Les maîtres sculpteurs de Côte d'Ivoire sortent de l'anonymat

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Antoine Froidefond
Agence France-Presse
Paris

Ils s'appellent Sra, Uopé ou Tama et l'on venait de très loin pour leur commander un masque. Une exposition au musée du Quai Branly à Paris sur les maîtres-sculpteurs de Côte d'Ivoire bouscule une idée reçue: l'art africain n'est pas toujours anonyme et collectif.

À travers plus de 300 pièces, l'exposition (jusqu'au 26 juillet) présente les oeuvres d'une quarantaine d'artistes, certains identifiés et reconnus, d'autres qu'on ne distingue que par leur style propre, tel le «maître des jolis seins», ou leur village, comme le «maître de Bouaflé».

Ces maîtres appartiennent à six régions artistiques: les Gouro et les Baoulé, les Dan, les Sénoufo, les Lobi et les «peuples lagunaires». Des régions qui débordent les frontières de la Côte d'Ivoire.

«Les artistes Dan sont les plus connus, mais on connaît beaucoup moins bien les maîtres des autres ethnies», souligne Lorenz Homberger, commissaire de l'exposition avec l'ethnologue Eberhard Fischer.

Un des premiers à considérer ces sculpteurs comme des artistes à l'occidentale a été l'ethnologue Hans Himmelheber (disparu en 2003) qui a interrogé douze maîtres Senoufo sur leurs critères de beauté et leur vocabulaire esthétique.

Il a également remarqué de superbes têtes de poulies de métiers à tisser - plusieurs exemples figurent dans l'exposition. «Les tisserands lui avaient dit qu'ils faisaient toute la journée un travail répétitif et qu'il leur fallait quelque chose de beau sous les yeux», explique Lorenz Homberger, ancien conservateur du Museum Rietberg de Zürich.

Immense variété formelle

Chez les Dan, le sculpteur Sra (mort en 1955) était considéré comme un dieu - son nom d'artiste signifie créateur. Célèbre notamment pour ses figures féminines, «l'une de ses maternités a été donnée au Musée de l'Homme par un gouverneur français (elle fait aujourd'hui partie des collections du musée d'arts et de civilisations non européennes du Quai Branly), et il était très fier d'avoir une oeuvre dans une institution française», raconte Lorenz Homberger.

L'exposition met en valeur l'extraordinaire variété formelle de ces oeuvres, non seulement d'une ethnie à l'autre, mais, au sein de celles-ci, d'un artiste à l'autre.

Dans les masques dont la durée de vie est de vingt ans, d'où leur rareté, les yeux sont traités parfois en creux, ou d'une simple fente dans le visage. Certains sont effilés comme dans certaines sculptures orientales ou au contraire très ronds.

«Selon un proverbe Dan, une femme doit avoir un regard un peu fermé pour voir au-dessus des mauvaises pensées des hommes», dit Lorenz Homberger.

D'un peuple à l'autre, le surnom des maîtres témoigne de cette diversité: maître des volumes arrondis, maître de la coiffure en crête de coq, du dos cambré ou des lunettes...

Pour autant, ces oeuvres n'étaient apparemment pas signées. «On a repéré des traces sur certains masques, mais elles pourraient avoir été faites par leur propriétaire», note M. Homberger, sans exclure que des marques de reconnaissance aient pu échapper aux observateurs occidentaux.

Masques et statuettes sont sculptés à l'aide de simples herminettes, de différente taille, dans des bois qui viennent juste d'être débités. Une section de l'exposition illustre les différentes techniques utilisées par les artistes de cette région d'Afrique: fonte de laiton, tissage, placage à la feuille d'or....

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