Une figure majeure de l'art moderne québécois disparaît

Jacques Hurtubise, photographié avec la commissaire Nathalie Miglioli,... (Photo Paul Bradley, fournie par la Maison de la culture Frontenac)

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Jacques Hurtubise, photographié avec la commissaire Nathalie Miglioli, lors du vernissage de l'exposition Entre la soie et l'encre à la Maison de la culture Frontenac, en mars 2011.

Photo Paul Bradley, fournie par la Maison de la culture Frontenac

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Luc Boulanger
La Presse

Le peintre québécois Jacques Hurtubise est mort subitement, samedi dernier, à son domicile du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Il avait 75 ans.

Figure majeure de l'histoire de l'art moderne au Québec, l'artiste a eu une prolifique carrière qui s'étend sur un demi-siècle. Ses toiles font partie des collections de grands musées au Canada et à l'étranger. «Il faut que le tableau soit envoûtant. On cherche toujours la façon la plus explosive de sortir quelque chose, de faire sortir la vie du tableau», avait affirmé l'artiste en recevant le prix Paul-Émile-Borduas, en 2000.

Le Musée d'art de Joliette lui a consacré une rétrospective à l'été 2012, organisée par la conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de la Nouvelle-Écosse, Sarah Fillmore.

«L'héritage de Jacques Hurtubise est extrêmement important, nous a dit Mme Fillmore, jointe hier à Halifax. En 50 ans, sa créativité n'a pas connu de panne. Car il avait le souci de se renouveler constamment, de transformer sa peinture tout en conservant l'intégrité de sa démarche artistique passée.»

«À l'instar des Riopelle, Pollock et de Kooning, Hurtubise s'investissait totalement dans ses toiles, avec rigueur et passion», ajoute-t-elle.

«Il est un modèle pour les autres peintres contemporains, surtout les jeunes, qui apprécient son vocabulaire riche, articulé et la qualité de son coup de pinceau.»

Fils de commerçant

Né à Montréal en 1939, Jacques Hurtubise reçoit son diplôme de l'École des beaux-arts de Montréal en 1960, puis part à New York pour compléter sa formation. Son père était épicier.

«Je travaillais là tout le temps. J'étais bon, je vendais tout. J'étais le gars du père, a raconté Hurtubise au magazine Vie des Arts en 1981. À 16 ans, il a voulu me donner le commerce. J'ai refusé et lui ai dit que je voulais faire des tableaux. Il m'a dit que j'allais crever de faim. Je lui ai dit que si j'arrivais à vendre ses tomates, j'arriverais à vendre mes tableaux.»

Dans les années 60, ses oeuvres représentent «une appropriation des splashings à la Pollock, mais sont aussi une sorte de pavé dans la mare du monochrome et d'une certaine idée de l'abstraction, a écrit le critique d'art et professeur Nicolas Mavrikakis. Sa peinture est une citation de l'art moderne et de toutes les possibilités du matériau pictural. Cela a fait rapidement de lui un artiste plus pop art qu'abstrait.»

En effet, le style du peintre se nourrit à la fois de l'expressionnisme abstrait et des abstractions géométriques des Plasticiens. Plus récemment, on a pu voir ses oeuvres regroupées à la galerie Simon Blais sous le thème de Mémoires cartographiques, ce qui a donné lieu à un corpus de toiles peintes sur des fonds de cartes routières aux coloris fluorescents.

«Hurtubise est un travailleur acharné, dit Sara Fillmore. Il disait peindre de 10 à 12 heures par jour, souvent de 4h du matin à 4h de l'après-midi, 7 jours par semaine! Je l'ai vu l'été dernier au Cap-Breton. Il était très fier de me parler de son nouveau projet: une série de plus de 80 nouvelles estampes, développant une méthode de travail alliant le collage au traitement numérique.»

Hurtubise en sept dates

1939: naissance à Montréal

1961: obtient la bourse Max-Beckmann pour étudier à New York

1967: participe à la Biennale internationale de São Paulo

1972: importante exposition au Musée du Québec

1998: exposition au Musée des beaux-arts de Montréal

2012: rétrospective au Musée d'art de Joliette

2013: L'abstraction en action, Hurtubise au Musée d'art contemporain de Montréal

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