Jacynthe Carrier: confrontations au paysage

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L'artiste de Québec Jacynthe Carrier est en solo à la galerie antoine ertaskiran jusqu'au 23 décembre avec la présentation de brise glace soleil blanc, une expo qui découle d'un travail vidéo et photographique réalisé dans le Bas-Saint-Laurent.

Dans le prolongement de ses corpus précédents, notamment son Parcours en 2012, Jacynthe Carrier évoque encore et toujours l'appropriation de notre environnement dans brise glace soleil blanc. Avec une même théâtralité, un même soin dans la mise en scène (plus épurée) et ses mêmes chorégraphies de corps communiquant avec les éléments. 

La quinzaine de photos (en noir et blanc et en couleurs) et la vidéo résultent d'un travail exécuté sur une période d'un an et demi. La double projection (deux écrans juxtaposés) de BRISE GLACE SOLEIL BLANC montre des personnages, hommes et femmes, en dialogue avec ce qui les entoure. Un mur blanc, une paroi rocheuse, une grève. Des dialogues corps-paysages filmés par l'artiste de 34 ans à Rivière-Ouelle, un lieu qui lui est cher au bord du fleuve Saint-Laurent, dans la région de Kamouraska. 

«J'ai tourné durant l'hiver 2015 et j'y suis retournée en août dernier. Je m'intéressais aux deux états, hiver et été. Un paysage très froid, très figé qui, ensuite, acquiert fluidité et chaleur tout en conservant une certaine aridité. Je voulais voir comment tout cela communique et devient un seul lieu.» 

Montage dynamique

Dans la vidéo «estivale», les mains travaillent la nature, la palpent, la frappent, la lissent, la confrontent. L'hiver, elles agissent de la même façon sur les murs blancs d'une construction temporaire. Le montage du film est dynamique. Images serrées ou plans larges. Le vent, l'eau, les glaces, la lumière, les surfaces. On assiste à un langage corporel (mains, pieds, regard), une tentative de domination, une tension. 

Il y a marquage du paysage et en même temps écoute de cet alter ego de l'existence qui définit, colore notre identité comme le terroir donne son goût au vin.

#8 de la suite brise glace, #2 de... (Photo Ivanoh Demers, La Presse) - image 2.0

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#8 de la suite brise glace, #2 de la suite soleil blanc et #9 de la suite brise glace, 2016, Jacynthe Carrier, impressions jet d'encre Hahnemülhe Photo Rag, 61 cm x 61 cm, 81 cm x 81 cm et 61 cm x 61 cm.

Photo Ivanoh Demers, La Presse

Le diptyque vidéo de 7 min 50 tourne en boucle dans la petite pièce intime de la galerie. On ne se lasse pas de regarder les images de Carrier. Même si l'émotion n'est pas au rendez-vous, il y a une impression de destin, de recommencement, de cycle perpétuel dans les gestes parfois obsessifs des personnages. Une sorte de condamnation qu'on retrouve dans la photo #4 de la suite brise glace où un Sisyphe pousse en vain un énorme rocher sur la grève. 

L'oeuvre poétique filmée se poursuit avec des photographies accrochées par groupes dans la salle principale de la galerie. Des instantanés de ces échanges entre organique et minéral qu'elle a associés afin d'opérer un autre dialogue voire le développement d'analogies. Comme celle entre le grain photographique de l'impression brise glace soleil blanc et le grain réel du sable dans la photo #8 de la suite brise glace où l'on distingue, en plein été, l'empreinte sur une plage de la glace évaporée. Ou bien l'analogie entre cette empreinte glaciaire et la forme de la tête d'une femme dans #2 de la suite soleil blanc

Ce travail sur le vestige et les réminiscences a quelque chose d'épidermique et rappelle les explorations de Geneviève Cadieux. Pas étonnant quand on sait que la photographe montréalaise a été, pendant trois ans, la directrice de maîtrise de Jacynthe Carrier... 

Empreintes, traces, mémoire, souvenirs. Avec ses récits filmés puis photographiés avec une technique irréprochable, Jacynthe Carrier explore, en occultant la parole, nos sensibilités, nos sensations, nos histoires qui s'écrivent, ensoleillent, blanchissent, se glacent et finissent par se briser. Parlant à notre place, le paysage, lui, est toujours là. En tout cas, pour un certain temps. 

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brise glace soleil blanc, de Jacynthe Carrier, à la galerie antoine ertaskiran (1892, rue Payette, Montréal), jusqu'au 23 décembre, du mardi au samedi, de 10h à 17h.

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