Micropolitiques: conjurer la haine

Sayeh Sarfaraz devant la fresque de Micropolitiques créée... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Sayeh Sarfaraz devant la fresque de Micropolitiques créée in situ à la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts de Laval.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

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Établie à Montréal depuis 2007, Sayeh Sarfaraz poursuit son évocation des souffrances du peuple iranien avec Micropolitiques, une exposition pour petits et grands créée spécialement pour la Maison des arts de Laval et présentée jusqu'au 27 avril.

Ayant fui l'Iran à l'aube de ce siècle, Sayeh Sarfaraz a eu besoin de temps avant d'oser exprimer un message politique dans ses oeuvres. Mais quand elle est allée voter à l'ambassade d'Iran, en 2009 à Ottawa, et a constaté que le président Mahmoud Ahmadinejad avait été déclaré élu avant même qu'elle n'exprime son choix, elle s'est sentie «trahie».

«Ça a été le déclic, dit-elle. J'ai alors créé la pièce Mahmoud le méchant qui a été achetée par la suite par le collectionneur François Rochon. J'adore cette pièce.»

Comme elle avait visité en 2005 le site de Legoland, en Allemagne, elle a alors décidé d'utiliser des figurines LEGO - qu'elle achète sur eBay puis recompose - pour créer des installations qui font référence à la situation politique en Iran tout en évoquant combien les enfants ont aujourd'hui à leur disposition des jouets qui expriment la violence et la haine.

On retrouve dans l'exposition Micropolitiques ce regard à la fois ludique et critique qu'elle pose sur des sujets graves. Dans la salle Alfred-Pellan de la Maison des arts, elle a encastré ses petites mises en scène dans les cimaises amovibles. Les petits personnages semblent inoffensifs, mais en se rapprochant, on les découvre armés jusqu'aux dents.

Un ayatollah brandit une kalachnikov près d'un attirail impressionnant d'armes. L'installation traduit les souvenirs de Sayeh Sarfaraz, quand elle et sa famille devaient subir l'oppression permanente du pouvoir islamiste, quand la milice des Bassidji l'arrêtait et l'emprisonnait pour des raisons dérisoires.

Une autre installation reconstitue une prison. Les détenus sont attachés à un surveillant par une chaîne. Plus loin, une plus petite prison a été insérée à la base du mur, allusion aux prisonniers isolés dans des cellules individuelles et qui meurent dans l'oubli.

L'oeuvre la plus forte a été créée sur le sol. Un parterre de coquelicots entoure, comme c'est l'usage en Iran, une dépouille représentée par une figurine couchée. Il s'agit de celle de Neda Agha-Soltan, cette jeune étudiante en philosophie tuée le 20 juin 2009 par la police iranienne en marge d'une manifestation. Sa mort filmée avait fait le tour de la planète sur les réseaux sociaux. L'hommage de Sayeh Sarfaraz comprend une longue file de figurines pour symboliser la solidarité d'une partie du peuple envers la famille de la jeune victime.

Dans une petite salle, elle a aussi reconstitué une prison avec des cubes blancs peints représentant des cellules.

Ce blanc franc toutefois traduit mal l'horreur des geôles iraniennes où sévit la torture et où a été tuée la photographe québécoise Zahra Kazemi en 2003. Sur ces cubes, des femmes pendues ont les yeux bandés et des barbus en vert menacent des femmes rebelles en bleu. Les couleurs sont iraniennes. Il y a le bleu persan et différentes teintes de vert: le vert musulman, le vert des mollahs et le vert de la résistance des démocrates iraniens.

Ces motifs sont repris dans la fresque dessinée à l'entrée de la salle.

On y retrouve les agresseurs (les mollahs iraniens), avec leurs longues barbes et leurs chaussures pointues, des femmes dans une sorte de ronde portant un drapeau bleu, des soldats couleur kaki et des femmes soldats en burqa.

La murale décrit la tragédie dictatoriale qui sévit dans ce pays. «Je voulais qu'il y ait à la fois ce monde enfantin qui attire le regard du spectateur et aussi la violence qui existe dans la réalité», dit l'artiste.

Soutenue par Amnistie internationale, l'exposition comprend un glossaire pour aider les visiteurs, notamment les plus jeunes, à se familiariser avec certaines expressions et les noms iraniens et pour les sensibiliser aux valeurs de la démocratie.

«C'est quand on est très jeune qu'on commence à réagir à ce qu'on voit, dit Sayeh Sarfaraz. Pour moi, c'est important d'être engagée par rapport à l'autre.»

Quand elle aura exposé d'autres oeuvres au centre Circa en décembre prochain (sa sixième expo de l'année), elle laissera de côté les LEGO pour créer ses propres figurines. Mais elle continuera de parler du pouvoir exercé par les uns sur les autres. Notamment pour tenter de conjurer la haine.

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Micropolitiques, de Sayeh Sarfaraz, jusqu'au 27 avril à la Maison des arts de Laval.




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