Lyne Bastien: le blanc du Nord lui va si bien

L'artiste visuelle Lyne Bastien est descendue du nord... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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L'artiste visuelle Lyne Bastien est descendue du nord de l'Ungava pour présenter Résonances arctiques.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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L'artiste montréalaise Lyne Bastien expose ses dernières oeuvres à la galerie Beaux-arts des Amériques, à Montréal. De bien belles créations inspirées de sa vie parmi les Inuits, dans le nord du Québec, au bord de la baie d'Hudson. Des peintures et des dessins imprégnés également de son espoir de guérison...

En 2014, Lyne Bastien avait présenté son corpus Clair-obscur à Dorval. Une installation, des toiles noires, blanches et beiges, dégageant toutes une pesanteur même si le clair finissait par prendre le pas sur l'obscur. Lyne Bastien venait d'apprendre que son cancer était en rémission.

Deux ans et demi plus tard, elle est descendue du nord de l'Ungava pour présenter Résonances arctiques, une série d'oeuvres bien différente. On y retrouve son goût pour la lumière et se sont ajoutées des références à la culture inuite, sa nouvelle réalité de résidente d'Ivujivik, le village le plus septentrional du Québec, à l'extrémité nord de la péninsule. Un village dont elle est tombée amoureuse.

«Parce que c'est beau! dit-elle. J'ai eu le souffle coupé en voyant Ivujivik. Je viens d'Abitibi alors je me suis retrouvée chez nous. Je voyais des aînés se promener dans le village et je revoyais mes grands-parents. C'est venu me chercher dans les tripes. Dans le Nord, il y a des problèmes, mais y a aussi du beau. Des gens sont passés au travers, ont survécu et ont évolué avec la culture inuite.»

Teintées de cette culture qui n'est pas la sienne, ses nouvelles oeuvres sont atmosphériques, glaciales et géologiques. Ce ciel, cette neige et cette terre auxquels se confronte une population en lutte perpétuelle, contre les éléments, l'isolement et l'altération des repères.

Entre présent et passé

De ses Résonances arctiques, nous avons bien aimé Résonance II, un kayak stylisé, vu du ciel, flottant sur une mer d'un bleu glacial tirant sur le gris foncé. On retrouve ce bleu nordique dans Dormance, son oeuvre la plus récente, une toile acrylique mêlée de sable et apposée sur deux panneaux. Un diptyque mi-abstrait mi-figuratif en écho au flou du Nord, à cheval entre présent et passé, tradition et modernité, immanence et transcendance, fatalité et espoir.

Dans Résonance III, l'artiste a combiné harpon, peigne en ivoire, couteau ulu des femmes inuites, et un aspect de peau de phoque, pour évoquer les traditions locales.

«J'ai voulu les honorer en le faisant d'une manière qui est la mienne. Je n'ai pas voulu m'approprier l'art inuit, mais le réinterpréter avec mon bagage visuel.»

Les oeuvres de sa série Artefact, des acryliques sur papier, sont d'abord des allusions ponctuelles à des objets du quotidien inuit: moyens de transport, outils, parements et cet ovale qu'on trouve partout, autant dans la forme des igloos que dans celle des capuches et des ulus. Dans ces oeuvres, les éléments structuraux font penser à des squelettes («le mien peut-être», dit-elle) ou à des reliques d'objets abandonnés et désintégrés dans la neige.

Techniques mixtes

Lyne Bastien expose aussi des techniques mixtes sur papier, ses Vestiges par exemple, des oeuvres évoquant des réalisations inuites (kayak, habitations, structures diverses) greffées à l'univers gelé. Et sa série Carnet nordique, notamment le numéro II où des formes sombres et des figures géométriques évoquent des phoques sur la banquise.

L'exposition comprend des oeuvres sur papier réalisées à Puvirnituq, un village plus au sud où elle a résidé en 2014-2015. Ces dessins sont les seuls où l'on sent une présence de végétation.

Lyne Bastien enseigne la gravure, à Ivujivik, à des artistes adultes, notamment le renommé Mattiusi Iyaituk dont des oeuvres appartiennent à des musées canadiens. Mais aussi à de jeunes Inuits explorant l'art contemporain.

«Ce sont de beaux défis, à la fois pour moi et pour eux, dit-elle. Dans le Nord, je vis pleinement ma vie d'artiste tout en partageant des choses avec la communauté et un paysage extraordinaire. Chaque jour, je marche au bord de la baie d'Hudson et je fais une prière. Je remercie Dieu, le ciel et la Terre de m'avoir amenée dans ce lieu magnifique. Et je n'en reviens pas d'être là.» 

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À la galerie Beaux-arts des Amériques (3944, rue Saint-Denis, Montréal), jusqu'au 14 janvier.




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