Mathieu Lefèvre: génial artiste trop tôt parti

Mathieu Lefèvre (1981-2011) avec une oeuvre de Mathieu... (Photo Vinh Truong, fournie par le Centre Clark)

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Mathieu Lefèvre (1981-2011) avec une oeuvre de Mathieu Latulippe (Land Art), en 2009.

Photo Vinh Truong, fournie par le Centre Clark

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Artiste canadien extrêmement prometteur, Mathieu Lefèvre est mort accidentellement en 2011. Ses amis, sa famille et le Centre Clark rendent hommage à son talent, à son irrévérence et à sa grande créativité avec une rétrospective à la fois drôle, émouvante et foisonnante.

Les trois commissaires de la rétrospective consacrée actuellement... (Photo Paul Litherland, fournie par le Centre Clark) - image 1.0

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Les trois commissaires de la rétrospective consacrée actuellement à l’artiste Mathieu Lefèvre au Centre Clark : de gauche à droite, Manon Tourigny, coordonnatrice à l’administration au Centre Clark, Roxanne Arsenault, coordonnatrice à la programmation du même centre, et Nicolas Mavrikakis, critique d’art, professeur et artiste.

Photo Paul Litherland, fournie par le Centre Clark

Mathieu Lefèvre aura eu une carrière artistique courte mais fructueuse, malheureusement brisée, une nuit d'octobre 2011, dans le quartier de Williamsburg, à Brooklyn, par un camion qui l'a happé alors qu'il circulait à bicyclette.

Né à Edmonton en 1981, Mathieu Lefèvre avait fait sa marque parmi les jeunes artistes diplômés de l'Université du Québec à Montréal avec des oeuvres cyniques, engagées et humoristiques. Aimant la dérision, se gaussant des codes académiques, il s'interrogeait en permanence sur la raison d'être de l'art, sur son potentiel et sur son rôle.

À sa mort, il était installé à New York ; il avait à son actif une vingtaine d'expos solos, notamment à la galerie Division qui le représentait, et une trentaine d'événements collectifs. Depuis sa disparition, ses amis avaient hâte de voir rassemblées un certain nombre de ses créations en une sorte d'hommage posthume.

La rétrospective présentée au Centre Clark est un commissariat de Nicolas Mavrikakis, Roxanne Arsenault, Manon Tourigny... et Mathieu Lefèvre, « grâce à une intervention médiumnique » !

L'hommage à ce génie de l'art parti trop tôt n'est pas larmoyant. Au contraire. Il y a beaucoup d'humour dans cette expo. À commencer par cette idée de filmer une médium en train de converser avec un Mathieu Lefèvre qu'elle seule entend !

C'est Mathieu Lefèvre, d'ailleurs, qui a donné le titre de l'expo : « Make it big ! », a-t-il dit à la médium Mimi Bonhomme, avec un humour que ses amis ont de suite reconnu.

À l'entrée du Centre Clark, on s'installe dans une petite cabane en bois pour écouter cette conversation entre l'artiste et la médium. Sous la cabane, dans une vitrine, est posée une urne avec une partie des cendres de Mathieu Lefevre, sa main moulée dans le plâtre et une oeuvre-testament sur laquelle on lit ses dernières volontés : être exposé au Musée d'art contemporain de Montréal, en échange de quoi il lui donnait des oeuvres.

RESPECT ET IRRÉVÉRENCE

Créée comme un parcours, l'expo comprend les deux tiers de la production de Mathieu Lefevre : 60 oeuvres, dont certaines sont déjà renommées pour leur regard contestataire sur l'histoire de l'art. Par exemple, son oeuvre Awesome, une reproduction d'une affiche du tableau Convergence de Jackson Pollock barré du mot awesome écrit en majuscules noires. 

Respect et irrévérence se confrontaient, s'associaient dans l'esprit de cet artiste engagé qui a abondamment usé des mots shit et fuck dans ses oeuvres. On retrouve aussi dans l'expo des photos de ses tatouages créées pour une expo que Nicolas Mavrikakis avait montée chez Joyce Yahouda en 2010.

Des photos qui montrent à quel point Mathieu Lefevre était totalement habité par l'art. Même de façon épidermique.

Et puis, Oil Canvas, une oeuvre tragique sur l'avenir de l'art, sur les avenues de l'art : posée en couches, la peinture y est tellement présente, épaisse, lourde et compactée en sandwich qu'elle s'affaisse et s'écroule à cause de son propre poids, sans aucune toile pour la soutenir.

L'exposition est accompagnée de plusieurs vidéos, d'un ouvrage commémoratif, I Don't Understand Art About Art, élaboré par les parents de Mathieu Lefèvre, et d'une sorte de biographie non autorisée, compilant des souvenirs, des photos et des reproductions des pages de ses carnets de notes et de dessins. Une table ronde sur l'artiste sera organisée le 9 juin, à 18 h, au Centre Clark.

Événement particulier que cette exposition. On en sort ébloui par tant de profondeur, tant de liberté et de soif de créer, mais aussi rempli de regrets, voire de colère, qu'un tel parcours se soit si brutalement et injustement tu. 

« On est tous au bord des larmes », disait Nicolas Mavrikakis le jour du vernissage. « C'est à la fois heavy et drôle parce que c'était un peu lui, ça, dit Roxanne Arsenault, coordonnatrice à la programmation au Centre Clark. On retiendra que Mathieu Lefèvre était un artiste talentueux et d'une grande intégrité. »

Au Centre Clark, jusqu'au 18 juin

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