Virée des galeries: Cooke-Sasseville/SBC et les autres expos à voir

Le duo d'artistes Cooke-Sasseville... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Le duo d'artistes Cooke-Sasseville

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Quelles sont les expositions à voir ce week-end ? Chaque vendredi, nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises !

La Maison de la culture Frontenac présente, jusqu'au 18 janvier, les sept dernières sculptures du tandem d'artistes Cooke-Sasseville, de Québec. Leur exposition Les rejets est un parcours quasi théâtral à l'esthétique léchée et où les oeuvres ont une grande force d'évocation de notre époque.

Un vieux canon en forme de doigt d'honneur. Un orignal blanc immaculé trônant sur une stèle. Un boxeur suspendu par deux filets de sang. Un gros cochon dodu qui fond dans une poêle. Une fléchette solidement plantée dans une couche d'épiderme. Un jeune chasseur pointant son fusil vers lui-même. Un fardier transportant un phallus enveloppé. 

Ancrées dans le présent, les nouvelles oeuvres de Cooke-Sasseville interpellent. Représenté par la galerie Art mûr, le tandem s'offre le luxe d'une installation grand format dans le lieu quasi muséal de la Maison de la culture Frontenac. Ça prenait un tel espace pour monter l'exposition Les rejets, avec ses grandes sculptures tantôt humoristiques, tantôt irrévérencieuses.

Deux d'entre elles, Corps gras et L'ascension, ont été exposées à la sixième Biennale nationale de sculpture contemporaine, l'été dernier. Toutes sont des oeuvres de l'année. Un travail colossal quand on considère leurs dimensions.

UN TRAVAIL D'ÉQUIPE

Bien sûr, Jean-François Cooke et Pierre Sasseville ne travaillent pas seuls dans leur atelier de Québec. Leur sens de l'humour, leurs idées originales et leurs prises de position prennent forme grâce à l'aide de précieux collaborateurs spécialisés.

Formé il y a 15 ans, le tandem a créé une petite entreprise d'arts plastiques où l'on élabore les oeuvres en équipe avant de choisir les matériaux : bois, polystyrène, aluminium, résines, fibre de verre, etc.

Le titre de l'exposition Les rejets vient du fait que certains îlots de l'installation ont été créés à partir d'oeuvres longtemps abandonnées dans un coin de leur atelier. Comme Maître Moose, une sculpture constituée d'un orignal blanc à la fois noble sur son socle et stupide avec sa perruque. Mais le titre émane aussi du fait que Cooke et Sasseville vivent très souvent des rejets à la suite de concours d'art public. 

DES SCULPTURES SUGGESTIVES

Parmi les oeuvres, L'incarné est la seule qui découle d'un concours perdu. Il s'agit d'une fléchette plantée dans une sorte de peau qui peut être humaine, mais aussi terrestre si l'on pense à une couche géologique en vue transversale. Agressions diverses de l'enveloppe du corps humain ou encore industries pétrolières qui « agressent » le sous-sol.

Avec Corps gras et son cochon loin d'être appétissant, le tandem fait référence à la production alimentaire industrielle et à nos interrogations sur son coût pour la santé humaine. Le canon-doigt d'honneur intitulé Longue portée dénonce le machisme et la bêtise guerrière. Et Le miroir, un chasseur mystérieux et inquiétant qui se vise avec son arme, nous renvoie à notre violence irrépressible. Sans monter au front avec ses oeuvres, les artistes veulent laisser le visiteur interpréter l'installation selon son expérience personnelle. Mais personne n'est dupe.

Bien éclairées, leurs oeuvres peuvent être perçues séparément ou dialoguer d'un îlot à l'autre. Le doigt d'honneur pointe l'orignal. Le chasseur tourne le dos aux autres oeuvres, mais les aperçoit dans la grosse boule d'acier. Un vrai bonheur d'exposition, où l'on doit prendre son temps.

Dans la salle contiguë, l'installation photographique un cri un chant des voix, de Diane Trépanière, est loin d'être antinomique puisqu'elle permet de se recueillir en se souvenant des 14 étudiantes de l'École polytechnique, tuées le 6 décembre 1989. Tuées, sauvagement rejetées, mais jamais oubliées. 

À la Maison de la culture Frontenac (2550, rue Ontario), jusqu'au 18 janvier.

COOKE-SASSEVILLE EN BREF

Pierre Sasseville, 36 ans 

Jean-François Cooke, 40 ans

Tous deux : maîtrise en arts visuels de l'Université Laval

Expositions au Canada, au Mexique, en France et en Suisse. 

Le MAC, la Ville de Montréal et le Cirque du Soleil, notamment, possèdent de leurs oeuvres.

OEuvres d'art public à Montréal, Québec, Thetford Mines, Donnacona, L'Ancienne-Lorette et Petite-Rivière-Saint-François.

Retour vers le futur

Une expo qui fait sourire. C'est un peu ce que propose la galerie SBC en ce moment avec ce voyage dans le temps vers la naissance de l'art conceptuel à Montréal.

Le Centre de recherche urbaine de Montréal (CRUM) est un collectif d'artistes, qui n'en sont pas tous, se consacrant à l'exploration de liens entre l'art et l'espace urbain. Ils sont cinq provenant de milieux divers qui fouillent, qui trouvent, qui inventent s'il le faut.

À l'initiative de la directrice de la galerie SBC, Pip Day, l'exposition 119 m au-dessus du niveau de la mer [altitude moyenne de Montréal] se propose de recréer l'air du temps qui a donné naissance à l'art conceptuel il y a une quarantaine d'années.

« On peut décrire l'art conceptuel comme un art de l'expérience qui joue sur différents niveaux et qui affecte nos relations avec les objets », décrit Felicity Tayler, du CRUM.

Résumée rapidement et simplement, la présentation à SBC comprend un dôme, à la Buckminster Fuller, un cellulaire et une plante. Dans l'oeil du CRUM, toutefois, le dôme est inversé et couvert de papier aluminium déchiré. Le cellulaire sert à une « expérience télépathique », et la plante est hallucinogène.

« Fuller disait qu'à l'avenir, nous allions communiquer par télépathie grâce aux ondes électriques. Donc, technologie et télépathie », explique Felicity Tayler avec un sourire dans la voix.

Même si le CRUM ne se prend pas au sérieux, la démarche, entrprise par la directrice de la galerie SBC Pip Day, consistait à retrouver les archives d'une exposition de 1971, 45o30' N-73o36' W (latitude et longitude de Montréal), considérée comme l'une des premières manifestations d'art conceptuel à Montréal, avec des créateurs comme Michael Snow, Françoise Sullivan, Sol LeWitt et Lawrence Weiner.

Or, il n'en reste plus qu'un catalogue.

« C'était intéressant de voir l'évolution d'une démarche artistique d'un point de vue montréalais. Nous ne sommes pas historiens, mais nous avons fait de belles découvertes en creusant cette idée », souligne, plus sérieuse, Felicity Tayler.

Une partie de la présentation se réfère d'ailleurs à la controverse récente entourant les nouveaux compteurs d'Hydro-Québec et la pollution électromagnétique.

Le collectif a aussi pu constater que l'agriculture organique n'avait rien d'une nouvelle pratique, que l'art conceptuel faisait partie de la contre-culture au départ et que beaucoup de ses promoteurs partageaient beaucoup de concepts plus « ésotériques » que philosophiques.

La belle époque, quoi ! Si on reproche souvent, de nos jours, à certains artistes dits conceptuels de n'avoir justement... plus rien à dire - on pense à Damien Hirst et Jeff Koons, pour ne pas les nommer-, l'exposition tend à démontrer tout l'intérêt artistique à retrouver un certain esprit des premières heures.

L'exposition 119 m au-dessus du niveau de la mer est présentée à la galerie SBC jusqu'au 14 février 2015. Il y aura démonstration et conversation le 24 janvier à 14 h et projection du film Le semeur le 14 février à 14 h.

Les autres expositions à voir

ÉLISABETH PICARD

S'intéressant à l'environnement et aux phénomènes naturels qui l'affectent, l'artiste montréalaise Élisabeth Picard expose, à la galerie Division, une série d'oeuvres qui fusionnent l'art, la nature, le design et l'architecture, avec une approche méditative de l'univers, de la géomorphologie terrestre et de la vie qui s'y développe. L'artiste sera présente à la galerie le samedi 20 décembre, de 14 h à 17 h, pour rencontrer les visiteurs.

Chez Division (2020, rue William), jusqu'au 20 décembre, puis du 5 au 17 janvier.

40 ANS D'EMPREINTES

Depuis 30 ans, Yvonne Barreau-Fein crée des sculptures avec des objets trouvés ou recyclés, mettant en scène des personnages et des animaux fantastiques inspirés de contes et légendes. Elle fait partie de l'exposition 40 ans d'empreintes, présentée au Salon des métiers d'art de Montréal jusqu'au 21 décembre. Cette exposition de 52 pièces créées par 22 artisans illustre le travail réalisé par quelque 450 artisans québécois depuis 1974, date de la création de la coopérative L'empreinte, qui a contribué à faire connaître leurs oeuvres auprès du public. L'exposition prendra l'affiche au Musée des maîtres et artisans du Québec à Montréal, du 22 avril au 24 mai prochain.

Au Salon des métiers d'art de Montréal (Place Bonaventure), jusqu'au 21 décembre : du lundi au samedi, de 11 h à 21 h ; les dimanches, de 11 h à 18 h.

CAROLINA HERNÁNDEZ-HERNÁNDEZ 

Tout le monde a son plan Nord, même quelques artistes. La jeune peintre Carolina Hernández-Hernández a réalisé une résidence au Nunavik à l'été 2013. Il en ressort de magnifiques photos couleur du Nord canadien et une série de tableaux et de dessins fortement marqués par les changements humains et environnementaux vécus dans cette région.

À La Chaufferie (2220, rue Parthenais), jusqu'à dimanche.

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