Ryoji Ikeda: la fiction de la science

Superposition de Ryoji Ikeda est une performance audiovisuelle... (Photo: fournie par le Musée d'art contemporain)

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Superposition de Ryoji Ikeda est une performance audiovisuelle avec 21 écrans et deux performeurs.

Photo: fournie par le Musée d'art contemporain

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Mario Cloutier

Avant New York, Minneapolis et Los Angeles, Montréal présente demain Superposition de Ryoji Ikeda, une performance audiovisuelle, avec 21 écrans et deux performeurs, qui refait le parcours d'un des artistes numériques les plus importants de notre temps.

Montréal a de la chance. Grâce au Musée d'art contemporain et au Festival du nouveau cinéma, les Montréalais verront une deuxième oeuvre de Ryoji Ikeda en moins de six mois. Après C4I présenté lors de la Biennale d'art numérique au printemps, voici Superposition.

Cette performance, qui diffuse des milliers d'images et de sons, se veut un compendium de la carrière de Ryoji Ikeda, grand maître de l'art numérique, génie artistique ou magicien des mathématiques, selon ce que la presse européenne a déjà écrit.

En entrevue exclusive à La Presse, Ryoji Ikeda est l'humilité même. Comme tous les artistes, il se montre intuitif, sensible, passionné.

Ses passions? Les mathématiques, la mécanique quantique, la philosophie. Rien ne l'intéresse moins que de parler de l'oeuvre à la place de l'oeuvre.

«Pour Superposition, je me suis intéressé à la mécanique quantique, ce qui est difficile à saisir, dit-il d'entrée de jeu. Notre conception du monde est binaire: blanc ou noir, oui ou non, zéro ou un. L'information quantique brise tout cela. Il y a zéro et un en même temps. On ne peut pas l'imaginer. Blanc et noir, ce n'est pas gris. C'est le secret le plus profond de notre nature.»

Il se dit «grandement inspiré, surpris, bouleversé» par de telles découvertes. Comme les mathématiciens et les scientifiques qu'il admire, Ryoji Ikeda fouille dans l'infiniment petit afin d'atteindre l'infiniment grand.

Son art ne relève pas de la science-fiction. Il crée plutôt une fiction de la science. Il cherche toujours, mais il n'a pas la prétention d'avoir trouvé.

«Plusieurs artistes à travers les siècles se sont intéressés à ces questions et je ne suis que l'un d'entre eux», confie-t-il.

Mais il est l'un des seuls à maîtriser aussi bien l'audio et le visuel, la technologie et les données informatiques, le texte, les ultrasons et les images numériques, pour atteindre à la beauté pure. Pourtant, c'est un compositeur qui ne joue pas d'instrument, un vidéaste qui n'a pas de caméra, un artiste qui n'a pas étudié l'art.

«Je suis libre, dit-il en riant. Un autodidacte qui n'aime pas l'école et qui lit beaucoup. Je détestais les mathématiques comme enfant, mais j'ai compris qu'il s'agit de la structure invisible de la musique. La musique de Bach et de Mozart est si mathématique.

«Les mathématiques sont la science de l'infini et le langage de la science. Comme une soeur, la musique est elle aussi invisible.»

À l'image d'autres créateurs, artistes et mathématiciens, il dit seulement essayer de comprendre.

«La plupart des mathématiciens sont des excentriques, dit-il, comme des poètes. Ils sont de vrais artistes, si touchants, si purs. Ça prend beaucoup de temps et de persévérance pour comprendre ce qu'ils font. C'est créatif et abstrait, mais fascinant.»

On peut d'ailleurs comparer le travail d'Ikeda à celui de certains peintres abstraits, ceux qui cherchent à montrer ce qui se cache dans l'infini de l'air, des paysages ou des objets. Comme les mathématiciens, dit-il, à la recherche d'une vérité.

Place au spectateur

«La partie la plus importante de notre travail, ce sont les questions que nous posons, pas les réponses, dit-il. Je ne sais pas exactement ce que Superposition représente. Je lis les critiques et je dis: «Wow, cela a l'air vraiment intéressant!»»

Ryoji Ikeda dit fonctionner par essais et erreurs. Comme un charpentier, il sculpte, il manipule. Il se trompe et recommence. Et pense constamment au spectateur.

«Je suis le premier auditeur et spectateur, note-t-il. Je travaille comme un artisan, je prends une pause et je deviens un spectateur. Je dois me faire confiance, car je ne peux pas créer pour tout le monde à la fois. Mais sans le public, l'oeuvre ne fonctionne pas. Je ne fais pas de compromis artistique et vit de subventions, comme tous les artistes.»

Ryoji Ikeda croit qu'il est une personne fondamentalement pratique. Sa dernière bourse lui a ouvert les portes du CERN, le centre scientifique européen spécialisé en physique quantique. Il croit que cette expérience l'inspirera pour les 10 prochaines années.

Entre-temps, seule la date de l'échéancier déterminera la fin de sa prochaine oeuvre. Ryoji Ikeda s'oppose à l'idée de mystifier ou de romancer la création artistique.

«Certains disent ne pas comprendre ce que je fais, avoue-t-il. L'art n'est pas fait pour être compris, mais pour être senti. C'est pourquoi je fais peu d'entrevues, je ne peux pas expliquer l'oeuvre. Je fais confiance au public.»

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Au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts demain à 19h30.

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