Panorama sur l'art cubain contemporain

Adam y Eve III, 2015, de Lázaro Herrera... (PHOTO SERGIO VERANES, FOURNIE PAR LA GALERIE AURA)

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Adam y Eve III, 2015, de Lázaro Herrera Ramirez dit Tuty, huile sur toile, 125 cm x 63 cm.

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Créée au printemps dernier par le photographe Sergio Veranes au 2050, rue Crescent, la galerie Aura propose, jusqu'au 15 décembre, Art Cuba, une sélection d'oeuvres d'artistes visuels cubains à la fois émergents et établis. Une exposition de peintures, de photos, de sculptures et de dessins qui ne manque pas d'audace.

Alors que les nouvelles relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis braquent les projecteurs sur l'île des Caraïbes, voici une expo intéressante sur l'art cubain contemporain à la nouvelle galerie d'art Aura. 

Non seulement les oeuvres présentées sont diversifiées, mais elles laissent percevoir la soif de liberté de mouvement et d'expression des artistes cubains. Ce désir est d'ailleurs illustré par l'affaire Danilo Maldonado. Ce graffiteur de 32 ans connu sous le nom d'«El Sexto» a été libéré mardi. Il a passé 10 mois dans les prisons cubaines pour avoir voulu lâcher dans un parc deux cochons peints en vert et sur le dos desquels El Sexto avait écrit les prénoms Raúl et Fidel...

Pedro Luis Cuellar

La même audace artistique habite le jeune Pedro Luis Cuellar, dont la galerie présente trois sculptures magnifiques.

Des oeuvres gracieuses et fines en acier soudé et bois de la part de Pedro Luis Cuellar, artiste et designer de seulement 21 ans, qui a fait sensation lors de la dernière Biennale de La Havane, l'été dernier. 

Des oeuvres expressives et sans détour, notamment El voluntario (Le volontaire), de 2014. Un homme (dont la tête est un écrou) semble accepter d'être emporté par un hameçon géant. Pour quitter le territoire? Il y a bien des interprétations...

Avec la sculpture Mi Patria, l'homme d'acier a une partie de son corps dans une cage d'oiseau et marche en emportant sa cage. 

L'exposition présente aussi des oeuvres de Carlos Quintana, notamment son Ledozma Panama, une aquarelle et fusain à la fois primitive et futuriste. De René Portocarrero, décédé en 1985, la galerie expose un Sans titre de 1976. Pas une de ses oeuvres les plus éloquentes, lui qui a peint tant de toiles colorées, all-over, notamment ses milieux urbains foisonnants qui demeurent sa signature. 

Du dessinateur Frank Mujica Chavez, âgé de 30 ans, Sergio Veranes nous propose Bosque, un dessin au graphite d'un paysage boisé minimaliste qui transmet une atmosphère de mystère et de dénuement.

Érotisme abstrait

Nous avons bien aimé les quatre oeuvres mi-figuratives et mi-abstraites du peintre érotique Rubén Rodriguez. Ses corps féminins en mouvement sont peints dans des tons discrets et intimes. Des oeuvres plus poétiques que sensuelles.

Du photographe Adrián Fernandez Milanés, nous avons moyennement apprécié les toiles de sa série Del ser o el parecer (Être ou prétendre). L'artiste l'a réalisée en visitant des maisons cubaines pour y photographier des vases de fleurs artificielles. Un travail documentaire bien réalisé, mais monotone sur une vieille tradition des familles cubaines.

Avec Servando Cabrera Moreno, grand peintre de femmes «habaneras» et de nus masculins, on est resté un peu sur notre faim devant l'aquarelle sur papier Mujer con Flores, de 1981, année de son décès. L'oeuvre est une pâle redondance de sa Julieta de 1973, les deux visages féminins rappelant le profil de la danseuse cubaine Alicia Alonso. Une oeuvre en tout cas qui dénote moins de puissance que les portraits flamboyants qu'il a réalisés tout au long de sa vie.

Le génial Tuty

Nous avons adoré deux oeuvres du talentueux Lazaro Herrera Ramirez, dit Tuty.

D'abord Adam y Eve III, une peinture d'inspiration surréaliste créée cette année. Nu et couché sur des pâquerettes, Adam regarde les mains de Dieu déposer Ève sur Terre. Une des plus belles oeuvres de cette exposition.

Et puis une toile de sa jeunesse, En la aula, qui date de 1995. La peinture, très forte, rappelle des oeuvres cubistes de Braque ou Picasso. Il semble qu'elle évoque le désengagement russe à Cuba à la suite de la chute du mur de Berlin: des Cubains nus et désemparés regardent le soleil se coucher sur une toile. Tuty est un des grands artistes de l'île cubaine.

Dans le même style engagé, la photographie Entramado d'Alfredo Sarabia est fascinante. L'image montre l'intérieur d'un édifice. Les drapeaux cubain et soviétique sont peints sur un mur délabré sur lequel courent dans tous les sens des dizaines de fils électriques.

«Entramado» signifie «encadré», mais aussi «complot». Une critique de l'artiste de l'état de délabrement des services publics cubains. Cette photo est encadrée et ce cadre, dans lequel on peut connecter un téléphone ou une tablette, est branché à une prise de courant de la salle d'exposition. Histoire de brancher le visiteur sur la vision de Sarabia sur la réalité cubaine. Un mandat que remplit pleinement cette exposition.

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À la galerie Aura (2050, rue Crescent), jusqu'au 15 décembre.

Avec 202 497 visiteurs, Métamorphoses: dans le secret... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE) - image 2.0

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Avec 202 497 visiteurs, Métamorphoses: dans le secret de l'atelier de Rodin, présentée cet été au Musée des beaux-arts de Montréal, devient la quatrième exposition la plus visitée du musée de la rue Sherbrooke.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

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À Kraljevo, en Serbie, jusqu'au 30 mars.

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