Anton Vidokle: l'art n'est pas un instrument

Anton Vidokle et Pelin Tan, 2084: a Science... (Photo: fournie par la BNLMTL)

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Anton Vidokle et Pelin Tan, 2084: a Science Fiction Show.

Photo: fournie par la BNLMTL

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Mario Cloutier

Le duo Anton Vidokle (Russie-États-Unis) et Pelin Tan (Allemagne-Turquie) présente 2084: a Science Fiction Show à BNLMTL, une installation vidéo comprenant trois films de 22 minutes, soit la durée typique d'un épisode de soap. Commandé par BNLMTL, le deuxième épisode raconte la montée et la chute d'une république dirigée par des artistes qui veulent transformer la vie en art.

Comment s'est mis en place ce projet si particulier?

Anton Vidokle: Le premier épisode était destiné à remplacer une conférence que nous allions faire à Vancouver en 2012. Nous avons proposé de faire un film de science-fiction. Ils ont accepté à notre grande surprise, puisque nous ne sommes pas cinéastes. Nous avons donc organisé des auditions à Berlin puisqu'on y trouve des tonnes d'artistes. Nous leur avons demandé d'imaginer leur futur et celui de leur art. Personne n'y arrivait.

Pelin Tan: Même si c'était un sujet ouvert dans un contexte totalement ouvert, nous pensions qu'il en sortirait quelque chose facilement, mais non. Ça n'a rien à voir avec leur personnalité, mais avec le contexte et les conditions de la pratique artistique en ce moment, je crois.

Vous avez ensuite tourné le troisième épisode pour un événement à Bergen, en Norvège. De quoi s'agit-il?

Anton: Le film renvoie à la noosphère, soit un futur qui n'est pas sans rappeler notre époque avec le web et les nuages numériques, où toutes les formes de vie peuvent communiquer entre elles, selon les idées du Russe Vladimir Vernadski. On y voit une plante et un âne parler entre eux.

Et le deuxième épisode pour BNLMTL fait le pont entre les deux autres. Après la destruction des idéologies, les artistes prennent la relève pour diriger le monde?

Anton: L'économie est basée sur les sentiments et les industries des émotions, mais cela échoue également. Nous traitons cette idée de façon ludique.

Pelin: Nous avons beaucoup suivi les mouvements comme Occupy Wall Street dans plusieurs villes. C'est un peu une métaphore de ce mouvement qu'on retrouve dans le film.

Quel est ce lieu magnifique où vous avez tourné?

Anton: Il s'agit d'une construction abandonnée en 1975 à Tripoli, au Liban, qui aurait fait partie d'une foire internationale. L'oeuvre avait été commandée à Oscar Niemeyer. Cela ressemble à un théâtre expérimental, mais durant la guerre civile, c'était un endroit qui servait, entre autres, à la torture. Toutes sortes d'activités étranges s'y sont produites. Le design du lieu est très futuriste.

Dans cette partie, on comprend que les artistes et l'art ne peuvent pas vraiment «sauver» le monde, non?

Pelin: La question qu'il faut se poser c'est: est-ce que l'art peut imaginer le futur d'une société? Est-ce possible? L'art ne devrait pas être instrumentalisé. Il doit être autonome et ne pas être utilisé par les pays ou les nations.

Contrairement à vos artistes de Berlin, il y a un siècle en tout cas, des artistes comme Jules Verne n'éprouvaient pas de difficultés à imaginer le futur.

Pelin: C'était différent. Cela faisait partie de la volonté de la société de justifier les inventions technologiques de l'époque. Il y avait quelque chose de colonialiste dans ces utopies-là. Il faut être prudent quand on compare les avant-gardes et quand on se demande à quoi sert l'art. L'art est un processus, une interaction, mais l'artiste n'a pas à connaître le futur ou à donner des réponses. Même les sociologues l'ignorent.

Quels sont vos projets? Un quatrième épisode, peut-être?

Pelin: Nous avons beaucoup progressé durant cette expérience en faisant de nombreuses lectures, des recherches, et en réfléchissant au contexte sociopolitique actuel.

Anton: Nous sommes très intéressés par les plantes. Nous pouvons apprendre beaucoup des plantes. Elles ne bougent pas et tirent tout ce dont elles ont besoin sans détruire d'autres vies. Mais c'est très préliminaire.

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Au Musée d'art contemporain jusqu'au 15 janvier 2015, dans le cadre de la Biennale de Montréal.

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