Joan Jonas: un art qui éclaire les dangers

L'artiste visuelle américaine Joan Jonas a été une des... (Photo Marco Campanozzi, la Presse)

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L'artiste visuelle américaine Joan Jonas a été une des premières à associer l'art vidéo à la performance. Elle présente, jusqu'au 18 septembre à la fondation DHC\ART, un survol de ses oeuvres multimédias.

Photo Marco Campanozzi, la Presse

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Joan Jonas a été une pionnière de l'art dans les années 60, l'une des premières à associer la vidéo et la performance. La New-Yorkaise présente un survol de ses oeuvres multimédias jusqu'au 18 septembre à la fondation DHC/ART. Une première au Canada, à ne pas rater cet été...

Difficile de résumer la carrière de Joan Jonas. Elle a touché à tout ou presque depuis 50 ans. Au début très en vogue en Europe, c'est après sa rétrospective de Stuttgart, en 2000, que New York et le Queens Museum of Art l'ont reconnue, elle qui a créé des oeuvres d'intérêt global avant qu'on ne parle de globalisation et abordé le multiculturalisme avant qu'on ne réalise son potentiel...

Dans les années 80, ses films expérimentaux étaient présentés à Montréal, notamment au Festival du nouveau cinéma. Son style alliant arts plastiques, vidéos et performances filmées est complexe. Le curieux y trouve son compte, mais les installations nécessitent une bonne dose de concentration.

Sa dernière création

Le meilleur exemple en est sa dernière création, They Come to Us without a Word, pour le pavillon américain de la 56Biennale de Venise, l'an dernier, et qui évoque la fragilité de la nature. Poétique, elle peut paraître pesante, mais on finit par se laisser porter par les images et autres stimuli.

Dans la première des six salles coordonnées par la commissaire Barbara Klausen, l'oeuvre Bees présente deux vidéos. Des enfants vêtus de blanc dansent telles des abeilles qui butinent. Esthétique, l'oeuvre est faussement ludique. Elle sous-tend un message d'inquiétude, une allusion à la pollution de la planète, aux pesticides et autres engrais qui menacent les abeilles... donc l'espèce humaine.

Comme elle l'avait fait en 2002 avec Lines in the Sand - qui portait sur les choix controversés de George Bush sur l'Irak - Joan Jonas tire la sonnette des aberrations humaines.

«Je travaille avec du contenu et des thèmes sérieux, mais je m'intéresse aussi à la beauté, dit-elle en entrevue. Et au jeu puisqu'il est à la base de la performance et de l'improvisation.»

Dans la deuxième salle, l'installation Wind est faite de cerfs-volants et de vidéos se référant au thème du vent. Elle rappelle son film de 1968, au titre identique, dans lequel des figurants créaient une performance sur une plage enneigée.

L'influence de Laxness

They Come to Us without a Word découle d'une oeuvre précédente, Reanimation, inspirée du roman Under the Glacier de l'Islandais Halldór Laxness qui a lui-même inspiré Ragnar Kjartansson pour ses World Light et Sonorités explosives de la divinité, présentées récemment à Montréal.

Reanimation comprend trois vidéos de paysages norvégiens et une structure métallique qui supporte 80 cristaux dispersant la lumière dans l'espace. Un des beaux moments de l'expo.

À DHC/ART, la compilation d'oeuvres de Jonas résume bien la carrière de cette artiste qui fêtera ses 80 ans le 13 juillet. On ne manquera pas Diaphane, oeuvre que chaque visiteur peut façonner à sa façon. Ou encore Organic Honey (1972-1980) et ses photos floues, tordues, déchirées, performatives en elles-mêmes et qui procèdent d'une démarche au cours de laquelle Joan Jonas enregistrait sa performance et la diffusait en direct. Pour multiplier les points de vue et exprimer cette liberté qu'elle n'arrêtera jamais d'exploiter. 

«Les gens feront toujours de l'art, dit-elle à La Presse. Le marché ne nous contrôlera jamais totalement. Avec les technologies, les possibilités sont si nombreuses. Quand je vois ce que fait un artiste comme Ed Atkins, c'est tellement intéressant. Il faut être optimiste, il y a encore beaucoup à faire.»

Joan Jonas a toujours regardé vers l'avenir. Elle n'a jamais voulu revisiter ses performances. Elle a toujours préféré ajouter un étage à son ouvrage artistique qu'elle érige un peu comme un phare. Comme une lumière qui, sans aveugler, prévient le voyageur des écueils qui se dressent sur sa route. 

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From Away, de Joan Jonas, à la fondation DHC/ART (451 et 465, rue Saint-Jean, Montréal), jusqu'au 18 septembre. À noter que les 20, 21 et 22 juin, une série gratuite de performances, projections et échanges a lieu à la fondation DHC/ART. Infos à www.dhc-art.org.

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