de Géographies recomposées - S'ensevelir émane de la commissaire Catherine Barnabé, dont les projets professionnels recoupent souvent les notions de géographie, d'espace, de déplacement et d'environnement. Elle a donc invité les artistes Sara A. Tremblay et Léna Mill-Reuillard à réfléchir ensemble à une façon de révéler ou d'occuper un espace donné en y créant une oeuvre d'art.

Les deux jeunes artistes, qui n'avaient jamais travaillé ensemble, se sont rendues dans Charlevoix, l'hiver dernier, pendant deux semaines dans une vieille maison en pierre du village des Éboulements. Avec caméras et raquettes!

Neige et glace

Quand on entre dans la salle Alfred-Pellan, on sent immédiatement l'homogénéité de création. Un ensemble d'écrans vidéo diffusent le résultat symbiotique d'une démarche pensée à deux. Une production vidéo dans laquelle la neige et la glace sont devenues le fil conducteur de leur narration.

Muraux ou suspendus, les écrans ont été disposés dans l'espace de manière qu'ils insufflent eux-mêmes une géographie apaisante dans ces lieux assombris où le blanc domine sans aveugler, tandis qu'une fraîcheur bienvenue enveloppe inconsciemment le visiteur.

Éléments d'un ensemble, les oeuvres sont présentées sans titre. Peu importe la chronologie dans laquelle on les regarde, il en ressort cette douceur violente de l'hiver, cette fausse impression de docilité que transmet son image, en porte-à-faux avec la réalité du vent qui cingle, du froid qui gerce, du gel qui transit.

Glace et papier

Belle idée que ce duo filmé composé d'une part d'images de larges glaces dérivant sur le Saint-Laurent, près de l'île aux Coudres, et, d'autre part, de morceaux de papiers froissés et réarrangés. Une mise en scène judicieuse rappelant la neige «froissée et réarrangée» par nos pas.

Dans une autre vidéo, les deux artistes, debout sur un bateau en mouvement, tiennent pendant de longues minutes, entre leurs quatre mains, un drap blanc qui évoque un drapeau. On imagine aisément la douleur sur leurs doigts des - 20 °C gonflés par le facteur vent et celui de l'humidité.

Quand Sara A. Tremblay et Léna Mill-Reuillard ont voulu étendre un rouleau de papier blanc entre deux arbres, le vent, là encore, n'avait que faire de leurs ambitions et a brisé la voile en cellulose. Mais toutes deux n'ont pas traité cet aléa comme un échec. Elles ont plutôt profité spontanément des circonstances pour improviser avec les morceaux de papier, devenant deux fantômes qui disparaissent à l'orée de la forêt... Belle réaction.

Géographies recomposées est ainsi un regard délicat, impromptu posé sur l'hiver québécois, avec son côté carte postale, tout en évoquant son évidence, cette atmosphère déchirante et hostile, ici abhorrée, là vénérée. Une géographie imposée avec sa géomorphologie aux va-et-vient incessants, trois mois durant.

Sur le sujet, les deux artistes ont donc construit un corpus d'une esthétique louable, avec des interventions performatives qui rappellent notamment celles, anciennes, de Françoise Sullivan avec les surfaces blanches.

Les actions posées et improvisées dans l'univers charlevoisien sont simples et révèlent la réalité de notre présence au sein d'un environnement laurentien exigeant. Mais après ? Nonobstant la force des images et de leur scénarisation, la qualité de la lumière et des cadrages, on reste un petit peu sur notre faim. Si les oeuvres sont captivantes, leur caractère substantiel ne nous a qu'en partie séduit.

Paysage au présent

À cause de l'humain, l'histoire tempère ou enfièvre la géographie, recomposée par son empreinte. Il aurait été pertinent de greffer un peu de mémoire à ces blancheurs immaculées. Notamment celle de la maison. Pour incarner le lieu, lui donner la portée mythologique qu'il détient.

Un paysage n'est pas qu'un site au présent, il est le résultat d'une sédimentation d'ères, d'une accumulation de couches de ce passé qui l'a formé, déformé et dont on ne voit qu'un instantané. Ajouter l'histoire aurait permis d'aller au-delà de la direction suggérée par la commissaire Catherine Barnabé, soit non seulement d'occuper l'espace de façon créative, mais aussi de le révéler.

Ces deux artistes participent cet été aux Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie. Léna Mill-Reuillard exposera, dès la mi-juillet et jusqu'au 30 septembre, dans le parc national de la Gaspésie son installation vidéo Machinari, pour laquelle elle a remporté un Prix du Conseil des arts et des lettres du Québec l'an dernier. De son côté, Sara A. Tremblay exposera à Carleton-sur-Mer avec Jean-François Hamelin un travail commun, Acharné, Acharné paysage, sur le paysage gaspésien contemporain. Une autre approche de la géographie.

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Géographies recomposées - S'ensevelir, de Sara A. Tremblay et Léna Mill-Reuillard, à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval (1395, boulevard de la Concorde Ouest, Laval), jusqu'au 16 juillet.




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