Le survenant au lac Saint-Pierre

L'exposition Germaine Guèvremont et le Survenant explore l'univers... (PHOTO ÉTIENNE BOUCHER-CAZABON, FOURNIE PAR LE BIOPHARE)

Agrandir

L'exposition Germaine Guèvremont et le Survenant explore l'univers romanesque de Germaine Guèvremont et ses quelques expériences journalistiques.

PHOTO ÉTIENNE BOUCHER-CAZABON, FOURNIE PAR LE BIOPHARE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Musée situé à Sorel-Tracy, le Biophare est consacré à la réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre. Mais jusqu'à la fin de l'année, il présente, en plus de ses expos permanentes, une exposition très fournie sur la romancière et Sorelloise d'adoption Germaine Guèvremont et son célèbre roman Le survenant. La Presse a visité ces expositions...

Incarnation du Québec moderne

La journaliste et romancière Germaine Guèvremont (1893-1968) a écrit, avec Le survenant, un grand classique de la littérature québécoise. L'exposition que lui consacre le Biophare de Sorel-Tracy montre combien ce roman préfigure l'éveil d'un peuple qui amorçait son épanouissement.

«Chacun de nous porte en soi un Survenant. C'est l'évasion, c'est tout ce qu'on voudrait faire et qu'on n'accomplit pas», a dit Germaine Guèvremont.

Le survenant a marqué plusieurs générations de Québécois. Sans doute parce que la figure du «Grand-dieu-des-routes» représente encore et toujours cette soif de liberté qui s'exprime en chacun de nous et ce désir d'émancipation des Québécois francophones qui commença à se dessiner bien avant la Révolution tranquille.

Publié en 1945, le roman de Germaine Guèvremont a été adapté à la radio de 1947 à 1955 puis à la télévision de Radio-Canada de 1954 à 1960. Plus récemment, en 2005, le cinéma s'est emparé de l'histoire avec le film d'Érik Canuel.

Construite par modules sous le commissariat d'Anne-Marie Dulude, chargée de projets au Biophare, l'exposition Germaine Guèvremont et le Survenant est présentée en français et en anglais. Elle explore la vie et la carrière autant journalistique que littéraire de Germaine Guèvremont. 

De Saint-Jérôme à Sorel

Née à Saint-Jérôme, la romancière a contribué à faire connaître la région de Sorel à la suite de son mariage avec Hyacinthe Guèvremont, un Sorelois travaillant aux douanes. La jeunesse de l'écrivaine est illustrée dans l'exposition au moyen de photos obtenues grâce à Eliza Gentiletti et Michel Poulos, deux petits-enfants de Germaine Guèvremont. 

On apprend que la maison de ses parents a brûlé le soir de sa naissance. Ses parents étaient des intellectuels. Son père, Joseph-Jérôme Grignon, était un avocat amoureux de l'écriture qui aimait pêcher, mais qui revenait avec plus de poèmes pour sa blonde que de poissons! Sa mère, Valentine Labelle (même famille que le fameux curé Labelle), était peintre et progressiste. Son cousin, Claude-Henri Grignon, est l'auteur du roman Un homme et son péché, et donc le géniteur de Séraphin Poudrier.

Le journaliste norvégien

Anne-Marie Dulude présente les rencontres marquantes de Germaine Guèvremont, notamment celle d'un journaliste norvégien qui s'installa au Canada et lui fournira quelques traits de caractère du personnage du Survenant. Elle évoque aussi les études de la romancière à Toronto, puis sa rencontre avec son futur mari et leur installation à Sorel. 

«Elle a eu le coup de foudre pour le lac Saint-Pierre et ses îles et cela a nourri son oeuvre», raconte Anne-Marie Dulude.

On découvre ses années de journalisme à partir de 1928, notamment comme correspondante pour The Gazette. Elle tâte de la dramaturgie avec une petite pièce, Une grosse nouvelle, qui sera jouée à Montréal en 1939 puis transformée en nouvelle et publiée dans l'Almanach du peuple.

L'expo présente un exemplaire du recueil de nouvelles En pleine terre, le premier livre de Germaine Guèvremont sur la paysannerie, un ouvrage de 1942 qui ouvre la voie au Survenant. C'est le critique littéraire Alfred DesRochers (père de Clémence DesRochers) qui va pousser Germaine Guèvremont à écrire son premier roman.

Édition à compte d'auteur

Le survenant est édité à 3000 exemplaires, en 1945, à compte d'auteur. L'expo présente l'exemplaire du Survenant qui appartenait à son auteure ainsi que l'édition française publiée chez Plon en 1946 et les diplômes de doctorat honoris causa que Germaine Guèvremont a obtenus de la part de l'Université Laval en 1952 et de l'Université d'Ottawa en 1960.

Des articles de l'époque parlent de ses succès et l'on peut lire également quelques-unes des nombreuses lettres qu'elle a adressées à Alfred DesRochers, notamment celle qu'elle lui a écrite quand elle a reçu son exemplaire du Survenant.

Une femme moderne

Un panneau présente ses articles, notamment dans Châtelaine en 1967 ou dans le supplément Perspectives de La Presse, le 12 mai 1962, dans lequel elle raconte que lorsqu'elle était jeune, ses parents cachaient les livres... puisqu'elle était une femme. Elle écrit alors (en 1962) combien les choses ont changé. 

«La femme moderne a plus d'initiatives qu'avant. Elle peut prendre des décisions plus rapidement. Elle est passée de l'économie paysanne à la libéralité moderne [...] Les hommes aussi ont changé. Un jour, j'avais 11 ans, je crois, j'avais mis un pantalon. En me voyant, mon père m'apostropha: "Ôte cela tout de suite, il n'y aura pas de George Sand dans ma famille!"» - Extrait d'un article dans La Presse

L'exposition contient également une oeuvre que le Biophare a commandée à l'artiste visuelle Julie Lambert sur son interprétation du Survenant. Peinte et gravée sur six panneaux, l'oeuvre porte sur le monde des hommes, celui des femmes, la lignée des Beauchemin, le Survenant et l'éternel duel entre l'amour et la liberté.

La série télé

La deuxième partie de l'expo est consacrée à la série télévisée Le survenant des années 50. Elle comprend le costume en cuir qu'a porté Jean Coutu dans la série et présente les neuf principaux personnages de l'histoire avec des photos de scène de comédiens tels que Marjolaine Hébert (Bedette Salvail), Béatrice Picard (Angélina) ou Suzanne Langlois (Phonsine).

Les jeunes visiteurs peuvent interpréter des bouts de dialogues de la série en utilisant des accessoires. On peut aussi regarder une longue entrevue que le réalisateur Pierre Patry (ONF) avait faite avec Germaine Guèvremont dans son chalet de l'Îlette-au-Pé.

Dans un coin de la salle, le scénographe Mario Bouchard évoque d'ailleurs le temps passé par la romancière dans l'archipel des îles de Sorel, en reconstituant des petites pièces, avec ses propres livres de Colette ou de Balzac, sa machine à écrire, des ouvrages de son oncle et de son père et une vidéo dans laquelle Michel Poulos parle de ses souvenirs avec ses grands-parents.

À la fin de sa vie, Germaine Guèvremont voulait écrire un troisième roman ainsi que ses mémoires, mais le temps lui a manqué. Elle s'est éteinte en 1968, peu après la diffusion à Radio-Canada du téléfilm L'adieu aux îles dont elle avait rédigé le scénario et dans lequel jouait Ovila Légaré.

«Quand l'exposition a été complètement montée, j'ai presque eu un deuil à vivre, car je m'étais attachée au personnage après avoir lu ses oeuvres et beaucoup de publications sur Germaine Guèvremont», commente Anne-Marie Dulude, chargée de projet au Biophare.

L'exposition, qui s'achèvera le 20 décembre, sera ensuite présentée au musée régional de Vaudreuil-Soulanges, du 18 juin au 11 septembre 2016, puis au Musée Louis-Hémon de Péribonka, à la bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec et au Musée de Saint-Boniface, au Manitoba.

______________________________________________________________________________

Germaine Guèvremont et le Survenant, au Biophare, à Sorel-Tracy, jusqu'au 20 décembre.

www.biophare.com

Le Biophare de Sorel-Tracy propose l'exposition L'observatoire du... (PHOTO PHILIPPE MANNING, FOURNIE PAR LE BIOPHARE) - image 2.0

Agrandir

Le Biophare de Sorel-Tracy propose l'exposition L'observatoire du lac Saint-Pierre qui présente la faune, la flore et l'histoire de l'archipel du lac Saint-Pierre, territoire reconnu en 2000 par l'Unesco comme réserve mondiale de la biosphère.

PHOTO PHILIPPE MANNING, FOURNIE PAR LE BIOPHARE

Histoire et nature

Au coeur d'une ville au passé industriel et tout près d'un archipel unique, le Biophare présente des expositions permanentes sur l'effort de guerre à Sorel-Tracy et sur la faune.

L'EFFORT DE GUERRE À SOREL

L'exposition L'appel du large rend hommage aux quelque 8000 travailleurs et travailleuses de la région de Sorel qui ont participé à l'effort de guerre, dans les années 40, notamment ceux qui oeuvraient chez Marine Industries Limited et Sorel Industries Limited. 

À Sorel, durant la Seconde Guerre mondiale, la plupart des familles avaient un de leurs membres qui travaillait à la fabrication d'armements, notamment de canons, et de bateaux de guerre. L'effort de guerre était créateur d'emplois et les chantiers navals des frères Simard n'ont pas manqué de travail à cette époque.

C'est cette contribution pour vaincre l'ennemi nazi que bien des familles soreloises ont fournie que le Biophare décrit sur plusieurs murs de l'institution muséale de Sorel-Tracy.

Provenant de la Société historique Pierre-de-Saurel, les photos donnent une idée de l'ampleur du chantier naval des frères Simard à cette époque. L'industrie locale donnait alors du travail à 7000 personnes, jour et nuit. Été comme hiver.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une cinquantaine de navires ont été construits à Sorel-Tracy, dont 30 cargos de 10 000 tonnes, 11 corvettes, 4 balayeurs de mines et 3 pétroliers de 3600 tonnes. Une photo aérienne de 1942 donne une idée de l'importance de la tâche au bord de la rivière Richelieu. Pas moins de huit cargos sont en construction simultanément sur une ancienne terre agricole.

On voit les machinistes au travail, les soudeurs et autres ouvriers qui, souvent, ont dû subir une formation en accéléré pour pouvoir créer les pièces d'armement ou les haut-parleurs des navires de guerre, le plus rapidement possible. 

L'exposition mise en scène par Mario Bouchard comprend un grand nombre de photographies d'archives et des témoignages vidéos d'anciens employés. Des peintures scéniques réalisées par Marie-Claude Pion et du mobilier construit par Jacques DeGrandpré recréent l'atmosphère de l'époque. 

Les murs sont peints pour rappeler la coque des bateaux et les peintres scéniques ont même imité la rouille, les poutres et le béton pour donner à l'exposition un aspect très réaliste tout en étant un voyage vers le passé. 

On peut en apprendre plus sur les entrepreneurs de Marine Industries, les trois frères Simard, Ludger, Joseph et Édouard. Des industriels originaires de Baie-Saint-Paul et dont le goût pour la navigation venait de leur père, Joseph, qui avait pourtant tenté de les dissuader de choisir cette voie! 

Voyez l'exposition en ligne: appeldularge.com

LE PRÉCIEUX LAC SAINT-PIERRE

Situé entre Sorel et Trois-Rivières, l'archipel du lac Saint-Pierre a été reconnu en 2000 par l'UNESCO en tant que réserve mondiale de la biosphère. Pour mieux connaître la richesse de cet environnement, le musée Biophare de Sorel-Tracy propose l'exposition L'observatoire du lac Saint-Pierre qui présente la faune, la flore et l'histoire locales.

Si l'UNESCO a signifié officiellement le caractère précieux des 32 km de long du lac Saint-Pierre, cela ne signifie pas pour autant qu'il soit préservé de toute pollution humaine. L'archipel se trouve à la confluence d'un secteur industriel important et d'intenses exploitations agricoles. S'il y a eu un éveil des consciences depuis quelques décennies pour préserver cet environnement, cette lutte est un combat de chaque jour, selon Anne-Marie Dulude, biologiste et chargée de projets au Biophare. 

«Le territoire est affecté par plusieurs utilisations telles que la pêche commerciale, la pêche sportive, la navigation fluviale, la chasse ou encore les aménagements des centres d'interprétation.»

Au début de l'exposition, on présente ainsi de grandes photographies des milieux humides (marais et marécages) caractérisés par une grande diversité biologique. Un milieu riche, mais fragile à cause du chenal de navigation - qui traverse le lac Saint-Pierre en son centre -, mais aussi à cause des déjections provenant des terres agricoles. 

«Il y a eu des améliorations, des agriculteurs ont changé leurs pratiques, mais il y a encore des pesticides déversés dans le lac, surtout en provenance de la rivière Yamaska, et c'est ce qui crée les dommages dans l'archipel, dit Anne-Marie Dulude. Alors, on travaille pour faire en sorte de faire reboiser les terres riveraines.»

L'expo montre également de grandes photographies d'oiseaux (notamment les grands hérons), de la végétation environnante, des nombreuses îles de ce territoire, des chaloupes de chasseurs au canard et de la cité de Sorel-Tracy pour mieux comprendre la réalité régionale.

Le tout est complété avec des artefacts issus de fouilles archéologiques locales qui ont retracé un établissement d'Iroquoiens du Saint-Laurent. Une autre salle est consacrée à la présence française puis britannique et même allemande dans la région aux XVIIe et XVIIIe siècles. 

Le visiteur pénètre ensuite dans une autre section en ayant l'impression d'arriver sous un de ces chalets riverains du lac Saint-Pierre construits sur pilotis. En fait, le Biophare a voulu recréer l'atmosphère des inondations printanières dans cette région, notamment sur l'île d'Embarras ou «île des Beauchemin» qui a tant inspiré Geneviève Guèvremont pour son roman Le survenant

Après les photos d'inondations, une immense maquette circulaire reproduit le lac Saint-Pierre, ses rives, ses îles et ses marécages. On aperçoit l'autoroute 40, le chemin du Roy, les rivières Saint-François et Yamaska et l'importance des terres agricoles par rapport aux espaces forestiers très circonscrits. Des boutons permettent aux visiteurs de situer le chalet de la famille Guèvremont, les trois derniers pâturages communaux et les villes de Sorel, Yamachiche, Louiseville, Nicolet et Trois-Rivières.

Un espace fait état des recherches scientifiques qui ont été faites par le Biophare et l'Université de Montréal sur la qualité, la transparence et la constitution des eaux du lac à la suite de prélèvements. Une vidéo permet de voir la grande richesse des animaux aquatiques, notamment l'existence de minuscules acariens vivant sous l'eau. «L'idée, dans cette partie, était de rendre accessible aux gens des informations sur ce qu'il se passe sous la surface de l'eau et ce qui sert de nourriture aux poissons», dit Anne-Marie Dulude.

Le site internet du Biophare (www.biophare.com) propose également cinq expositions virtuelles accessibles à tous, dont quatre sur la biosphère.

Le survol du lac Saint-Pierre présente beaucoup d'informations sur la faune, la flore et les interventions humaines.

Histoires d'îles raconte le processus qui a amené l'UNESCO à accorder au lac Saint-Pierre le statut de réserve mondiale de la biosphère.

Eaux-de-vies est une présentation sur la vie subaquatique du Saint-Laurent et du lac Saint-Pierre.

L'humain au coeur du lac Saint-Pierre est un portrait détaillé de l'activité humaine exercée sur cet environnement.

____________________________________________________________________________

Consultez les expositions virtuelles du Biophare: biophare.com

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer