Une acquisition majeure du MBAM

Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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Nathalie Bondil, directrice générale et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, décrit le modello du Portrait de Louis XIV de Hyacinthe Rigaud que le musée vient d'acquérir. «Ce tableau s'intègre avec pertinence dans notre collection d'art international historique, car Louis XIV a permis à la Nouvelle-France de passer véritablement du stade de comptoir commercial au stade de colonie de peuplement», dit-elle.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Nathalie Bondil, directrice générale du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), a réalisé une grosse prise sur le marché international de l'art ancien avec l'acquisition, au nez et à la barbe des grands musées européens, du tableau (le modello) du peintre Hyacinthe Rigaud à partir duquel fut réalisé, en 1701, le portrait officiel le plus célèbre du roi de France Louis XIV.

«C'est un gros coup», lâche Hilliard T. Goldfarb, conservateur sénior des maîtres anciens au MBAM. En effet. Nathalie Bondil a enregistré un succès majeur en acquérant au nom du musée, en mars dernier, la première esquisse aboutie du portrait de Louis XIV le plus prestigieux.

L'oeuvre était en vente à Maastricht, aux Pays-Bas, à la TEFAF (European Fine Art Fair) - la plus importante foire d'art et d'antiquités au monde - par le galeriste Eric Coatalem, qui l'avait acquise l'an dernier à Paris.

Ce modello a toute une histoire. Le peintre Hyacinthe Rigaud s'est rendu plusieurs fois à Versailles en 1701 pour réaliser ce portrait devenu l'icône royale par excellence de l'Ancien Régime. Le roi alors âgé de 63 ans n'a pas eu à prendre souvent la pose.

«Sa santé n'était pas très bonne, alors Rigaud prit les expressions du visage du roi et fit appel à quelqu'un de plus jeune pour poser», dit Sylvain Cordier, conservateur des arts décoratifs et anciens au MBAM.

Pour ce portrait, le peintre catalan, alors âgé de 42 ans, s'est inspiré du maintien adopté par Charles Ier, roi d'Angleterre, dans une scène de chasse peinte en 1635 par Antoon Van Dyck, peintre flamand que Rigaud admirait beaucoup. Comme pour Charles Ier, l'allure de Louis XIV est statique, symbolisant la stabilité du pouvoir. Le roi est debout, fier, calme et autoritaire, affirmant un règne solide, une monarchie forte.

Modello du Portrait de Louis XIV en grand costume... (Photo fournie par le Musée des beaux-arts de Montréal) - image 2.0

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Modello du Portrait de Louis XIV en grand costume royal, 1701, Hyacinthe Rigaud (1659-1743), huile sur toile, 55 cm x 45 cm, acquis par le MBAM grâce à une série de dons, notamment de W. Bruce C. Bailey en l'honneur du conservateur du musée Hilliard T. Goldfarb.

Photo fournie par le Musée des beaux-arts de Montréal

«Ce tableau exprime l'idée du corps sacré du roi.»

«On retrouve le rendu de l'hermine, le velours, les fleurs de lys, mais l'idée géniale empruntée à Van Dyck, c'est la main du roi, nue, qui touche le sceptre, un des instruments sacrés de la royauté. Avec un usage quasi cinématographique de la lumière qui illumine la main tandis que les autres objets évoquant la monarchie sont dans l'ombre», dit Sylvain Cordier. 

Pourquoi ce modello est-il important?

D'abord, il s'agit d'une oeuvre unique, celle que Rigaud a présentée au roi pour approbation. Le modello est une esquisse achevée ayant pour but de convaincre le client de confier à l'artiste la réalisation de l'oeuvre en grand format. Ce fut le cas. Louis XIV et l'administration des Bâtiments du roi furent satisfaits et, à quelques détails près, le Portrait de Louis XIV en costume de sacre, aujourd'hui au Louvre, fut réalisé par Rigaud en s'inspirant du modello.

Ce portrait de 2,77 m sur 1,94 m devait être donné par le roi à son petit-fils Philippe V, devenu roi d'Espagne, mais Louis XIV conserva la toile pour Versailles. Ce fut le dernier portrait officiel de Louis XIV de son vivant.

Le modèle modello

L'importance du modello est aussi liée au fait que cette pose de Louis XIV en costume d'apparat est devenue une référence. De nombreuses têtes couronnées ont ensuite demandé que leur portrait soit réalisé avec la même attitude. Ce fut notamment le cas de Napoléon.

Le conservateur sénior des maîtres anciens, Hilliard T.... (Photo Martin Chamberland, La Presse) - image 3.0

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Le conservateur sénior des maîtres anciens, Hilliard T. Goldfarb, montre la qualité du modello du Portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud. Le tableau se trouve dans un excellent état de conservation.

Photo Martin Chamberland, La Presse

Cette posture est aussi devenue une représentation de l'absolutisme. Des affichistes et des caricaturistes s'en inspirèrent par la suite. Ce fut le cas de Serge Chapleau quand il caricatura Jacques Parizeau adoptant la même contenance, en 1995, dans La Presse.

Enfin, Jacques Des Rochers, conservateur de l'art québécois et canadien (avant 1945) au MBAM, ajoute que le modello, très bien conservé, est marquant parce qu'il évoque plusieurs pages d'histoire reliant le Canada à la France.

C'est à l'époque de sa réalisation que le Roi-Soleil affermit la présence française au bord du Saint-Laurent en faisant de la Nouvelle-France une province royale. L'année 1701 correspond aussi à la signature du traité de la Grande Paix de Montréal avec 39 nations amérindiennes.

«Ce tableau s'intègre avec pertinence dans notre collection d'art international historique, car Louis XIV a permis à la Nouvelle-France de passer véritablement du stade de comptoir commercial au stade de colonie de peuplement», dit Nathalie Bondil.

Le MBAM ne communique jamais le coût d'acquisition de ses oeuvres. Mme Bondil dit que l'achat a pu se faire à cause d'un marché de l'art ancien moins cher que celui de l'art contemporain. Selon nos informations, le modello était en vente pour un peu de moins de 300 000 euros.

Comment le musée a-t-il pu s'emparer de cette oeuvre d'art exceptionnelle quand on connaît la concurrence qui règne entre les grands musées du monde? «On a été les premiers», répond simplement Mme Bondil.

L'oeuvre est exposée au deuxième étage du Pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein, dans les galeries des écoles française, italienne et anglaise des XVIIe et XVIIIe siècles.




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