Une première oeuvre de la collection Gurlitt vendue aux enchères

Pour la première fois, un tableau issu de la collection de Cornelius Gurlitt,... (PHOTO WOLF HEIDER-SAWALL, AFP/ART RECOVERY)

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Ruth HOLMES
Agence France-Presse

Pour la première fois, un tableau issu de la collection de Cornelius Gurlitt, l'octogénaire allemand qui vivait reclus avec des milliers d'oeuvres amassées sous le Troisième Reich, a été vendu aux enchères mercredi soir à Londres.

«Deux cavaliers à la plage», un tableau de Max Liebermann datant de 1901, a été adjugé pour 1,865 million de livres (3,62 millions de dollars) lors d'une vente organisée par la maison d'enchères Sotheby's. L'oeuvre a pulvérisé l'estimation initiale, qui était de 550 000 livres (1,07 millions).

Cette toile de Liebermann est l'un des quelque 1600 tableaux, parmi lesquelles des oeuvres de Picasso, Manet et Chagall, trouvés en 2012 dans l'appartement munichois de Cornelius Gurlitt et dans sa villa de Salzbourg.

Décédé en mai 2014, Gurlitt tenait ce trésor de son père, le marchand d'art Hildebrand Gurlitt, qui s'était fait la spécialité de racheter à bon prix des oeuvres à des familles juives aux abois.

De nombreuses oeuvres dénoncées par les nazis comme de «l'art dégénéré» avaient également été décrochées des musées allemands et vendues légalement par le Reich.

En mars 2014, un des héritiers légitimes, l'Américain David Toren, âgé aujourd'hui de 90 ans, avait porté plainte à Washington contre l'Allemagne et la Bavière pour demander la restitution immédiate du tableau. L'oeuvre avait appartenu à son grand-oncle David Friedmann jusqu'à ce que ce dernier doive renoncer à ses biens en faveur des nazis.

David Toren avait 13 ans en 1938 lorsqu'il a vu le tableau pour la dernière fois, accroché aux murs de la maison de Breslau de son riche grand-oncle, avant que ses parents ne le mettent dans un train pour la Suède.

Alors que presque toute sa famille a été tuée par les nazis, David Toren, qui a émigré en 1956 aux Etats-Unis, a fini par récupérer le tableau au mois de mai. «C'est comme une deuxième victoire sur les nazis», confiait-il alors au quotidien britannique The Guardian.

Mais le nonagénaire ne peut plus admirer le tableau comme à l'époque puisqu'il est aujourd'hui aveugle.

Mettre «Deux cavaliers à la plage» en vente a été une «décision douloureuse» mais «inévitable» puisqu'il est «impossible de couper le tableau en plusieurs parties» afin de le partager entre les héritiers, a déclaré David Toren.

«Un processus très long»

«Lorsqu'on a reçu le tableau, il était très sale. On pouvait voir qu'il avait été laissé à l'abandon. Cornelius Gurlitt avait beaucoup de choses qui étaient simplement stockées quelque part dans sa maison, derrière des armoires ou sous des lits», a souligné Bernhard Brandstaetter, le directeur de Sotheby's.

M. Brandstaetter a souligné la difficulté du travail sur la collection Gurlitt, qui est pour lui «probablement la découverte la plus importante des trente dernières années».

«Le défi est d'établir la provenance de chaque oeuvre de cette collection», a-t-il déclaré. «C'est un processus très long de déterminer d'où un tableau vient, quand il a été acheté et ainsi de suite».

Richard Aronowitz, chef des opérations de restitution de Sotheby's pour l'Europe, a décrit le tableau de Liebermann comme «une scène de grande tranquillité et de joie dans la nature». «Cela contrebalance la grande tristesse et le traumatisme qui marquent l'histoire de cette oeuvre», a-t-il dit.

La vente de mercredi proposait également le «Portrait de Gertrud Loew» de Gustav Klimt. L'oeuvre avait été abandonnée par la femme qui a servi de modèle lorsqu'elle a fui l'Autriche en 1939 après son annexion par l'Allemagne d'Hitler. Estimé à 18 millions de livres, ce portrait a été adjugé à 24,789 millions de livres (48,2 millions).

L'essentiel de la collection Gurlitt a été légué au Musée des Beaux-Arts de Berne. Un accord a par ailleurs été trouvé avant la mort de Cornelius Gurlitt avec l'État allemand concernant 590 oeuvres environ, pour lesquelles les descendants des anciens propriétaires spoliés avaient un an pour se faire connaître et valoir leurs droits.

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