Le street art à l'assaut des murs de Kiev

Un enfant jetant en l'air des avions en papier, le portrait d'un manifestant... (PHOTO AFP)

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Olga Shylenko
Agence France-Presse
Kiev

Un enfant jetant en l'air des avions en papier, le portrait d'un manifestant tué sur le Maïdan ou encore celui d'une célèbre poétesse ukrainienne: le street art est partout à Kiev, où des fresques gigantesques recouvrent les murs de la capitale, souvent porteuses d'un message politique.

L'un des plus célèbres artistes de cette tendance, reflet du nouveau souffle qui porte la ville après les heures noires de la répression sanglante du mouvement de contestation de Maïdan début 2014, est Oleksandre Korban, un ancien mineur originaire de Kirovske dans la région de Donetsk.

Le jeune homme de 28 ans a fui sa ville natale, aujourd'hui aux mains des séparatistes prorusses, et le conflit dans l'est rebelle de l'Ukraine qui a fait plus de 8000 morts depuis son déclenchement en avril 2014.

Sa fresque, qui représente un petit garçon jouant avec des avions en papier, est dédiée à Lev, le fils d'un couple d'amis qui l'a aidé en ces «temps difficiles» à trouver refuge dans la capitale, raconte-t-il. «Lorsque j'ai eu l'idée d'un garçon avec des avions en papier, ma première pensée est allée vers Lev», dit-il.

L'artiste a travaillé pendant cinq ans comme mineur dans le bassin houiller du Donbass avant de fuir la guerre. Le street art n'était alors qu'un hobby pour lui, mais certains de ses graffitis sont encore visibles dans la région.

Des oeuvres politiques

En à peine un an, le street art a explosé à Kiev avec l'apparition sur les murs de dizaines d'oeuvres créées aussi bien par des artistes ukrainiens qu'étrangers. L'Australien Guido Van Helten a ainsi peint un portrait de la poétesse ukrainienne Lessia Oukraïnka (1871-1913), alors que l'Espagnol Zosen Bandido a dessiné des créatures mythiques inspirées du folklore ukrainien.

La plupart de ces travaux portent ouvertement un message politique.

L'artiste ukrainien Oleksi Bordoussov a ainsi créé une fresque murale intitulée Le Saint Georges ukrainien, qui représente un personnage en tenue de cosaque avec une tête de faucon, un emblème national en Ukraine, chassant un serpent à deux têtes. Le serpent symbolise la double menace qui émane de la Russie, accusée de soutenir les séparatistes prorusses, et des pays occidentaux membres de l'Otan.

«Mon idée, c'est que l'Ukraine est devenue un terrain de marchandage dans le jeu géopolitique de l'Ouest et de l'Est», explique-t-il.

«Lorsque des milliers de personnes meurent dans ton pays, tu ne peux pas prétendre que rien ne s'y passe et créer quelque chose qui ne reflète pas la réalité», ajoute-t-il.

D'autres ont pris pour thème le Maïdan, ce mouvement de contestation fin 2013-début 2014 qui avait abouti au renversement du régime prorusse de l'ex-président Viktor Ianoukovitch.

L'Argentin Franco Fasoli a ainsi peint une personne arborant un drapeau ukrainien et entourée de cocktails Molotov et d'hommes encagoulés.

Le Portugais Alexandre Farto a lui représenté le premier mort par balles de la contestation, Serhi Nigoïan.

«Style européen»

Ces oeuvres ne sont que les premières d'une longue liste à venir.

Plusieurs artistes ont notamment lancé «Le projet d'art de la ville», qui a pour but de créer une zone artistique dans le centre-ville et est en quête d'investisseurs et d'artistes.

Les autorités municipales et la plupart des habitants soutiennent cette tendance. «Lors des travaux sur l'une des dernières fresques, les résidents de l'immeuble ont apporté du thé et des gâteaux», raconte Geo Leros, l'un des initiateurs de ce projet.

L'Espagnol Bandido affirme de son côté que les habitants ont adoré son oeuvre et qu'un directeur de jardin d'enfants lui a même demandé de repeindre les murs de l'établissement.

«Il y a des gens qui ont de l'énergie et qui essayent d'ouvrir de plus en plus cette ville et cette culture au monde», dit-il à l'AFP.

Mais certains y restent bien entendu opposés, admet M. Leros.

«Lorsqu'on travaillait sur la fresque de Lessia Oukraïnka, une vielle dame de l'immeuble est venue voir l'artiste et a commencé à crier qu'elle n'autoriserait qu'un portait de Lénine sur sa maison», raconte-t-il.

Malgré cela, le street-art devient un élément incontournable de la capitale et, depuis le mois d'août, les balades à vélo pour touristes incluent un passage devant les oeuvres.

«Ces nouveaux objets d'art vont parfaitement bien avec le nouveau style moderne et européen de la ville», estime, conquis, le maire Vitali Klitschko.

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