Camouflages au féminin

Kathleen Ritter... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Kathleen Ritter

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Originaire de Vancouver et installée à Paris, Kathleen Ritter navigue entre le commissariat d'exposition et la création d'oeuvres d'art. Elle présente, jusqu'au 7 février à la galerie Battat Contemporary, de nouvelles oeuvres sur le thème du XXe siècle, du camouflage et de l'émancipation des femmes.

Voilà une artiste qui applique à la lettre la devise du Québec. Kathleen Ritter a de la mémoire. Elle s'en sert pour tisser des histoires, rappeler des combats et évoquer des valeurs démocratiques. Commissaire associée de la Vancouver Art Gallery de 2007 à 2012, elle explore le passé. Chez Battat, elle a entrelacé histoires militaires, luttes féministes et découvertes technologiques pour élaborer une oeuvre qui met en relief l'avant-gardisme de certaines actions, recherches et démarches artistiques du XXe siècle. 

Pourquoi le XXe siècle ? Parce que, répond-elle, c'est le siècle durant lequel la femme a commencé à se libérer - à tout le moins dans quelques endroits de la planète -, des mesures ont été mises en place pour tenter d'instaurer un monde plus pacifique et plus égalitaire, et les citoyens ont commencé à se prendre en main.

Camouflage féminin

Pour illustrer ce foisonnement, Kathleen Ritter a créé trois oeuvres. D'abord Camoufleurs, une grande murale en noir et blanc qu'elle a peinte sur deux des quatre murs de la galerie en s'inspirant d'une photo de 1918 où l'on voit des femmes du Women's Camouflage Corps de New York peindre des motifs de camouflage sur la coque de bateaux de guerre. 

Ce type de camouflage était utilisé durant la Première Guerre mondiale par les troupes alliées pour nuire à la perception visuelle des opérateurs de périscope allemands et donc à la précision des tirs ennemis. Avec ses entrecroisements de zébrures et de formes géométriques, la murale rappelle le travail mobilisateur de ces femmes qui luttaient, à leur façon, pour la paix du monde. Elle évoque aussi la mode féminine en noir et blanc des années 20 et l'apparition du cubisme avec ses formes cassées.

Femme et sténo

L'expo présente aussi Manifesto, une traduction en sténographie que Kathleen Ritter a faite de quelques phrases du Manifeste féministe de Mina Loy (1882-1966). La poétesse britannique l'avait écrit à Florence en 1914 quand elle était la muse des futuristes. Il n'a jamais été publié de son vivant. 

Pour cette oeuvre, Kathleen Ritter a choisi la sténo pour montrer que le Manifeste était si avant-gardiste et choquant pour l'époque que Mina Loy aurait dû coder d'une façon ou d'une autre les idées qu'elle voulait exprimer. Belle trouvaille. 

La sténo était souvent utilisée par les secrétaires. Cette écriture codée et rapide était donc aussi un camouflage pour protéger son contenu. L'expo présente des extraits de ce texte sur l'émancipation des femmes avec des slogans tels que « Live dangerously until the end », « The Revolution is not a party » ou « The struggle continues ». Encore faut-il savoir lire la sténo ! En tout cas, belle idée de Kathleen Ritter. 

Le visiteur peut d'ailleurs emporter avec lui un exemplaire de phrases du Manifeste qu'il est invité à faire connaître. En ces temps d'histoires judiciaires et éthiques autour du harcèlement sexuel, l'artiste suggère même de le placarder dans la ville...

Femme et sans fil

Enfin, l'installation vidéo Siren associe une scène du film muet Extase, tourné à Vienne en 1933, à la « musique » du film d'avant-garde Ballet mécanique composée en 1924 par George Antheil. 

La séquence choisie était à l'époque controversée, car l'actrice autrichienne Hedy Lamarr y simulait un orgasme. « C'était la première fois qu'un film non porno faisait ça, et la séquence a été censurée dans de nombreux pays », dit Kathleen Ritter. Hedy Lamarr, qui était juive, a fui l'Autriche après le film pour se réfugier aux États-Unis. Kathleen Ritter s'est intéressée à elle parce qu'elle était aussi inventrice. Avec George Antheil, elle a mis au point un système de radiocommunication qui permettait d'envoyer des signaux codés. 

« À ce moment-là, leur invention n'a pas été prise au sérieux parce qu'ils étaient de petites vedettes de Hollywood, dit Kathleen Ritter. Pourtant, leur système de saut de fréquence est à la base de la technologie actuelle des communications sans fil. » 

Intéressante exposition. Dense, originale, évocatrice, voire nécessaire. Et appuyée par des textes explicatifs qui la rendent agréablement compréhensible.

À la galerie Battat Contemporary (7245, rue Alexandra, local 100) jusqu'au 7 février.

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