Virée des galeries

Maskull Lasserre... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Maskull Lasserre

Photo Ivanoh Demers, La Presse

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Quelles sont les expositions à voir? Nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises!

La sculpture comme une quête

L'artiste montréalais Maskull Lasserre présente sept nouvelles oeuvres à la galerie McClure, des oeuvres fascinantes créées par l'un des artistes canadiens les plus prometteurs sur la scène internationale. Associant art et guerre, art et sport ou art et musique, son imaginaire est sans limites. Une exposition à ne pas manquer.

Il n'est ni sur Facebook ni sur Twitter. Il est dans son atelier. Presque jour et nuit. Maskull Lasserre est un bosseur, un passionné, un chercheur, un inventeur qui forge l'inexploré à partir du bois, de l'acier, du bronze et d'objets recyclés.

Rencontrer Maskull Lasserre est une cure pour la routine de l'esprit. Il arrive les cheveux en broussailles, les bras écorchés et les ongles noirs. Comme s'il venait de quitter sa forge et ses outils. Tout sourire, il répond aux questions avec ce bonheur des artistes qui créent, car ils ne peuvent faire autrement. Il dit ne pas chercher à donner un sens à ses oeuvres. Au visiteur d'en trouver un.

«Je ne crée pas pour prouver quoi que ce soit, mais parce que j'aime apprendre et progresser», dit Maskull Lasserre, qui a hérité des talents complémentaires d'un père scientifique d'origine suisse et d'une mère artiste peintre d'origine sud-africaine. Des parents qui ont baptisé cet aventurier de la sculpture du prénom de Maskull, le héros du roman de science-fiction A Voyage to Arcturus, de l'écrivain écossais David Lindsay.

Petit miracle

Pugilist Forte 1, réalisée entre 2009 et 2014, est une oeuvre d'art élégante. Une création fantastique. Maskull Lasserre a en effet créé de ses mains un instrument à cordes imposant dans lequel la sonorité provient de coups donnés sur un punching bag! L'artiste, qui a déjà fait de la boxe, estime que ce sport est un générateur de musique et de rythmes.

Ayant étudié le piano pendant 14 ans, il insère souvent la musique dans ses oeuvres. D'un séjour avec les militaires canadiens en Afghanistan en 2010, il a ramené bien des idées qui l'on conduit à sculpter plusieurs oeuvres. Notamment six grenades qu'il a forgées et dans lesquelles il a inséré une petite boîte à musique. Les grenades sont comme des caisses de résonance et n'ont joué un air qu'une seule fois avant d'être scellées à une température de forge de 1200 °C.

Cette unicité et cette fugacité - qu'il compare à la vie - ont fasciné Maskull Lasserre qui ajoute que la création de chaque grenade a été un petit miracle.

Il y a souvent une pointe d'humour dans ses oeuvres. Par exemple dans Nothing and Everything, une succession d'outils de levage transportant des petits meubles blancs. Un diable transporte un petit meuble sur lequel un plus petit diable transporte un plus petit meuble, etc. Sept fois!

Autre oeuvre à la fois drôle et tragique, Progress Trap (Chair no 1) est un piège à ours en forme de chaise. Une sculpture effrayante. Heureusement, la mâchoire d'acier ne se refermera pas sur les fesses du visiteur imprudent car l'artiste a neutralisé le piège avec de grosses vis soudées. Ceci dit, la création de la sculpture lui a donné des sueurs froides... quand il a déclenché le système! 

OEuvre qui lui ressemble également, Improbable World est un vieux piano sculpté en le coupant en deux, ne laissant qu'un fragile lien entre les deux parties, un lien sculpté ayant la forme d'un bréchet, cet os de poulet si délicat. Tellement délicat, que lorsqu'il a installé l'oeuvre dans la galerie, le bréchet... a cédé. Une oeuvre magnifique qui porte donc bien son nom. 

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À la galerie McClure, 350, avenue Victoria Jusqu'au 28 mars.

Qui est Maskull Lasserre?

Âgé de 36 ans

Né en Alberta et a grandi en Afrique du Sud

Vit et travaille à Montréal

Baccalauréat de l'Université Mount Allison (beaux-arts et philosophie) en 2001

Maîtrise en beaux-arts de l'Université Concordia en 2009

A exposé au Canada, aux États-Unis et en Europe

A enseigné au California College of Art, l'automne dernier

A créé une oeuvre pour la Monnaie royale canadienne à l'occasion du 100e anniversaire de la déclaration de la Première Guerre mondiale, l'an dernier.

Revient d'une résidence d'artiste au MIT et Harvard où il a frayé avec des chercheurs du génome humain.

Sera en résidence d'artiste en mai au John Michael Kohler Arts Center, au Wisconsin.

Photo de l'installation présentant le film The End... (Photo: Olivier Jean, La Presse) - image 2.0

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Photo de l'installation présentant le film The End in the Background of Hollywood, 2015, d'Aude Moreau. Vidéo HD, couleur, son, 13 min. 31 s.

Photo: Olivier Jean, La Presse

Faire briller le côté blafard

La Galerie de l'UQAM propose l'exposition La nuit politique d'Aude Moreau jusqu'au 11 avril. Des oeuvres préparées depuis sept ans par l'artiste montréalaise qui les montrera par la suite à Paris, Toronto et Luxembourg. Elle présente aussi à la galerie antoine ertaskiran un projet de création réalisé à Manhattan. Deux corpus qui examinent les panoramas nocturnes de New York, Los Angeles, Montréal et Toronto. 

Travailler sur l'atmosphère de l'architecture des villes nord-américaines durant la nuit est une chose. Y mettre son grain de sel avec créativité et un sens du politique ajoute un parfum d'inédit et beaucoup de beauté dans le cas d'Aude Moreau. 

Elle était surtout connue pour ses installations. La voilà qui révèle sa maîtrise de la photographie et de la vidéo. On retrouve à l'UQAM le film Sortir, créé en 2011 à l'occasion de la Nuit blanche et de Montréal en lumière. Un film où l'on voit le mot «sortir» écrit en majuscules sur les derniers étages de la Tour de la Bourse. Et son travelling Reconstruction, présenté au Musée d'art contemporain en 2012, qu'elle avait réalisé sur le fleuve Hudson. Un film qui donne à Manhattan l'allure d'une maquette architecturale.

Mais l'expo présente de belles nouveautés. Regard extérieur sur l'inactivité intérieure de bureaux commerciaux à la veille de Noël, son film en plan fixe Inside (23/12/2014 - Los Angeles, Downtown) nous installe dans la contemplation d'une chorégraphie de l'inaction, d'une microactivité assez banale tandis que gronde le bruit lancinant de la circulation locale. 

Doux, lent et grandiose

Dans une section de l'expo qu'on pourrait intituler «concepts opaques», elle a créé The Last Image, une oeuvre constituée de l'agglomération de chaque dernière image de plusieurs films évoquant la fin du monde. Et reprenant la grande sculpture cubique Die de Tony Smith, elle en a fait une version miniature tout en l'associant à un assemblage de musiques de générique final de films de fin du monde. Pas la partie la plus limpide.

Le segment le plus novateur est celui qu'elle a créé en Californie. Notamment cinq photos de nuit à Los Angeles: un hélicoptère de la police perdu dans le ciel, les célèbres lettres du mot Hollywood, les étoiles du Walk of Fame, une file d'avions en attente d'atterrir et enfin les logos lumineux d'entreprises financières. 

Mais surtout, la pièce maîtresse est son film The End in the Background of Hollywood, qu'elle a tourné en décembre à L.A. Il s'agit d'un film de 13 minutes qui a requis de sa part bien de la patience et de l'obstination puisqu'elle a réussi à filmer la cité du cinéma de nuit à bord d'un hélicoptère piloté par des spécialistes de la production hollywoodienne. 

Cela donne un film spectaculaire projeté sur un très grand écran. Un film doux, lent et grandiose, notamment quand l'hélicoptère passe tranquillement à travers les gratte-ciel du centre-ville avant de se diriger vers Santa Monica. 

LES VRAIES CHOSES INVISIBLES

Une impression de fin du monde comme dans certains films hollywoodiens, appuyée par une bande sonore bien ajustée et les mots THE END apparaissant sur les derniers étages des deux tours jumelles. THE END de quoi? De la vie? Des utopies? Des modèles? Du cinéma traditionnel? D'une Amérique qui s'était crue à l'abri du terrorisme? Possiblement. Le titre La nuit politique nous met sur des pistes. Ce qui brille n'est pas forcément brillant.

La commissaire Louise Déry, qui a produit cette exposition, voyait déjà dans Sortir une allégorie d'un climat international pesant sur la pensée. «Pendant des années, on a cru qu'on pouvait contrôler ou maîtriser les peuples et les citoyens en les maintenant dans l'ignorance; je crois qu'aujourd'hui on fait la même chose en les divertissant, dit-elle. Et pour moi, cet hélicoptère dans l'oeuvre Sortir, qui tourne autour de la Bourse de Montréal et de la circulation des capitaux, c'est une espèce de carrousel sur l'idée de sortir le soir, d'aller au casino, au restaurant, au cinéma, et pendant ce temps-là, on s'étourdit avec une sorte d'illusion tandis que les vraies choses passent à côté de nous sans qu'on les voie.» 

Aude Moreau présente en même temps à la galerie antoine ertaskiran un complément à ce travail, intitulé La ligne bleue. Elle projette en effet de faire éclairer le même étage d'une trentaine de gratte-ciel de New York, soit à 63 mètres du sol, pour figurer la ligne qu'atteindrait le niveau d'eau si toutes les glaces des pôles fondaient. L'exposition comprend ainsi une maquette, des photos, des plans et une simulation du quartier de Manhattan envoyé sur 63 mètres. Une affaire à suivre...

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La nuit politique, à la Galerie de l'UQAM  1400, rue Berri, jusqu'au 11 avril.

La ligne bleue, à la galerie antoine ertaskiran 1892, rue Payette (Griffintown), jusqu'au 18 avril.

Ivanoh Demers... (Photo: Bernard Brault, La Presse) - image 3.0

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Ivanoh Demers

Photo: Bernard Brault, La Presse

La polyvalence du photojournaliste

Le photographe Ivanoh Demers présente à la maison de la culture Frontenac un millier de photos sur le million de clichés qu'il a pris pour le quotidien La Presse entre 2002 et 2015.

L'expo Kadhafi et tarte aux pommes: 1001 facettes du photojournalisme est un bain d'actualité des 14 dernières années, que ce soit sur la scène locale, nationale ou internationale. Elle permet aussi de constater que les photographes de presse ont un travail loin d'être routinier, couvrant autant les arts, la politique, les sports, les drames, les milieux d'affaires, les faits divers que les sujets magazine et les «figures imposées» telles que la prise en studio d'une tarte aux pommes ou de tranches d'ananas rôties!

Parmi les 1001 photos d'Ivanoh Demers, on retrouve surtout des éléments marquants de la vie montréalaise, québécoise et canadienne ainsi que des événements de politique internationale. Le Libyen Mouammar Kadhafi et l'Égyptien Hosni Moubarak en 2005, avant la tourmente du Printemps arabe. 

LE LAID ET LE BEAU

Localement, la couverture de campagnes électorales, les années de pouvoir du maire Gérald Tremblay et du premier ministre Jean Charest, les manifestations dans les rues, le printemps érable et les violences policières, Justin Trudeau quand il arborait une moustache, la chanteuse Marjo sur scène, le mafieux Vito Rizzuto menotté dans une voiture de police ou des photographies des joueurs du Canadien de Montréal en action.

Des photos qui racontent notre vie quotidienne. Les joies et les peines. Le bien et le mal. Le laid et le beau. Avec quelques images de pur bonheur artistique comme ces beaux parapluies verts qui encadrent le sommet d'un édifice moderne ou un bateau voguant sur une mer d'huile. Polyvalence quand tu nous tiens!

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Kadhafi et tarte aux pommes: 1001 facettes du photojournalisme. À la maison de la culture Frontenac (2550, rue Ontario Est), jusqu'au 19 avril.

Les autres expos à voir

> ANNA TORMA ET BALINT ZSAKO

Deux artistes d'origine hongroise. La première vit au Nouveau-Brunswick, l'autre à New York. La première est aussi la mère de l'autre. L'une travaille à l'aiguille, l'autre à l'aquarelle. Excellente idée de les réunir puisque mère et fils utilisent des techniques d'hier pour parler d'aujourd'hui. Dans un cas comme dans l'autre, un travail narratif à découvrir.

À l'Espace Robert Poulin (372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 411), dès demain et jusqu'au 18 avril.

> SARAH BERTRAND-HAMEL, CARA DÉRY ET ÉLISABETH PICARD

Trois jeunes artistes au sein d'une dynamique intitulée États de la matière. La commissaire Catherine Barnabé a réuni des démarches qui utilisent les méthodes traditionnelles du vitrail, de la couture et du maillage, mais qui partagent un même souci du détail, de la minutie. Et chacune possède une façon très personnelle de jouer avec la lumière. 

À la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval (1395, boulevard de la Concorde Ouest), jusqu'au 19 avril.

> LOTO-QUÉBEC N'ACHÈTE PLUS

Loto-Québec suspend ses achats d'oeuvres d'art pendant un an dès le 1er avril. La société d'État, qui a dévoilé des résultats financiers de 257 millions au troisième trimestre, souhaite «revoir certaines choses» à la suite d'une baisse de ses revenus de 5 % depuis un an. En 2014-2015, la société d'État avait consacré plus de 350 000 $ à l'acquisition d'oeuvres d'art. Lancée il y a 35 ans, la collection Loto-Québec compte près de 5000 oeuvres réalisées par 1200 artistes. En 2013, la société avait fermé sa galerie, l'Espace Création.

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